UN PEU D'HISTOIRE

 

Sommaire

PRÉFACE  par Henri PELLO

 

LA MITIDJA

Un peu d'histoire avant nous autres

250 ans d’occupation CARTHAGINOISE (4° siècle à 146 avant Jésus-Christ)

585 ans d’occupation ROMAINE (146 avant JC à 439 après Jésus Christ)

99 ans d’occupation VANDALE (439 à 538)

112 ans d’occupation BYZANTINE ( 538 à 650 )

865 ans d’occupation ARABE (650 à 1515)

315 ans d’occupation TURQUE (1515 à 1830)

 

LES PIONNIERS

1830 - 1841

Les Hésitations de la Colonisation

La Colonisation de la Mitidja avant la Dévastation de 1839

Les Français Achètent les Terres

L’épopée des pionniers

La dévastation de la Mitidja par Abd El Kader

La pacification de la Mitidja par Bugeaud

La colonisation sous Bugeaud et les colonies agricoles

 

LA PERIODE CREATRICE

1842 - 1858

Les colonies agricoles de 1848

La colonisation ordinaire 1848 – 1858

Les travaux publics

Une enfance à la Ferme par Jean PELEGRI de Sidi Moussa

Les Progrès de la Médecine

L’ Enseignement , creuset d’une civilisation

 

L’ ESSOR DE LA COLONISATION

1858 - 1962

Les Facteurs du Développement Economique

L’ Outillage Agricole et Procédés de Culture

Les Cultures et l’Elevage sont prospères

L’ Industrie

La population, sa croissance, sa composition

Mais qu’est donc le « peuple » pied noir

 

CREATION DE L'ARBA

Discours de Auguste REY

Histoire édifiante sur la méthode d’acquisition des terres pour L’Arba

Opinions Officielles sur la création de L’ARBA

 

LA CREATION DE ROVIGO

 

LA CREATION DE SIDI-MOUSSA

 

LA CREATION DE RIVET

 

UN REGIME DE CONCESSION DUR ET

 

ANECDOTES

Relations entre les Municipalités et la Paroisse

Des Arbéens au collège de Boufarik par Henri PELLO

A l’ombre de mon clocher par Alain PELLO de L’ARBA

D’où viennent les expressions imagées de notre langage par Alain PELLO

La Chasse à RIVET par Marcelle CHASSANG CAMUS

Une chasse un peu spéciale : la chasse aux tchibecks (oiseaux imaginaires)

 

 

 

 

ALGÉRIE

HISTOIRE et SOUVENIRS

D’un

Canton de la MITIDJA

         

Les textes ci dessous sont extraits ou adaptés des livres :

  • L’ ALGÉRIE

  • HISTOIRE ET SOUVENIRS d’un CANTON de la MITIDJA 1830-1862

    Publié en juillet 1998 par l’Amicale des ARBEENS (602 pages et 300 photos)

du discours :

  • DISCOURS de Auguste REY lors de la célébration du centenaire de L’ARBA. (Juillet 1949)

d'histoires et d’anecdotes personnelles de :

  • Marcelle Chassang Camus, Roger Dupuis, Jean Pelegri, Alain Pello et Henri Pello

 

PRÉFACE par Henri PELLO

Le récit de l'histoire de notre canton à travers l'histoire de l'Algérie a été souhaité par les membres de notre Association comme un effort de mémoire sur la saga vécue par nos familles. Nous savons cependant qu'il est très imparfait pour exalter, comme il le faudrait les énormes dépenses d'héroïsme et de courage quotidien de ces humbles fondateurs d'une richesse économique bâtie à partir de rien en luttant- contre tout.

Que l'on ne se méprenne pas, cette étude historique n'est et ne veut pas être un plaidoyer, nous n'en avons nul besoin.

Nous avons voulu raconter la somme des vertus de nos anciens et la profondeur de notre enracinement. Ainsi,nous espérons raviver les souvenirs de certains,faire découvrir à d’autres, en tous cas,répandre et transmettre à tous ceux qui nous suivent,ou nous suivrons,l’histoire trop souvent méconnue d’ une aventure humaine extraordinaire .

Comptables d’un héritage,nous avons voulu éclairer ce passé si proche pour aider nos héritiers à bâtir un avenir qui ne soit pas sans mémoire

(Le courage)...

"Moi quand il me manquera,

Je penserai à celui de mon père.

Car nos pères l'avaient eu, ce vrai courage.

Ils avaient défriché et planté des terres difficiles,

Et ils en avaient fait un pays neuf et fertile".

Jean PELEGRI « Les oliviers de la justice «  (p.211)

 

La MITIDJA

 La Mitidja se présente sous la forme d'un demi croissant d'environ cent kilomètres de long entre Marengo à l'ouest et Aïn Taya à l'est, large au maximum de vingt kilomètres et d'une superficie de cent trente mille hectares. Cette plaine est bordée au nord par les collines du Sahel (ouest d'Alger), à l'ouest par le massif de Miliana, au sud par l'Atlas blidéen et l'Atlas mitidjien et à l'est par la Grande Kabylie.

La fertilité de cette plaine est attestée par : le géographe El Bekri au milieu du XIe siècle l'historien Ibn Khaldoun à la fin du XIIe siècle Léon l'Africain au début du XVIe siècle l'historien Haedo à la fin du XVIe siècle, le voyageur Shaw au début du XVIIIe siècle.

 

 

Le Département d'Alger - La Mitidja

 

 Le climat est caractérisé par l'alternance d'une saison sèche et chaude de mai à septembre et une saison humide et fraîche d'octobre à avril. Les températures moyennes minima sont autour de 15° et maxima de 35°. Mais le climat est souvent perturbé par des accès de chaleur dus au Sirocco, vent sec, brûlant, violent, continu pendant plusieurs jours et grillant la végétation avec des températures dépassant 45°

 ou par des accès de froid, par exemple des gelées  gelées  nocturnes blanches en hiver. Les pluies, en moyenne 700 à 900 mm/an (plus qu'à Paris) sont très irrégulières et tombent souvent sous forme d'averses violentes, parfois de grêle. Les chutes de neige dans la Mitidja sont exceptionnelles. Le régime des pluies entraîne pour les rivières un régime d'oued avec des crues très rapides et très brutales. L'Harrach et l'Oued Djemâa sont capables de crues énormes et catastrophiques.   

Un peu d’Histoire d’avant ‘ Nous Autres ‘

L'histoire de la Mitidja s'intègre bien évidemment dans le passé tumultueux de l'Afrique du Nord. Ce pays a été habité dès les premiers temps de l'histoire de l'humanité. Il faut se souvenir qu'à cette époque le climat était tempéré et la végétation luxuriante.

Les premiers habitants répondent au nom de "berbères" (nom d'origine romaine semblable à "barbare" et appliqué à tous ceux qui ne sont pas citoyens romains). L'origine de ce peuple est mystérieuse. La grande variété morphologique que l'on trouve chez les Berbères, renforce l'hypothèse d'une origine multiple : Indo-européens et Sémites. Par contre, il y a une grande unité linguistique berbère allait du Nil à l'est, à l'Atlantique à l'ouest et au Niger au sud. Cette langue est apparentée à celle des hiéroglyphes égyptiens.

L'histoire de l'Algérie, pays de passage entre le Proche-Orient et l'Espagne devient l'histoire des occupations et des dominations successives qu'elle a subies.

L'histoire retient dans les derniers siècles du deuxième millénaire avant J.C. que les navigateurs phéniciens ont eu des contacts avec les indigènes de la côte d'Afrique du Nord, lors des escales pour des opérations de troc, sur l'itinéraire de retour d'Espagne. Plus tard ils fondèrent de véritables comptoirs mais surtout la ville état de Carthage vers 814 avant J.C. Plus récemment, on retiendra la création de "Icosiu" sur l'emplacement d'Alger, "Rusguniae" près du Cap Matifou, Tipaza mais aussi "Gunugu" (Gouraya), "Russuccurrus" (Dellys), "Iol" (Cherchell) etc.

Les Berbères vont participer largement aux guerres de Carthage contre la Grèce et surtout contre Rome. On peut donc être assuré que la Mitidja vit passer les éléphants d'Hamilcar et de son fils Hannibal, accompagnés des cavaliers numides (Berbères de l'est), accomplissant le fantastique périple qui, à travers l'Afrique du Nord, l'Espagne et la Gaule, le conduisit à Rome. D'autant que les troupeaux d'éléphants vivaient dans les plaines d'Algérie, ce qui indique qu'elles étaient peu peuplées.

Durant cette période, les confédérations tribales berbères, dominèrent plus ou moins certaines régions en s'alliant alternativement avec Rome ou Carthage.

Il faut retenir cependant que les rapports des Carthaginois et des Berbères furent vraiment étroits : mariages, relations commerciales actives.

Ainsi l'influence de la civilisation carthaginoise ou punique sera profonde et durable : institutions politiques, mais surtout religieuses et linguistiques. Saint Augustin, au début du Ve siècle après J.C., envoyait des prêtres sachant parler le punique, pour évangéliser les Berbères. De cette époque date le symbole dit de la "main de Fatma" qui chasse le mauvais oeil. On en retrouve des traces nombreuses sur des stèles puniques trouvées près de Constantine. Encore plus répandu le symbole "signe de Tanit" (Tanit était à côté de Baal, la grande divinité carthaginoise).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Stèles puniques des environs de Constantine avec « main de Fatma)

 

De Carthage en 146 avant J.C., l'occupation de l'Afrique du Nord fut progressive. D'abord la Tunisie du Nord-est fut annexée et des alliances liées avec les royaumes berbères de Numidie et de Maurétanie. Cela ne se fit pas sans combats. Un héros bien connu de la résistance berbère, Jugurtha, soutint une guerre de sept ans contre les Romains. Trahi par son beau-père, Bocchus, il fut exécuté à Rome en 104 avant J.C. (soixante ans avant Vercingétorix !). Bocchus devint alors le "Roi" incontesté de l'Algérie sous la tutelle de Rome.

Les effectifs militaires romains ne furent jamais très nombreux, vingt sept mille à la période du maximum d'extension de l'occupation. La plupart étaient recrutés dans le reste de l'Empire (Espagne, Naples...) romanisés et à leur démobilisation, ils recevaient souvent des terres et participaient à la colonisation. Ne pouvant en faire une colonie de peuplement les Romains, là comme partout, pratiquent une politique de collaboration avec les populations locales. Au total, ce sont les autochtones les plus romanisés qui imposent la civilisation gréco-romaine. Cette politique d'intégration va entraîner la romanisation des élites municipales puis progressivement d'une grande partie de la population.

Dans l'Algérois, on retiendra le roi Juba II (- 52 + 24) qui fut élevé par César qui avait vaincu son père. Plus tard, l'Empereur Auguste lui fit épouser Cléopâtre Séléné (fille du grand Antoine et de Cléopâtre) et lui délégua, comme successeur de Bocchus, l'autorité sur un vaste royaume dont la capitale était Cherchell. Juba II écrivit, en grec, des ouvrages d'histoire et d'archéologie. Il contribua à répandre l'hellénisme et la latinité. Les Algérois connaissent bien le grand mausolée, appelé à tort, le Tombeau de la Chrétienne (soixante mètres de diamètre, trente-sept mètres de hauteur). Pour certains historiens, c'est l'épouse de Juba II, Séléné qui y repose, pour d'autres c'est Bocchus.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Tombeau de la Chretienne

 

Durant les presque six siècles de domination romaine, le pays prospéra énormément comme l'attestent les imposantes ruines de villes comme Timgad, Djémila, Tipaza, Cherchell, Hippone, Tébessa. Dans notre région furent développés les anciens comptoirs phéniciens : Icosium (Alger), Rusguniae (Cap Matifou). Dans notre canton ils utilisèrent les eaux de l'Aïn Khadra (La source de verdure) près de Rivet pour aménager des bains. A l'Haouch Cerkadji, près de Rovigo. L'assimilation à la romanité était telle que deux Empereurs romains furent des Berbères : Septime Sévère (146-211 après J.C.) originaire de Tripolitaine et Macrim originaire de Cherchell.

. Le Christianisme fut introduit en Algérie à la fin du IIe siècle et restera implanté pendant près de cinq siècles. Son importance fut considérable. C'est ainsi que le plus célèbre des Berbères fut Saint Augustin, Evêque d'Hippone, près de Bône. Il est né en 354 à Thagaste (Souk-Ahras) et mort en 430. Sans doute un des plus fameux "Pères" de l'Eglise Catholique, son influence sur la théologie et la philosophie occidentales est capitale. Dans notre région, un des nombreux évêchés était situé à Rusguniae (Cap Matifou). La terre d'Afrique romaine développa un Christianisme en avance sur les pays d'Europe. Au Ve siècle elle est considérée comme entièrement chrétienne et des milliers d'églises sont construites... Des noyaux chrétiens subsisteront longtemps après la chute de la domination romaine, même après l'arrivée des Arabes.

Une peuplade germanique, chrétienne, schismatique (arianisme), les Vandales, qui niaient la divinité du Christ, était descendue jusqu'au sud de l'Espagne dans la région appelée depuis Andalousie qu'elle marqua profondément. Mais, chassés par les Wisigoths, ils passèrent d'Espagne en Afrique où ils commencèrent par démanteler et piller les principales villes de la côte, aidés d'ailleurs par quelques tribus montagnardes.

Pratiquement, ces "Vandales" respectèrent ensuite l'organisation romaine trouvée sur place et jouirent pleinement de l'opulence qu'elle engendrait. Ils n'occuperont en fait que l'est de l'Algérie.

Cette nouvelle occupation ne touche que très superficiellement le pays. Tout l'intérieur, qui déjà sous les Vandales n'était plus soumis, est le théâtre de multiples insurrections et de duels entre tribus berbères. Tout cela entraîne une semi anarchie qui va ouvrir le chemin à l'un des événements le plus important de l'histoire de l'Algérie : l'Islam et les conquêtes arabes.

La conquête fut rude face à ces éternels résistants et infatigables guerriers berbères. Commencée en 647, elle ne fut achevée qu'en 711. On relève environ trois cent trente cinq batailles opposant Arabes et Berbères. De cette période émerge une figure emblématique de la résistance de l'Aurès : Dihya surnommée Kahena, la "Devineresse", qui lutta pendant douze ans pour finir par être trahie et tuée au combat en 698 (les historiens hésitent sur sa religion : juive ou chrétienne ?). Il faut aussi signaler un autre personnage important, Kosaïka, qui représente la résistance des populations sédentaires de la Tunisie. C'est lui qui, allié aux Byzantins, infligera à Okba une défaite complète près de Biskra et prendra Kairouan dont il restera maître de 683 à 686. L'Islam par contre s'imposa assez vite, surtout dans les villes. D'abord parce que le Christianisme était affaibli par de nombreuses hérésies (doctrine contraire aux dogmes de l'église) ensuite parce que aux yeux des contemporains, l'Islam qui faisait référence à la Bible et aux Evangiles, apparut comme une nouvelle hérésie chrétienne, voire comme un simple schisme (séparation des fidèles sous deux autorités séparées).

Les Arabes trouvèrent alors dans les Berbères des alliés d'une rare efficacité. C'est sous le commandement d'un berbère, Tarik, que le détroit de Gibraltar (Djebel Tarik) fut traversé en 711 par cinq cent cavaliers et l'année suivante par douze mille Berbères conduits, selon la légende, par... douze Arabes. Il est indubitable que ce sont les Berbères qui vont offrir l'Espagne à l'Islam: Ils y développeront une civilisation brillante A l'opposé, l'Algérie, du VIIIe au XIe siècle, a été déchirée par des guerres intestines entre les royaumes berbères islamisés, attisées de dissensions religieuses.

L'une de ces hérésies, puritaine, se réfugia au M'zab.

Devant ces sécessions du Maghreb, l'Egypte envoya des bédouins indésirables d'Arabie, les Hillal et les Soleim exercer leurs talents destructeurs en Algérie. Durant le XIe et le XIIe siècle, ce furent plusieurs centaines de milliers d'Arabes, différents de ceux de la première vague, qui dévastèrent le pays. C'est alors seulement qu'une partie du pays devint réellement arabo-berbère. Il faut retenir que les Berbères furent et restèrent toujours majoritaires.

A la même époque, d'autres invasions vont déferler : les Almoravides (Berbères du Sahara) et les Almohades (venus du Haut Atlas marocain) d'inspirations religieuses différentes. L'éphémère unité réalisée par les Almohades, va être brisée par des guerres de seigneurs qui vont durer deux siècles Le pays au XVe siècle, à part certaines villes, était dans un état lamentable. C'est cette triste vision qu'eurent les Maures et les Juifs chassés d'Espagne par la "reconquête" entreprise par le Roi Ferdinand d'Aragon et la Reine Isabelle la Catholique et qui se terminera par la prise de Grenade en 1492. Le dernier cheikh de la Mitidja, Salim El Toumy, se sentait menacé par les Espagnols qui s'étaient emparés de l'îlot du Peñon en face d'Alger. Il eut la malencontreuse idée de demander l'aide des frères Barberousse, Aroudj, et Kheir Ed Dine. Ces aventuriers étaient les fils d'un potier grec de Mytilène (l'antique Lesbos), ancien spahi (cavalier turc) qui avait épousé une jeune fille chrétienne et se convertit à l'Islam pour éviter la captivité Aroudj arrive à Alger, tue le Cheikh Salim et entreprend de conquérir le reste du pays. Tué à Rio Salado, près d'Oran en 1518, il est remplacé par Kheir Ed Dine qui, menacé, fait offre de vassalité au Sultan turc de Stamboul qui lui envoie deux mille Janissaires, de l'artillerie et lui donne le titre de Beylerbey.

Le Peñon est pris et l'Algérie devient alors pour trois siècles une régence turque. A partir de 1671 le chef de la régence d'Alger prendra le titre de Dey.

Ce fut le début d'une ère de développement de la ville d'Alger qui devint sous l'influence des "Raïs" (corsaires) la capitale de la piraterie barbaresque du XVIe au XIXe siècle. La piraterie était une excellente affaire, si bonne que des renégats chrétiens, venant de tous les pays d'Europe, rejoignirent les Algériens. Au XVIIe siècle, la population d'Alger était estimée à cent mille Musulmans dont trente mille renégats chrétiens, "turcs de profession", (en majorité corses, au XVIe siècle, d'après l'historien Fernand Braudel) mais aussi des Italiens, des Espagnols, des insulaires des Baléares, même des Français, des Anglais, des Hollandais et quinze mille Juifs. En plus des marchandises on faisait commerce des captifs chrétiens. Il y eut jusqu'à trente mille captifs chrétiens dans la ville. Le plus connu était Cervantès qui fut esclave d'un renégat grec. Mais, vers la fin du XVIIe siècle, les réactions des autres nations ruinèrent petit à petit cette activité. A la veille de 1830, il n'y avait plus à Alger que trente mille habitants et cent vingt deux esclaves chrétiens.

Les Turcs firent descendre les montagnards kabyles dans la plaine et au début ceux-ci exploitèrent sa fertilité. Ils reçurent en renfort les "Morisques" chassés d'Espagne en 1606. Ces Morisques étaient des musulmans, convertis de force au christianisme, auquel ils n'adhéraient que superficiellement. Ils étaient de bons cultivateurs et la plupart venaient des provinces de Valence et d'Alicante.

Mais, petit à petit, la mainmise de la régence ottomane se fit moins puissante et les habitants de la plaine furent victimes d'abus de toutes sortes.

Le Dey d'Alger recevait l'investiture de Pacha par le Sultan ottoman à qui il devait tribut. La Régence était une république militaire, au pouvoir absolu, dépendant de la milice des Janissaires "turcs" envoyés par le Sultan. Ces Janissaires étaient principalement composés d'enfants chrétiens, enlevés à leurs familles, puis élevés dans la religion musulmane. Ils devaient se consacrer, pour la vie, au métier des armes. Ils étaient redoutables et avaient un énorme pouvoir politique : sur les vingt-huit Deys d'Alger qui se succédèrent de 1671 à 1830, quatorze furent imposés par l'émeute des Janissaires après assassinat de leur prédécesseur ! Inutile de préciser qu'ils étaient d'une rare brutalité avec les Indigènes.

 La justice était rendue par un Cadi, conformément aux dispositions coraniques. La justice était vigoureuse et sommaire. Malheureusement les "Cadis" étaient souvent vénaux et un proverbe disait : "Il faut sept Cadis pour faire un honnête homme ! "

La province d'Alger comprenait quatre Outhans ou districts.

On retiendra pour notre canton :

    • L'Outhan de Kachena, comprenant la région de Rivet, situé entre l'oued Sensela ou Sidi-Ahmed à l'ouest et l'oued Boudouaou à l'est. Son territoire était assez fertile, céréales au sud et pâturages au nord. Plusieurs fermes, en général négligées, étaient éparses dans la plaine, par exemple El Khadra, Hammedi...

    • L'outhan des Beni-Moussa, qui comprendra plus tard l'Arba, Rovigo et Sidi-Moussa, s'étendait de l'oued Sensela jusqu'à l'Harrach. Son territoire était fertile sauf dans la zone marécageuse du nord. On y comptait une centaine de fermes dont certaines seulement étaient assez bien cultivées, Le marché de cet outhan se tenait tous les mercredis, près de l'oued Djemâa, c'était le marché de l'Arba.

Le groupe guerrier des "Hadjoutes" (les Hadjoutes étaient des cavaliers émérites qui tuaient leurs ennemis en les tenant par les cheveux et en les décapitant avec leurs yatagans) formé d'aventuriers, de déclassés et enfin de toutes les tribus montagnardes berbères voisines en quête de butin. Ils étaient chargés de faire rentrer l'impôt écrasaient les fellahs. Ceux-ci payaient, en fait, le double ou le triple de la charge fiscale, déjà lourde, prévue par le gouvernement du Dey.

Un coup d'éventail du Dey Hussein va ouvrir une nouvelle période où au prix de générations successives, décimées par la maladie, usées par une terre souvent ingrate et cruelle, un climat difficile, une grande insécurité, on parviendra à créer une plaine saine et d'une richesse agricole exceptionnelle.

 

LES PIONNIERS

1830 - 1841

Les Hésitations de la colonisation

 La Colonisation de la Mitidja avant la  Dévastation de 1839

 

 

 

 

La colonisation de la Mitidja avant 1839

Au lendemain de la prise d'Alger la politique française est indécise, incertaine. Le Gouvernement hésite à s'implanter en Algérie, il n'ose s'engager à fond, surtout par crainte de complications diplomatiques avec l'Angleterre. De violentes polémiques s'engagent au Parlement entre les colonistes et les anti-colonistes. De nombreuses brochures sont publiées dans lesquelles les auteurs montrent les difficultés que présente la colonisation de la Régence d'Alger et les faibles avantages que l'on retirerait de cette colonisation. Même après avoir déclaré qu'il était décidé, malgré l'opposition, à garder Alger, le Gouvernement de Louis-Philippe n'envisage que timidement la question capitale du peuplement et de la mise en valeur de sa conquête. Aussi, pendant les dix années qui suivent la prise d'Alger, la colonisation subit le contrecoup de cette politique d'hésitation, marquée par le changement fréquent des Commandants en chef ou des Gouverneurs généraux (on en compte neuf en dix ans) dont les idées en matière de colonisation ne présentent aucune continuité.

En février 1831, le Général Berthezene suspend l’exécution du projet de colonisation. Il déclare la Mitidja entièrement insalubre et non fertile ! C’est courant 1833 que le lieutenant général Voirol ouvre la plaine aux européens .

Les Français Achètent les Terres

Voilà un fait historique qui contredit les idées répandues par les « politiquement correct »,d’une colonisation chassant systématiquement,par le fer et par le feu,les propriétaires. Sur la commune de l’Arba nous en avons un exemple,attesté par des actes notariés. Il concerne les fermes Saint Pierre et Sainte Angèle, dont le dernier propriétaire était Mr Brac de le Perrière : Pour Saint Pierre,le 26 mai 1831 (soit seulement 11 mois après le débarquement) un acte est passé,devant le Cadi Maleki d’Alger,entre « le chrétien » Bensamin et Ben Ebbi el Chettab,propriétaire du haouch  . Pour la ferme Sainte Angèle,un bail à rente est signé devant le Cadi d’Alger,le 4 septembre 1831 (soit 14 mois après le débarquement) entre Mr Savinien Langlois Longueville,docteur en médecine,et les dames Nfunça Ben Asmed et Nefissa Ben Khalif. Des exemples comme ceux-ci abondent dans les archives. Ces achats étaient facilités par le paiement sous forme de rentes annuelles (qui limitaient les engagements financiers), mais aussi par les propriétaires Algériens qui faisaient développer leurs terres en attendant le départ des Français qu’ils espéraient proche. Cependant bien des complications apparurent : la surface, les emplacements et même les noms des propriétaires étaient souvent erronés. Les indigènes se jouaient de la crédulité des européens qui parfois achetaient sans aller vérifier sur place.

Le Haouch Khadra (ferme de la verdure),à deux kilomètres du futur village de Rivet,fut acheté par le Baron Augustin de Vialar et Max de Tonnac le 17 février 1835. Au printemps de Tonnac vint s’y installer et développer la première ferme de la Mitidja. Ce fut une vraie réussite due aux qualités exceptionnelles de De Tonnac. Il vint s’installer seul au milieu de la tribu, le gouverneur lui avait refusé une escorte de quelques hommes pour l’aider à s’installer ! Son habilité sa souplesse, sa bienveillance envers les indigènes, sa parfaite connaissance de l’arabe, firent rapidement tomber leur hostilité et leur méfiance. A l’intérieur de son « château fort », avec tourelles et bastion, il tenait tête facilement aux maraudeurs et devint le chef et le protecteur des arabes du Khadra. La preuve était faite de la possibilité d’exploiter la Mitidja.

Son exemple fut suivi par d’autres à partir de 1836.Furent fondés les haouch Boukandoura, Baraki, Kateb, Guellabou. Les premiers ouvriers agricoles européens commencèrent à arriver.

Parallèlement, en juillet 1838, le cadastre est mis en place. Des terres domaniales sont définies et à l’intérieur des parcelles préparées pour les premières concessions.

L’EPOPÉE des PIONNIERS

Les tout premiers furent bien sûr les Militaires.

 Pour mémoire, nous rappellerons qu'au début intervinrent les Zouaves (à pied) et les Chasseurs d'Afrique (cavaliers). Les Spahis (cavaliers indigènes) furent crées en 1834 et les Tirailleurs en 1841. La Légion étrangère créée en mars 1831 intervint aussitôt en Algérie. La Gendarmerie, d'abord sous la dénomination de Force Publique de 1830 à 1833, devint en 1834 la Gendarmerie d'Afrique. Le Colonel Sounes, né à Préchac dans le Gers, fut chargé de la création des Gendarmeries d'Algérie. C'était le grand-père de Mademoiselle Colette Sounes. Elle épousa Rolland Best et elle est la mère de Denise et d'Adrien Best. Les militaires vont rester majoritaires dans la population européenne pendant de nombreuses années (jusqu'en 1848). Ils abordent un climat inhospitalier dans une région, sans abris, sans voies de communication dignes de ce nom et quasiment sans ressources. Les soldats sont obligés de porter un poids de trente-cinq kg comprenant équipement et ravitaillement. Leurs tenues sont complètement inappropriées, trop chaudes l'été, insuffisantes l'hiver.

 Ce n'est que vers 1835 que Bugeaud fit alléger l'équipement du soldat et préconisa l'utilisation du mulet pour porter le maximum de charges.

 Leurs missions sont immenses et variées : résister aux attaques incessantes des Hadjoutes, tracer chemins et routes (ces dernières souvent empierrées par la main-d'oeuvre civile), exécuter les premiers travaux d'assèchement, un travail de forçat dans la boue des marais, participer à la création des villages - se faire agriculteur pour la récolte du fourrage et pour l'exploitation de la "ferme modèle" créée près de Maison-Carrée etc...

 Ils furent confrontés à une malédiction plus grande encore, la maladie. Les organismes européens (militaires et civils) n'étaient pas prêts à supporter les attaques du paludisme, de la dysenterie, du typhus, du choléra, de la variole etc... Les ravages étaient à peine imaginables : entre 1831 et 1843, cinquante mille deux cents militaires français périrent, dont 96% de maladie ! Et pourtant, ils continuaient de montrer dans les combats une vigueur morale exceptionnelle.

 Heureusement en 1834, Maillot médecin chef de l'hôpital de Bône se fit l'apôtre de l'utilisation de la quinine, qui avait été découverte par les Français Pelletier et Cavendou en 1820. Malgré l'opposition de certains médecins, il démontra l'efficacité de ce médicament qui réduisit la mortalité par le paludisme de un sur trois à un sur vingt. On a pu écrire que "si l'Algérie n'a pas été abandonnée c'est à Maillot que nous le devons".

Les civils et le peuplement rural

 Les débuts sont comparables à l'épopée américaine, tout ou presque est laissé à l'initiative des immigrants. On peut distinguer deux types de pionniers.

- Le "colon en gants jaunes". Ce sont généralement de jeunes légitimistes, fidèles aux Bourbons et n'ayant pas accepté le renversement de Charles X par la Monarchie de juillet 1830 de Louis-Philippe. Ils sont relativement fortunés et animés d'une foi inébranlable. Entreprenants, travailleurs, ils créèrent les premiers noyaux de colonisation de la plaine. On rappellera les noms de de Vialar, de Tonnac, de Saint-Guilhem, de Montaigu...

- Le "colon marécageux". Un humble et héroïque travailleur qui allait féconder de sa sueur et de son sang la plaine. Il était un enfant de la misère de certaines régions d'Europe. Son travail le plus dur était le défrichement. Il consistait à arracher toutes les racines des palmiers nains qui, vieilles de plusieurs siècles, s'enfonçaient très profondément. L'installation commençait par des camps en plein air, entourés de charrettes et de pièces de bois. Jour et nuit, il fallait faire le guet, sans jamais quitter son fusil. On construisait ensuite des gourbis et enfin des baraques en planches. En dehors du travail dans les grandes fermes, des demandes de concessions étaient faites et elles avaient bien du mal à aboutir. En octobre 1839, sur trois cent seize familles ayant obtenu une concession dans la Mitidja, il y en avait six à Ben Nouarlouz et quinze à Ben Seman, près du camp de l'Arba. Rappelons que pour obtenir ces concessions il fallait posséder une somme variant de mille à cinq mille francs

 La rudesse du travail et la maladie vont faire des ravages. Au cours du deuxième trimestre de 1839, les deux tiers des habitants de la plaine sont hospitalisés à Alger !

 La mortalité des enfants en bas âge est de un sur deux.

 Une partie importante de ce peuplement rural va se retirer. Des remplaçants viendront et, à la fin des fins, les survivants, aguerris, tiendront le coup et assureront la réussite future.

"A cette époque, sans exagérer, la plaine de la Mitidja était le coin de terre au monde contenant le plus de cadavres au kilomètre carré", écrit Marie Elbe.

 Inclinons-nous devant le courage et la vertu de ces hommes en train de réellement féconder une terre abandonnée par les Indigènes et défendue par des fléaux meurtriers.

La dévastation de la Mitidja par Abd El Kader

 Le passage des "Portes de Fer" par nos troupes fut le prétexte de la rupture du traité de la Tafna par Abd el Kader et de la reprise des hostilités.

 Le 19 novembre 1839, environ deux mille cavaliers de l'Emir envahirent la plaine. Ceux de Ben Salem arrivant par l'est attaquèrent plusieurs fermes de l'outhan des Kachena. Les autres débouchèrent par les gorges de l'Harrach. En même temps, les Hadjoutes envahissaient la plaine par l'ouest. L'offensive fut un véritable massacre. Tous les prisonniers étaient décapités et mutilés, y compris les Musulmans travaillant pour les Européens. Les fermes flambèrent dans toute la plaine La résistance fut acharnée. Saint Guilhem arma des cavaliers et se battit vaillamment. Poulhariès, le propriétaire de Ben Nouarlous, fut massacré en allant prévenir les colons voisins. A l'haouch Khadra, ce furent les Indigènes au service de Monsieur de Tonnac qui, en l'absence de leur maître, organisèrent la résistance. L'haouch Baraki, fortement barricadé et défendu par quatre-vingt hommes résista victorieusement.

 Mais l'Administration refusa de protéger les fermes et donna l'ordre à leurs propriétaires d'évacuer immédiatement. L'armée vint déloger elle-même ( ! ) le colon Mercier de sa ferme de la Réghaïa en lui confisquant ses soixante-dix fusils !!!

 

 

 

 

 

 

 

 

La maison de PIRETTE vers 1920

 

 Un magnifique exemple d'héroïsme fut celui du colon Pirette dans sa ferme de Ben Seman, à deux kilomètres environ du camp de l'Arba (future ferme d'El Taous). Le 9 décembre 1839, les Arabes au nombre de mille à mille deux cents, attaquèrent le camp de l'Arba, alors occupé par trois cents hommes. Pirette était alors à la ferme avec deux camarades. Tous montèrent sur la terrasse et purent juger de l'imminence et de la grandeur du danger qui allait les menacer à leur tour tôt ou tard. Deux des colons, jugeant que la résistance était impossible, vu leur petit nombre, sortirent de la ferme et purent gagner le camp à la faveur d'accidents de terrain. Pirette resta seul. Il n'avait pas songé un instant à se retirer, d'abord parce qu'il avait tout son avoir dans la ferme et qu'il espérait que l'ennemi serait repoussé par le camp et se retirerait sans se rabattre sur la ferme. L’attaque du camp échoua et les attaquants vinrent faire le siège de la ferme. Armé de cinq fusils et de deux cent cinquante sept cartouches il tint tête vaillamment à ces mille assaillants. A la fin de la journée il ne restait presque plus de munitions. Profitant de la nuit, il descendit de la terrasse avec une corde, tenant un fusil dans une main et ses souliers dans ses poches. Il réussit à se glisser entre les sentinelles et atteindre le camp où les militaires l’accueillirent avec intérêt et enthousiasme. Sa ferme fut brûlée. Son nom fut donné à un village et à deux rues à Alger et l’Arba.

La pacification de la Mitidja par Bugeaud

 

 

 

 

 

La colonisation sous Bugeaud et les colonies agricoles

 

 Le Lieutenant Général Bugeaud est désigné le 29 décembre 1840 pour succéder au Maréchal Valée. Il débarqua à Alger le 22 février 1841. Pour lui, plus qu'à des travaux de fortifications du sud de la plaine, c'est à Abd el Kader qu'il faut s'attaquer. Il le fit par la technique des petites "colonnes expéditionnaires" évitant les grandes batailles et pratiquant "la guerre des buissons" et la technique de la terre brûlée. C'est ainsi, qu'il conquit l'Oranie, Tlemcen, le Titteri, l'Ouarsenis, la vallée du Chélif, Tiaret. Abd el Kader entama alors une course errante et finit par se réfugier au Maroc.

 C'est au général Changarnier que l'on doit la soumission des tribus de l'Atlas Tellien y compris les terribles Hadjoutes, les 6 et 8 juin 1842.

 La Mitidja, après douze années de guerre et de brigandages incessants, était enfin pacifiée, délivrée du cauchemar des assassinats des colons, des incendies de fermes ou de récoltes. Ses colons soldats, constamment sur le qui vive, le fusil en bandoulière ou caché dans le champ qu'ils labourent, vont devenir désormais de simples colons, des cultivateurs, qui pourront relever en paix les ruines de leur ferme, labourer leurs terres en toute sécurité. Cette plaine presque déserte va se repeupler, ses haouchs en ruines vont être reconstruits, ses champs incultes vont revoir le soc bienfaisant de la charrue. C'est une lutte nouvelle, contre un sol avare de ses richesses, qui va être engagée par ces modestes champions de la civilisation, qui mourront souvent ignorés en creusant péniblement les sillons dans lesquels d'autres, plus heureux, viendront faire la moisson. C'est une ère nouvelle moins glorieuse, mais plus féconde, qui s'ouvre dans l'histoire de la colonisation de la Mitidja, celle des défrichements et des dessèchements, la phase créatrice va succéder à la phase héroïque.

 

LA PERIODE CREATRICE

1842 - 1858

 Durant cette période, de profonds changements eurent lieu en France et en Algérie.

En février 1848, la Révolution éclate, met fin au règne de Louis-Philippe et proclame la Deuxième République. Des dispositions sont prises pour résorber le chômage par la création des Ateliers Nationaux.

 Il subsista cependant une forte agitation sociale, qui fut réprimée en juin 1848. Les Ateliers Nationaux furent fermés et l'on se "débarrassa" des agitateurs en les envoyant fonder des "colonies agricoles" en Algérie. Cette agitation fit que le "parti de l'ordre", en France, soutint la candidature de Louis Napoléon Bonaparte qui fut élu Président de la République le 10 décembre 1848.

 Pour garder le pouvoir, il fomenta un coup d'état le 2 décembre 1851. Lors du plébiscite qui suivit, il recueillit 92,5% des voix en métropole mais n'obtint que 53,7% en Algérie ! Il restaura l'Empire par un autre plébiscite le 2 décembre 1852 après lequel il prit le nom de Napoléon III.

 L'Empereur en voulut beaucoup aux Algériens de leur vote. Malgré ses arrière-pensées de "Royaume Arabe", il fit des promesses d'assimilation de l'Algérie à la France qu'il n'entendait pas tenir. Ainsi, avant le "Général clair obscur", l'Algérie allait avoir "l'Empereur clair obscur" (Xavier Yacono).

Durant cette période l’œuvre législative fut importante :

- 15 avril 1845. Une ordonnance fait naître des "territoires civils" administrés par les Européens. Bugeaud désapprouvait cette réforme ainsi que l'armée.

- 27 avril 1848. Abolition de l'esclavage. Cette décision n'arrangeait pas les grands Caïds ! La traite continua d'ailleurs avec plus ou moins d'importance.

- 14 février 1851. Modification du régime douanier. Enfin, on obtint une quasi assimilation avec la France. Les produits sont admis en franchise en métropole. H. Isnard a pu écrire que ce "fut une loi de salut pour la colonisation agricole jusque là paralysée". Le commerce tripla.

- 26 avril 1851. Modification du régime des concessions. Enfin il n'est plus exigé de conditions préalables de ressources. Au lieu d'un titre provisoire, il est accordé un vrai titre de propriété avec cependant une clause résolutoire en cas d'inexécution des conditions imposées.

- 4 août 1851. Création de la Banque d'Algérie. Pour s'équiper, il faut du crédit. Jusqu'à cette date, on trouvait "normal" un taux d'intérêt de 24%, parfois 50 et 60%, alors que le taux légal était fixé à 10%. Cette création permit de donner un peu d'oxygène aux entreprises. On y ajouta, en 1852, la création du Mont de Piété et de la première Caisse d'Epargne et de Prévoyance.

Dès le début de son gouvernement (décembre 1840 à juillet 1847), Bugeaud montra son profond attachement au développement de l'agriculture. Il organisa une colonisation officielle, prise en main par le gouvernement.

C'est le Directeur de l'intérieur, le Comte Guyot, qui fut chargé de préparer un plan général. Il n'était pas pressé de reconquérir toute la plaine de la Mitidja mais, par contre, il préconisa de coloniser la bordure de l'Atlas, région plus salubre

Les "colonies agricoles" de 1848

Il fut décidé de créer quarante-deux centres agricoles pour accueillir vingt mille ouvriers "parisiens", en fait originaires de toutes les régions de France, dont le Gouvernement voulait débarrasser la capitale.

Trop rapide, mal préparée, cette colonisation fut un fiasco. Les concessions étaient trop petites, la maladie fit des ravages, beaucoup d'arrivants étaient des ouvriers ou des artisans et non des paysans, les "villages" n'étaient pas préparés Au total sur les vingt mille arrivants, trois mille moururent rapidement, sept mille retournèrent en France, sur les dix mille restant la plupart quittèrent le bled pour les villes. Néanmoins, les villages créés purent se développer plus tard, grâce à des nouveaux arrivants venant du midi de la France ou par des Espagnols, des Italiens, voire des Allemands

La colonisation "ordinaire" 1848 – 1858

 

 

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La colonisation ordinaire 1848 – 1858

 

A partir de 1849,19 centres nouveaux furent fondés. Parmi eux : L’Arba en 1849, Rovigo en 1851, Sidi Moussa en 1852, Rivet en 1856.

L'Administration rencontrera souvent de très grandes difficultés pour la constitution du territoire de ces centres, tant de la part des Européens que des Indigènes propriétaires de terrains qu'ils ne céderont que par la force de l'expropriation. A partir de 1858, il ne restera plus de terrains disponibles pour la formation de nouveaux centres dans la plaine, sauf dans les parties marécageuses où sont créés les deux petits centres d'Attatba et de Montebello. On peut dire qu'en 1858 l'ère des créations de centres est close dans la Mitidja.

La colonisation "libre"

 A côté de la colonisation officielle et souvent grâce à elle, la colonisation privée prit un développement considérable. Disposant de capitaux parfois très importants, les colons libres n'eurent pas à subir les crises du début, quelquefois redoutables, qu'endurèrent les colons plus pauvres mis en place par l'Administration.

 Toutes ces fermes étaient principalement plantées en céréales mais aussi en tabac. Elles pratiquaient l'élevage des ovins et des bovins.

 Notre canton était situé dans la partie orientale de la Mitidja où en 1859, on dénombrait :

- 218 fermes d'une superficie totale de 25 600 hectares et où vivaient 2165 personnes,

- 7 000 hectares cultivés dont 4 100 en blé, 900 en tabac, 50 en vigne,

- 115 000 arbres étaient plantés,

- 12 300 bestiaux dont 5 600 bovidés.

Les travaux publics

 Ce sont eux qui auront permis le magnifique développement de la plaine.

 On construisit des routes, liens indispensables.

 Une lutte difficile mais victorieuse a été livrée contre les marais quasi impénétrables du nord de la plaine. Notre canton bénéficia des travaux faits sur la rive droite de l'Harrach, dans la région de l'Oued Smar, de Fort de l'Eau, etc.

 Non seulement des milliers d'hectares furent rendus à la culture, mais surtout, on fit reculer la malaria assassine.

Les mouvements de la population

 C'est à partir de 1842 que commence en réalité le peuplement de la Mitidja. En l'espace de treize ans (1842-1856) la population européenne passe d'environ deux mille unités à plus de seize mille, soit une augmentation de 800% ! Cet accroissement est dû uniquement à l'immigration. Malgré un taux de natalité normal, les taux de mortalité, de l'ordre de 17°/o en métropole, il dépasse généralement dans la plaine les 50°/o et atteint les 80°/o en 1846.

 Parallèlement, les Indigènes qui avaient quasiment déserté la plaine en 1839, sont évalués à environ seize mille en 1856, attirés qu'ils sont par la paix et le développement économique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Carte du peuplement européen

 

 La carte du peuplement européen jointe (établie sur des statistiques de 1896, données par V. Demontès) illustre bien les différentes origines du peuplement de l'Algérie et aussi d'ailleurs celles de la Mitidja. Les colons viennent donc :

    • de France :

 Des départements ou des régions ont joué un rôle plus important : le Midi dans son ensemble, la Seine, la Corse. D'autres un peu moins comme l'Alsace-Lorraine et la Franche-Comté. Néanmoins, tous les départements français ont fourni des émigrants : la colonisation de l'Algérie fut une oeuvre nationale

    • d'Espagne :

 C'est le groupe le plus important, après les métropolitains. C'est une émigration de populations pauvres ou ruinées par une économie espagnole exsangue secouée de nombreux soubresauts politiques. Ce ne fut pas toute l'Espagne qui envoya des émigrés mais, dans la Mitidja : - d'une part, l'île de Minorque d'où viennent les "Mahonnais- d'autre part, l'île de Majorque et les provinces de Valence et surtout d'Alicante.

    • d'Italie :

 La aussi, les conditions économiques et sociales sont à l'origine de l'émigration des Italiens. Ils arrivèrent de la Campanie , de la Calabre , de Naples mais aussi de Toscane , du Piémont et de Vénétie.

    • De Malte :

 Pas très nombreux , ils débutèrent dans la batellerie des ports.

    • D'autres Pays :

 En particuliers des Allemands , des Belges et des Suisses dont l'Administration, à cause de leur bonne réputation, attendait beaucoup et leur accorda des concessions.

Les Progrès de la MEDECINE

 Les victoires remportées par la médecine, résultat des efforts des médecins militaires au début, relayés par les médecins civils dit de colonisation, les infirmières civiles ou religieuses, les sages-femmes, aidés par les services d'hygiène, l'institut Pasteur, les instituts universitaires,.

 A l'arrivée des Français en Algérie, on peut considérer que la médecine arabe (fameuse au moyen âge) avait quasiment disparu. Cependant en Algérie, les maladies étaient multiples et graves.

 En ce qui concerne le paludisme, le coup d'arrêt fut donné par Maillot avec la quinine. En 1904 les deux frères Sergent mettent en place de la lutte systématique contre le paludisme. Ils engagent la lutte, d'une part au moyen des mesures antilarvaires contre les anophèles) d'autre part en luttant contre les réservoirs à virus, par la "quininisation" de toutes les populations. On réussit ainsi à ce que le paludisme ne tue plus en Algérie et que les cas deviennent très peu nombreux dans la Mitidja.

 En 1891, Hyacinthe Vincent Aide major à l'hôpital militaire d'Alger, étudie la fièvre typhoïde et met au point un vaccin. Le résultat de tous les efforts des acteurs luttant pour la santé publique furent brillants : le choléra disparaît après 1911, la variole et le typhus aussi sauf durant les deux guerres ...

 Au total la Mitidja maudite, dévoreuse d'hommes, devient ce jardin riche et sain où nous sommes nés. Le changement est tellement radical que nous avons beaucoup de mal à imaginer la quantité de souffrances et de malheurs que nos ancêtres ont eu à supporter. Raison de plus pour en raviver la mémoire.

L’ ENSEIGNEMENT , creuset d’une civilisation

 L'enseignement français fut un facteur primordial de mutation. Il fut un creuset où il assimila tôt et profondément les Européens de toutes origines. Les Musulmans en profitèrent aussi, après une longue période de refus. Ainsi c'est joyeusement, ou paresseusement, que l'on apprit que "Nos ancêtres les Gaulois" avaient peur de recevoir le ciel sur la tête ! Qu’une bergère lorraine (qui avait inventé la radio !) boutait les Anglais hors de France et qu'un Corse, Napoléon, s'était gelé les ... en Russie. Le Cid nous apparaissait comme un héros fort admirable. Les difficultés commençaient avec le passé composé des verbes avoir et être sans parler du plus-que-parfait (ils sont fous !) enfin le cauchemar s'amplifiait avec, un peu les tables de multiplication et surtout cette fameuse inconnue, x, que nous ne tenions nullement à connaître. Mais la plus importante des connaissances acquises à l'école fut et resta, la connaissance de la camaraderie et de l'amitié qui nous tint unis contre vents et marées, hier comme aujourd'hui et sûrement demain.

 L’enseignement primaire commença dès 1833. Au début, ce furent surtout des congrégations religieuses qui s'en occupèrent. e n'est qu'en 1883 qu'il fut décrété obligatoire, gratuit et laïque.

 L' Ecole Normale d'Alger fut créée en 1865 à Mustapha, puis définitivement installée sur le Mont Bouzaréa (ces bâtiments étaient à l'origine destinés à un asile d'aliénés). Il y en eut d'autres qui s'établirent à Miliana (Ecole Normale de Filles), Constantine et Oran. Il en sortit des instituteurs remarquables qui ont marqué notre enfance et notre adolescence. Un hommage particulier doit, nous semble-t-il, être rendu aux instituteurs du grand bled qui travaillèrent isolés du monde extérieur, dans des conditions matérielles précaires et durent lutter contre les préjugés des populations indigènes.

 Nous avons recueilli les témoignages de deux instituteurs, nés à l'Arba. Alain Pello et Roger Dupuy.

Alain se souvient de ses débuts dans un village de Kabylie et écrit :

"Après le bac, à vingt ans, j'avais déposé une demande de poste d'instituteur remplaçant intérimaire, avec le naïf espoir d'être nommé à l'Arba ou dans ses environs.Page19

 Vers la mi-octobre, je reçois mon affectation : chargé d'école (c'est-à-dire classe unique) à Aït-Ouabane... Impossible de situer ce village, absent des cartes. Je me renseignais à la Gendarmerie et grâce à un gendarme qui venait de Kabylie, je réussissais enfin à le localiser

 Le 25 octobre 1954, je chargeais dans la voiture de papa un matelas, un réchaud à gaz, des ustensiles de cuisine et quelques provisions. Accompagné de maman, nous prenions la route de Tizi-Ouzou, ensuite le col des Benni Yenni puis plongée vers le marché du Djemâa, direction Michelet. Nous tournons à droite sur une piste carrossable qui longe l'oued pendant une dizaine de kilomètres jusqu'au chemin qui mène à Aït-Ouabane. L'Administrateur, prévenu, avait averti le chef du village et quelques bourricots nous attendaient. En file indienne, pendant 4 kilomètres, nous rejoignons, à pied, le douar et je fais connaissance avec l'école où je vais enseigner jusqu’au 1er Juillet 1955.

 Une grande salle de classe, avec des fenêtres à petits carreaux que maman se met à astiquer ! , des tables et des bancs pour 6 (ou plus !), des poutres apparentes, 2 tableaux, une cheminée. Le lendemain, j'y accueillerai 70 (soixante-dix !) élèves de 6 à 14 ans, du cours préparatoire à la fin d'études. Le logement est attenant, une petite cuisine avec une table et une chaise (ce sera là mon bureau) une paillasse avec une grille pour la cuisine au charbon. Une chambre avec une cheminée. Sur le côté, un bûcher couvert qui me servira de réfrigérateur l'hiver. Pas d'eau, la source est à 100 mètres, pas d'électricité (on s'éclaire au pétrole) pas de W.C. (le bois de chênes, un peu plus haut en fait office durant les récréations). La cour, devant l'école, est le seul endroit plat du village situé en face, de l'autre côté de l'oued. Nous sommes à 1200 mètres d'altitude ; un peu plus haut, à 1400 mètres, un chemin touristique, plus abandonné, reliait, au milieu des cèdres, le col de Benni Yenni à celui de Tirourda, au-dessus de Michelet. C'est le royaume des singes et des sangliers. Le douar est pauvre, quelques cultures vivrières, du petit élevage (chèvres, lapins, poules) des oliviers, des cerisiers et l'argent envoyé par les hommes qui travaillent aux usines Michelin à Clermont-Ferrand. Le ravitaillement est impossible : à "l'épicerie" on trouve des légumes secs, de la semoule, des sardines en boîte, du pétrole ; pas de pain, pas de viande, pas de légumes. Les instituteurs en Kabylie remplacent le congé du jeudi par le jour du marché des environs ; pour moi ce sera le vendredi, pour d'autres le dimanche. Les femmes ne quittent jamais le douar ou les champs avoisinants. Certaines iront, à dos d'âne, jusqu'au bout du chemin pour une consultation au dispensaire itinérant. Durant un congé scolaire, une opération militaire eut lieu et les soldats traversèrent le village. Le gardien m'a raconté que certaines avaient fait une fausse couche : elles n'avaient jamais vu de noirs de leur vie ! Durant toute l'année, je me nourrirai d'oeufs et de pâtes à l'eau. Le pain sera remplacé par des galettes confectionnées par la femme de Messaoud, le gardien balayeur de l'école. Au marché du Djemâa, le vendredi, on égorge moutons et chèvres à même l'oued. Les "bouchers" débitent la viande en morceaux, les enfilent pêle-mêle et vous le vendent ainsi. Comment cuisiner cette viande fraîche disparate ? Les jours chauds, elle tournera sur les derniers kilomètres du chemin du retour.

 Les plus proches instituteurs sont à 6 kilomètres (Aït-Daoud) et à 8 kilomètres (Aït-Saâda). Je leur rendrai visite le dimanche quand la solitude sera trop dure à supporter. Mais avec les difficultés de ravitaillement, il était délicat de se faire inviter. Ces deux villages ont une piste carrossable et deux couples ont une 4 CV Renault ! La neige faisait quelquefois son apparition et Messaoud me déconseillait de m'éloigner de peur que je m'égare. Pour les vacances de Toussaint 1954, je suis redescendu à l'Arba pour compléter mon installation : un poste à piles, une gabardine chaude, des chaussures de marche... Il fallait une journée entière : 4 kilomètres à pied, une camionnette pour les 10 kilomètres de piste jusqu'à la route nationale, un car pour Tizi-Ouzou, un autre pour Alger et Monico pour l'Arba !

 Le 1er Novembre 1954 marquait le début des "événements" d'Algérie. Les premières victimes en furent des instituteurs dans les Aurès.

 Le 3 novembre 1954, je reprenais mon poste et durant toute l'année scolaire, je vécus au milieu de la rébellion, m'habituant au danger, circulant inconscient sur les pistes et sur les routes, avec la naïve certitude (partagée par les collègues) qu'on ne toucherait pas aux instituteurs. Le 3 juillet 1955, après mon départ, l'école était incendiée pour ne pas servir de cantonnement aux militaires français.

Je ne suis jamais retourné à Aït-Ouabane."

De son côté, Roger Dupuy raconte :

"En 1953, ma jeune femme et moi sommes, pour notre premier poste, nommés à Boghari, un gros village à environ 200 kilomètres au sud d'Alger. Nous avons chacun la responsabilité d'une classe d'initiation. Le système de ces classes d'initiation est très ancien et son objectif simple demande beaucoup d'attention et de travail de la part des instituteurs. Il s'agit, en un an, de préparer les enfants indigènes connaissant très peu et le plus souvent pas du tout le français, à entrer dans les cours préparatoires, dans les mêmes classes que les petits indigènes francophones ou les petits français de souche. Le programme d'enseignement qu'ils suivent n'est pas du tout un programme au rabais, les inspecteurs tiennent beaucoup par exemple aux 10 heures de lecture et aux 5 heures de calcul par semaine. S'y ajoutent des leçons de morale, de chant, de "langage" que l'on raccroche toujours à la lecture, sauf rares cas particuliers, l'objectif est atteint et les élèves sortant des classes d'initiation peuvent suivre une scolarité normale. J'aimerais m'attarder sur un point sur lequel on s'est tellement moqué de l'enseignement du "colonisateur" qui faisait bêtement répéter à tous : "Nos ancêtres les Gaulois" !...

 Cela a existé bien sûr mais, à mon époque, les livres d'histoire du primaire permettaient d'enseigner parallèlement l'histoire de l'Algérie et l'histoire de France. Ainsi, on apprenait à connaître en même temps, Vercingétorix et Jugurtha, Jeanne d'Arc et la Kahena, la conquête de l'Algérie et la révolution en France en 1830, etc. D'ailleurs, lors de l'examen du Certificat d'Etudes Primaires, on pouvait avoir des questions sur l'histoire de l'Algérie. En plus de l'enseignement, on faisait un peu de médecine préventive. Tous les matins : on instillait des gouttes dans les yeux pour lutter contre le trachome et on passait de la pommade sur le cuir chevelu pour lutter contre la teigne.

 Nous étions très fiers du rôle que nous jouions. D'ailleurs, la population indigène nous en était très reconnaissante et nous étions entourés de gentillesse et de respect".

 

L’ ESSOR DE LA COLONISATION

1858 - 1962

 Durant cette période un nombre important d'événements vont avoir lieu en France et en Algérie avec bien sûr une répercussion sur la plaine de la Mitidja et notre canton. Nous allons essayer de les résumer en nous en tenant à ceux qui nous paraissent les plus éclairants.

 Sous l’empire de Napoléon III Deux faits politiques majeurs nous semblent devoir être retenus : mise au premier plan des militaires dans la direction de la colonie donc refus aux Européens d'une certaine autonomie de gestion. De plus, l'orientation générale est le ralentissement du peuplement et l'appel aux grandes compagnies privées pour une colonisation capitaliste. - L' Empereur en 1863 écrit qu'il considère l'Algérie comme un "Royaume arabe". Les conséquences administratives qu'il veut en tirer provoquent de vives réactions, en particulier du Général Mac-Mahon.

 L'Empire s'écroule après la défaite de Sedan le 2 septembre 1870. La IIIe République est proclamée et elle durera jusqu'en 1940.

 Les Années 1870-1871 voient se dérouler deux événements importants :

 - La "Commune d'Alger" :

La République sitôt proclamée, l'agitation secoue la capitale de l'Algérie et tourne à l'émeute. Le principal désir est de mettre fin au régime militaire. Crémieux prend alors un certain nombre de décrets. On peut en retenir deux : celui qui créait trois départements en Algérie et celui qui accordait, le 24 octobre 1870, la naturalisation collective des Juifs indigènes.

 - L'insurrection kabyle :

 C'est la plus importante des insurrections que connut l'Algérie française avant celle déclenchée le 1er novembre 1954. Vaincue, la répression fut surtout sévère par le montant demandé pour la contribution de guerre et les séquestres des terres : trois cent mille hectares. Une partie de ces terres profitera aux Alsaciens Lorrains.

 Le décret du 26 juin 1889 institua la naturalisation automatique des étrangers dans les deux cas suivants :

 - les enfants nés en Algérie, de parents étrangers qui y sont domiciliés sont déclarés Français dans l'année qui suit leur majorité, s'ils n'y renoncent pas formellement (très très peu renoncèrent),

 - les enfants nés en Algérie, de parents étrangers qui y sont eux-mêmes nés, sont déclarés Français sans autres formalités.

La Troisième République s'engage dans une colonisation visant à faire de l'Algérie une partie intégrante de la France.

 Une des actions spectaculaires fut d'offrir aux Alsaciens Lorrains, dont le territoire était annexé par la Prusse, la possibilité de s'installer en Algérie. En particulier cent mille hectares de terres kabyles sous séquestre furent mis à leur disposition. D'autres furent dirigés vers l'Oranie. Les émigrants arrivent avec très peu de moyens et souvent sans connaissance de l'agriculture. Les débuts furent donc très durs et les résultats très contrastés suivant les régions. Le bilan en 1899 est le suivant : sur mille cent quatre vingt-trois familles arrivées en Algérie, deux cent soixante dix sept soit 23% ont quitté le pays, cinq cent dix-neuf soit 44% ont gagné les villes et seulement trois cent quatre vingt-sept soit 33% (1/3) sont restées sur leurs concessions.

L’Algérie accueillera plus tard les paysans du sud-ouest ruinés par le phylloxéra.

 Parallèlement les émigrants étrangers affluent, surtout les Espagnols. La période de 1870 à 1890 fut, peut-on dire, l'âge d'or de l'émigration des Espagnols venant, en ce qui l'Algérois, par le bateau à vapeur reliant Javea et Alicante à Alger ou plus simplement sur de frêles et peu commodes balancelles

Les Facteurs du Développement Economique

L'esprit d'initiative des colons fut secondé par :

Les Travaux Publics

 Le développement des routes et leur amélioration se poursuivirent jusqu'en 1962 en suivant l'agrandissement du parc des automobiles et des camions.

 Le chemin de fer joua aussi pendant un temps un rôle de liaison non négligeable. En 1894, en dehors du réseau à voie normale, a été construit le réseau à voie de 1,05 mètre des "Chemins de Fer sur Routes d'Algérie" (C.F.R.A.).

 

 

 

 

 

 

 

Arrivée du train ( Le Bouyouyou ) à L’ARBA.

On se souvient de la ligne Alger - l'Arba - Rovigo. (Ce train était surnommé "le Bouyouyou "

 

 Mais après la dernière guerre la route l'emporta sur le chemin de fer et ces lignes à voie étroite disparurent.

 La gestion de l’eau fut très développée : dessèchement des marais, défense contres les crues de l’oued Djemaa, Barrages (le Hamiz à rivet), canaux d’irrigation gérés par des syndicats.

L’ Outillage Agricole et Procédés de Culture

 La mécanisation Agricole fut largement développée.

 Les procédés de culture, les stations de lutte contre les insectes et les maladies, améliorèrent sans cesse la production.

 L’OFALAC organisa d’une manière très moderne la promotion des produits algériens

Le Crédit

 La création des comptoirs d’escompte et ensuite des Caisses Locales de Crédit Agricole, fut essentielle dans le développement de l’économie donc de l’agriculture

Les Cultures et l’Elevage sont prospères

 La mise en valeur de l'Algérie et donc de la Mitidja fut essentiellement agricole.

Dans les années 1950, les statistiques générales de l'Algérie donnent les chiffres arrondis suivants :

                                                       Européens    Indigènes

Nombre d'exploitations :              22 000          630 000

Superficie générale en hectares : 2 800 000     7 350 000

 La première remarque sera de constater que, contrairement à ce qui s'est passé pour les Indiens face aux Américains, la propriété indigène s'est développée, même si certains, oubliant ce qui a été trouvé en 1830, ont considéré que c'était insuffisant.

 En tout état de cause, il y avait de nombreuses petites ou moyennes propriétés (ne pas oublier que la colonisation officielle créant nos villages accordait seulement 5 à 15 hectares aux concessionnaires). D'après une statistique parue en 1921, pour la Mitidja, la répartition des surfaces est la suivante :

  - Inférieure à 10 hectares :  31,4%

  - De 11 à 40 hectares :  41,6%

  - Supérieure à 40 hectares :  27,0%

 Il n'y a vraiment pas lieu d'utiliser, dans un sens péjoratif, l'épithète de "gros colons" à l'ensemble des propriétaires La première des cultures est la Vigne. (Ci-dessous Vigne et Orangeraie)         

                                         

                                                        

 

 

  Vue aérienne : Vignes et Orangeraies

 La vigne succéda au blé comme plante de la colonisation à partir des années 1880. Son histoire est une succession de boom et de crashs En 1890, elle sauve l’Algérie d’une catastrophe économique En 1901-1902, grave crise de mévente,renouvelée en 1904-1906 Entre 1904 et 1933, la prospérité est éclatante En 1934-1935, la crise économique mondiale atteint l’économie Algérienne. Le cours est de 240 F le degré hecto en 1929. Il à 50 F en avril 1935, soit une baisse de 80% ! .Des récoltes entières furent jetées aux égouts et les faillites furent nombreuses

 En 1946, la situation s’éclaircit. La surface se stabilise à 900.000 hectares pour la Mitidja, avec des rendements qui passent de 50 hectolitres à l’hectare en 1939 à 170 hectolitres à

L’hectare en 1950. Ci-dessous les vendanges.

 

                                                   

                                                                 

 

 

 

 

 

 

 

   Les vendanges à L’ARBA

 Au deuxième rang se place : les Agrumes

 En 1953, sont plantés 12.500 hectares principalement d’orangers mais aussi de mandariniers et de clémentiniers.

 Au troisième rang : les Cultures Maraîchères

 Leur production axée sur les « primeurs profitait des 15 jours d’avance qu’elles avaient sur la France ; Dans nôtre canton c’est Rivet et Sidi Moussa qui s’illustrèrent dans ces cultures.

Les Autres Cultures

  - Les céréales ne cessèrent de reculer devant la vigne,

  - Le tabac diminua très fortement à cause de la baisse des prix

  - La culture des oliviers constitua un appoint surtout en bordure de l’atlas.

L’élevage

 La Mitidja n’était pas une région de grand élevage. Cependant il y avait un cheptel de bovins non négligeable.

L’ Industrie

 Les industries alimentaires étaient faiblement représentée dans le canton : quelques minoteries disparues en 1950, quelques petites fabriques d’huile d’olive ( Mira-Pons et Moussa Slahi)

Quelques fabriques de crin végétal (Llopis) , périclitèrent après 1950

Quelques mines de fer et de plomb eurent une activité au début du vingtième siècle.

L ‘ INDUSTRIE du Bâtiment

 Les fabriques de chaux et ciments : Celle de Rivet est une des plus importantes d'Algérie. Cette usine fait partie de la Société Nord-africaine des Ciments Lafarge (S.N.A.C.L.). Il y avait à Rivet, tout prêts à se combiner industriellement, les deux éléments essentiels à la fabrication des ciments, la chaux et l'argile. Vers 1900 Monsieur Nibelle monta tout d'abord des fours à chaux et une usine à ciment de dimensions modestes. Il acheta l'emplacement nécessaire à l'extraction de la pierre et loua à la commune, par un bail à très long terme, l'emplacement nécessaire à l'extraction de l'argile.

 Quelques années plus tard, l'exploitation se développant, devint la Société des Chaux et Ciments de Rivet dont la production avant la guerre, dépassait déjà annuellement 20 000 tonnes.

 

 

 

 

 

 

 

 

L’usine des ciments Lafarge de RIVET

 La Société des Chaux et Ciments de Rivet, fut contrôlée financièrement à partir de 1922 par la Société des Chaux et Ciments de Lafarge et du Teil. L'usine de Rivet agrandit ses ateliers, transforma ses fours, améliora son outillage. En 1930 se constitua la Société Nord-africaine des Ciments Lafarge,

 En 1950, cette production dépassait les 50 000 tonnes par an dont 10 à 15 000 tonnes de chaux agricole, pour un effectif d'environ 240 ouvriers et employés

 Les divers produits fabriqués par l'usine de Rivet sont unanimement appréciés des usagers. Son ciment de Portland artificiel, en particulier, est très recherché par les entrepreneurs pour ses qualités exceptionnelles, notamment pour la construction des cuves et amphores à vin, pour les immeubles, villas, ponts, barrages etc. Les fleurs de chaux et chaux viticoles, obtenues par les procédés les plus modernes, sont remarquables. Tout ceci a fait grand honneur aux animateurs et aux dirigeants de la Société Nord-africaine des Ciments Lafarge et c'est grâce à eux que Rivet a possédé, une industrie très importante qui a participé pour une grande part au développement et à la prospérité du village.

 - Des briqueteries furent construites et en particulier la briqueterie de Rivet créée en 1929.

 - Plusieurs carrières de pierre à bâtir ou de pierre d'empierrement se trouvaient sur toute la bordure de l'Atlas et plus particulièrement à Rovigo, l'Arba et Rivet.

La population, sa croissance, sa composition

 Les progrès des populations européennes et indigènes

 Grâce aux efforts de la médecine, à l'essor de l'économie, l'accroissement de la population en Algérie va être remarquable.

 Dans la Mitidja, grâce aux travaux de Julien Franc, nous avons des statistiques précises jusqu'en 1926. En 1856, la population totale de la plaine est de 32 000 habitants. Elle atteint le chiffre de 126 000 en 1926, soit un accroissement de 400 pour 100 en soixante dix ans.

Le tableau ci-dessous décrit bien le mouvement général entre 1861 et 1926.

 Année    Européens    Indigènes       Total

  1861        21 278           28 985          50 263

  1876        24 770           33 147          57 917

  1891        37 535           37 500          75 035

  1901        42 433           37 062          79 495

  1911        43 805           58 589          102 394

  1921        42 092           72 990          115 082

  1926        45 642           80 546          126 188

On peut observer :

Entre 1876 et 1891, des forts développements de la population européenne qui enregistre l'arrivée des viticulteurs du Midi, ruinés par le phylloxera et un développement continu de la population indigène.

En 1926, la Mitidja est peuplée de 1/3 d'Européens et 2/3 d'Indigènes.

Dans les années ultérieures, la pénétration des Kabyles dans la plaine va s'accentuer. Ils vont surenchérir lors des offres de locations ou des ventes de propriétés. Vers 1950 ils auront triplé et seront 250 000.

Les chiffres que nous avons pour la commune de l'Arba sont assez remarquables de l'évolution relative des populations européennes et indigènes.

           Européens    Indigènes

1926      1 538             8 796     soit  1  pour  5,7

1962      1 500            20 500     soit  1  pour  14

 

Dans toute l’Algérie, Le graphique de l'évolution de la population est explicite.

 

 

 

Evolution de la population entre 1830 et 1954

Jusqu'en 1872, la population européenne croit à un assez bon rythme alors que la population indigène stagne et même régresse.

A cette date on compte en moyenne, "1 Européen pour 6,9 Indigènes".

 Mais les bienfaits de la colonisation vont se marquer d'une manière indiscutable sur l'évolution de la population indigène. La mortalité baisse et la surnatalité se maint jusqu'en 1931, les croissances suivent presque le même rythme avec un léger avantage aux Européens. A cette date, il y a "1 Européen pour 5,8 Indigènes".

 Après 1931, c'est l'explosion de la natalité indigène face à celle des Européens. Les excédents des naissances sur les décès sont de 30 pour 1 000 pour les uns et de 10 pour 1 000 pour les autres. En 1954, il y a 1 Européen pour 7,7 Indigènes. Ce rapport ne fera que croître jusqu'en 1962 pour dépasser environ 1 Européen pour 10 Indigènes

Mais qu’est donc le « peuple » pied noir ?

 Cette population européenne était en majorité citadine, seulement un Européen sur cinq, en 1954, vivait dans le bled, c'est-à-dire dans les villages et les fermes. Maintenant il faut tuer des mythes fort répandus pour discréditer les "Pieds-noirs".

Il faut savoir que dans leur grande majorité :

 - ils n'étaient pas tous colons : pas même 1 agriculteur sur 10, et parmi eux plus d'un tiers de salariés ! (Statistiques officielles de 1954).

 - ils n'étaient pas riches : le niveau de vie moyen était, pour les trois quart, inférieur de 20% à celui de la métropole (enquête du Club Jean Moulin).

 Albert Camus, lui-même, dans ses Chroniques Algériennes, s'élève contre l'image caricaturale faite des Européens d'Algérie : "A lire une certaine presse, il semblerait vraiment que l'Algérie soit peuplée d'un million de colons à cravache et à cigare, montés sur Cadillac".

 Cette communauté, méridionale, méditerranéenne, expansive, excessive avait un profond attachement pour la France, mais à travers leur province qui est l'Algérie. Tous pouvaient dire comme Albert Camus : "J'ai avec l'Algérie une longue liaison qui sans doute ne finira jamais, elle est ma vraie Patrie".

 Ces "Algériens" comme ils se sont toujours appelés avant qu'un jour on ne leur donne le nom de "Pieds-noirs", (dont l'origine exacte est mal connue) qu'ils ont fièrement accepté et qu'ils revendiquent maintenant pour marquer leur singularité.

 De nombreux observateurs et écrivains se sont penchés sur eux. Ceux-ci ont été frappés par l'impression de santé et de résistance de la "race", (résultat sans doute de la sévère sélection naturelle) et par la beauté des femmes ! Au moral, les traits soulignés par chacun peuvent se regrouper sous les trois qualificatifs utilisés par André Gide : "Une race nouvelle, orgueilleuse, voluptueuse, hardie". On accorde aux Pieds-noirs le sens du concret, du charnel, de l'esprit d'entreprise. "Ils n'étaient pas venus admirer le pays mais le transformer et le féconder", écrit Marc Baroli. Le plus souvent, ils n'amassent pas mais réinvestissent, ils n'hésitent pas cependant à faire des dépenses ostentatoires en bijoux de femmes pour les grands événements de la vie. Ce qui frappe tous les observateurs, c'est la facilité des rapports personnels, la gentillesse et l'amabilité réelles et immédiates".

 Enfin, ils se caractérisent par un parler extrêmement coloré et inventif qui n'est ni un patois ni un argot. La base en est incontestablement le français, surtout le provençal, mais, mais avec des apports étrangers considérables, l'espagnol y prédomine, il a fourni des mots et même des tournures grammaticales en grand nombre. Les emprunts à l'italien et à l'arabe intéressent le vocabulaire. Mais "le pataouête de Gagayous" d'avant 1914, évoluera lentement au profit du "français naturel".

 Bien évidemment cette "langue" était étroitement liée à un accent, que tous les Français connaissent maintenant, et à une gestuelle. Tout le corps participe, mais essentiellement le visage et surtout, surtout, les bras et les mains.

 C'est simple : "Tu prends un Pied-noir, tu lui attaches les bras dans le dos et bien j'te jure, le plus tchatcheur y dit plus ouallou (rien) et si ça dure plus d'une minute, balek (attention) y moute (meurt)". Dans ce langage coloré et vif, débordant de mots ou d'allusions gaillardes, il y avait des règles strictes concernant certaines expressions "t'y es pas un homme", "la putain de ta mère" constituaient les insultes suprêmes touchant à l'affirmation de la virilité et à "l'adoration" de la mère, grande ordonnatrice de la vie (pouvant être remplacée d'ailleurs avec autant d'amour par une grand-mère, une grande soeur, une tante...). Sitôt les expressions interdites utilisées, il n'était pas question d'hésiter "à se donner le compte" (se bagarrer) sans quoi on passait pour un "coulo" (pédéraste).

 Les armes préférées étaient le "coup de boule empoisonné" (tête) et le coup dans les cojonès (parties) et aussi les taquets (coups de poing). Le but étant que l'autre "il" sorte de la "rouste" (bagarre) "colbate soua soua" (bien rompu).

 

CREATION DE L ' ARBA

HISTOIRE ET CREATION  DU VILLAGE

Discours de Auguste REY

Né à L’ ARBA le 28/08/1908

Professeur agrégé au lycée Bugeaud d’ALGER

Célébration du centenaire de L’ARBA

Juillet 1949

 

L ‘ARBA : Le marché arabe

 Le hasard de ma naissance à L’ARBA dans une vieille famille arbéenne, me vaut aujourd’hui l’honneur et le plaisir de m’adresser à vous pour essayer de revivre ensemble en un raccourci de quelques minutes ce qu’à été la vie du village pendant un siècle.

Il y a cent ans, le village avait déjà officiellement 6 mois parce que le décret du Président de la République consacrant sa création est daté du 5 Janvier 1849.

Mais en fait, les premiers travaux avaient commencé le 21 Novembre 1848 date de l’arrêté du Gouverneur Général.

Ah combien vous regrettez avec moi qu’aucune photographie n’ait été prise de la région avant les travaux ! Seuls des documents écrits, des plans et les récits des vieux nous ont été transmis.

Alors remontons vite le temps. Nous sommes en 1830….

La région fait partie de L’Outham des Beni Moussa, la plus fertile des quatre districts de la plaine dans l’administration turque. Comme le reste de la Mitidja, elle a certainement connu les bienfaits de l’occupation romaine : des vestiges ont été découverts un peu à l’Est vers RIVET et un peu à L’Ouest vers ROVIGO. Sous la domination musulmane elle subit des fortunes diverses.

Le 28 Février 1838 le Prince Pukler Muskau en excursion traversant la Mitidja arrive au marché de SOUK EL ARBA ; il note «  cette campagne isolée remarquable par sa belle végétation, libre et sauvage, son ruisseau limpide (c’est l’Oued Rohra) et 3 magnifiques palmiers qui s’élancent de la même souche ».

C’est le marché de l’Outham des Beni Moussa qui se tient tous les Mercredis au pied de la montagne. On y arrive du Sud par les lits des oueds en particulier l’oued Rohra qui le borde à l’Est, par les sentiers qui suivent les mouvements de terrain, contournent les broussailles et quelques pistes plus importantes où les chevaux et mulets s’enfoncent jusqu’aux genoux à la saison des pluies quand elles ne sont pas totalement impraticables.

C’est un important marché fréquenté par 2 à 300 arabes qui y arrivent armés, avec chevaux, mulets, ânes, chameaux, bétail et marchandises ; Ils plantent leurs tentes par petits groupes sur un espace de 4 à 5 hectares. Sous le soleil et dans la poussière sur le bruit de fond des conversations et des marchandages, les chanteurs et les musiciens élèvent leurs mélodies par les éclats de fréquentes querelles, ponctuées de détonations.

Vers 2 ou 3 heures de l’après midi, comme sur un mot d’ordre le calme s’établit. Tout est replié, tout le monde repart vers la plaine ou le douar de la montagne. La place reste nue ou plutôt pleine de détritus que les bêtes de la nuit : hyènes et chacals viendront se disputer.

Il n’y a pas une habitation permanente à un kilomètre à la ronde. Les plus proches se trouvent aux Boannes. Vers la plaine au loin ça et là quelques petites fermes séparées par de grandes friches incultes.

La place même où nous sommes est couverte de buissons, ronces, lentisques, jujubiers et palmiers nains. Il y a ça et là quelques oliviers sauvages rabougris et des touffes de lauriers roses mais pas d’arbres véritables et partout pas d'ombre. Seuls se dressent les 3 grands palmiers du marché et vers le Sud un bois épais d’une centaine d’hectares : le communal. L’oued Rohra à 200 mètres à l’Ouest (sur les boulevards d’aujourd’hui) coule dans un lit trop large de 100 à 300 mètres. Le long de l’oued une mauvaise piste vers le Sud va se perdre dans la montagne. A peu de choses près en somme l’emplacement du village alors ressemble aux berges de l’Oued Djemâa que vous pouvez contempler du pont sur la route de RIVET.

En cette année 1835 les premiers colons achètent et exploitent des fermes aux alentours tel le domaine de BOUKANDOURA. Trois ans plus tard en 1838 la route d ‘ALGER à AUMALE par SIDI MOUSSA est aménagée et empierrée jusqu’à l’ARBA. Les voitures à chevaux arrivent maintenant facilement au marché.

En 1839 sous le Maréchal Valée apparaît un premier projet de création de hameau à 1500 Mètres Sud-est du marché c’est à dire 100 mètres à l’Est des 4 bassins actuels Projet abandonné. A sa place vers Juillet 1839 un camp militaire est installé au lieu du hameau.

Ce camp couvrant prés de 4 hectares muni d’une redoute et de fossés d’enceinte a été occupé par l’armée ou ses services jusqu’en Octobre 1860. L’idée d’un village est reprise en 1845 par le Comte Guyot mais l’exécution en sera retardée 4 ans par suite de difficultés soulevées par les 4 propriétaires intéressés, 2 Européens et 2 Musulmans, lors de la détermination du périmètre du village.

Le Ministre autorise enfin le 17 Juin 1848 la création de L’ARBA ; une commission nommée par le Gouverneur Général choisit l’implantation du centre : à la limite Sud du marché, au croisement des routes Alger – Aumale et Blida – Fondouk. La sécurité étant assurée, l’ARBA n’aura ni murailles ni fossé d’enceinte. Le sol est divisé de manière à offrir aux premiers colons des parts équivalentes de surface en friches couvertes de broussailles ou palmiers nains

L’état de peuplement couvre peu à peu uniquement des français presque tous cultivateurs ; mais il y a aussi des ouvriers du bâtiment, charpentiers, ferblantiers, anciens militaires, un épicier, un boulanger, et une sage femme la courageuse ROUX Elisa.

La plupart dispose de ressources suffisantes allant de 1000 à 5000 Francs. (Il s’agit de Francs Or).

L’administration leur distribue 7 lots de ferme, 100 concessions agricoles de 5 Ha (dont 1 de 25 Ha) et 8 concessions industrielles.

Les travaux d’installation sont retardés par les grosses chaleurs de cet été 1848. Ils ne recommenceront que le 21 Novembre mais sont menés à toute allure sous la direction du géomètre CHARAUD. L’ARBA prend naissance. Les premiers travaux publics consistent dans l’établissement de la grande place du village, le tracé des routes, le creusement d’un puit qui va fournir l’eau potable (puit qui plus tard sera muni d’une noria qui existait il y a quelques années à l’emplacement du boulodrome), la construction dans l’angle Sud de la

place d’une maison pour loger les agents de l’administration qui dirigeaient l’installation (ancienne maison PUJOL). Cette maison deviendra par la suite la première école de filles.

Les colons de leur côté s’installent, bâtissent, défrichent et plantent. Le centre se développe rapidement 3 mois après sa création 35 familles habitent le village, 6 dans les fermes voisines. Il y a 4 maisons en pierre, la plupart habitent dans les baraques en bois. Mais les cultures s’étendent : il y a déjà 60 hectares d’ensemencés et 10500 arbres de plantés sans compter quelques champ de vignes et les terres préparées pour recevoir du maïs , du tabac et des pommes de terre.

Un an après la population a doublé, il y a 56 familles dans le village avec 306 personnes, 39 maisons en pierre terminées, 9 en construction, 10 fermes prospèrent avec une contenance de 15 à 40 hectares. 130 hectares sont ensemencés et 5000 nouveaux arbres plantés. L’administration détourne l’Oued Rohra qui vient d’inonder le bas du village et creuse des canaux d’irrigation, chaque colon pouvant irriguer 1 hectare.

C’est un développement rapide, puissant d’autant plus remarquable aux yeux de l’administration qu’elle n’a pas eu de grandes dépenses à engager pour sa création.

A la fin de l’été 1850, 190 Hectares sont cultivés, on plante du tabac et du coton. 71 familles sont installées dans le centre où 48 maisons sont construites, l’aspect du village est celui d’un lotissement , les maisons sont dispersées autour de la place et au bord des 2 grandes rues ; beaucoup ont un jardin attenant. La gendarmerie et l’école de garçons se font face à l’entrée Est de la rue Marceau.

On voyage à cheval ou en voiture. Les communications avec ALGER en particulier sont assurées par 5 à 6 voitures à chevaux empruntant quotidiennement la route d’AUMALE et faisant étape au village. En 4 heures on est rendu à ALGER plus poussiéreux et fatigué qu’après une longue journée de travaux aux champs.

Quelle vie dure, sans confort et mouvementée connaissent ces premiers pionniers. Il n’y a guère de voleurs dans la région mais les bêtes sauvages suffisent à troubler l’existence de ces métropolitains encore inadaptés.

En été les scorpions sont fréquents sous les pierres et le soir venu, les moustiques empêchent parfois tout sommeil. Les poulaillers sont pillés par les renards et les chacals ; les lièvres, perdrix et tourterelles viennent pacager dans les potagers tandis que les sangliers retournent les champs de pomme de terre. Certaines nuit les lions viennent rugir aux alentours et on cite le cas de chiens enlevés par des panthères. C’est une époque où les bêtes sauvages de toutes tailles pullulent, le temps béni des chasseurs où les battues aux sangliers se font au communal.

En cette année 1850 les fièvres paludéennes commencent à éprouver sérieusement les premiers arbéens. En 1850, 1851, 1852 la mortalité est très élevée et la population baisse. Les enquêtes de l’administration ici comme ailleurs incriminent le retournement des terres, la nature du paludisme et le rôle étaient alors inconnu…

En 1853 la population reprend le dessus, il y a 343 habitants dans le village et les exploitations prospèrent. Les pluies ayant été favorables, les récoltes sont splendides. L’orge donne 28 quintaux/Ha et le tabac 15 quintaux de feuilles sèches à l’hectare.

L’ Oued Djemâa qui déborde assez régulièrement est endiguée, cependant dans une crue exceptionnelle en 1855, il se creuse un nouveau lit et ronge sur plusieurs kilomètres la route de Sidi Moussa.

Le 31 Décembre 1856 l’ARBA est érigée en commune de plein exercice. Le premier maire PEYROND est une personnalité remarquable qui va faire beaucoup pour le développement économique de la région. Il créera plus tard le Comptoir d’Escompte de l’ARBA.

Le comptoir d’escompte de L’ ARBA .

C’est une époque où le centre de l’ARBA est en plein développement, toutes les terres sont cultivées et ont acquis une plus value importante : les lots irrigués se traitent à 1000 F l’hectare, les terres sèches à 500. En 1859 les centres de ROVOGO, SIDI MOUSSA et RIVET sont annexés à l’ARBA qui devient une très grosse commune.

 Vue aérienne de L'ARBA

Noblesse oblige l’ARBA commence alors la construction des grands édifices publics. En 1860 fin Septembre sont terminés : l’école de garçons, l’abattoir, une église (depuis disparue).

Vers 1863 des plantations d’eucalyptus sont généralisées dans la région renforçant heureusement le nid de verdure où se niche maintenant le village.

Mais un an plus tard comme toute la Mitidja L’ARBA va connaître 2 années terribles ;

L’année 1866 est exceptionnellement chaude et sèche ; le 19 Avril les sauterelles en vols immenses envahissent le commune ; elles s’abattent sur les champs, les broussailles au point qu’on ne voit plus une feuille et que des branches d’oliviers cassent sous leur poids ; blé maïs, vigne même un champ de ricin du baron de Mertens, tout est dévoré. La lutte est menée énergiquement pendant 15 jours. Un mois plus tard les criquets nés des œufs pondus finissent de tout ravager.

Le désastre est immense ; beaucoup connaissent la misère ; certains complètement ruinés quittent le pays.

La catastrophe est à peine passée que le typhus et le choléra font leur apparition dans la plaine : ce sont des ravages terribles, les morts ne se comptent plus. Le village est durement éprouvé, toutes les familles sont sans exception endeuillées. Un jour sombre de la fin de l’été 1867 : dans toutes les maisons de L’ARBA il est mort quelqu’un.

Cependant la vie reprend : dans les années qui suivirent le village s’agrandit et la vie sociale s’organise tous les ans un peu mieux. Les constructions publiques sont reprises :

En 1878 c’est la justice de paix, le commissariat de police, la nouvelle école de filles

En 1886 c’est l’établissement des conduites d’eau, fontaines publiques et norias.

En 1888 L’imposante actuelle mairie qui a coûté très exactement : 56 852 F 16 Centimes

 

 

 

 

 

 

 

La mairie de L’ARBA         la nouvelle église : St Thomas d’Aquin en 1894

      

 

 La mosquée Sidi Youssef Le cours complémentaire de l’ Arba

 

 La population musulmane qui habitait la campagne ou les douars de la montagne s’est progressivement rapprochée puis installée dans le centre.

Nous entrons maintenant dans une époque qu’ont vécue nos concitoyens qui ont eu la chance de vieillir et les faits importants du village sont maintenant bien connus.

Il faudra demander à ces vieux arbéens de vous raconter ces histoires, je ne ferai que rappeler les plus caractéristiques.

Une grande invasion de sauterelles en 1891 : les sauterelles avaient pondu dans la rivière les broussailles sont noires de criquets, on fait venir de France de la troupe pour combattre le fléau, un arbéen meurt brûlé victime du devoir.

On inaugure l’éclairage à l’acétylène des rues du village, on inaugure les aménagements du communal que l’on transforme en un petit « bois de Boulogne ». , on reçoit la visite d’un grand consul.

Les voyages sont devenus plus faciles : depuis 1898 la maison MONICO transporte les voyageurs dans de confortables diligences à impériale tant vers ALGER que vers BOU SAADA.

CFRA inaugure le chemin de fer ALGER-ROVIGO-L’ARBA : l’arrivée de la première locomotive pavoisée munie d’un avertisseur qui est une corne à mains est encore un événement. Le train met 2H ½ pour aller à ALGER. Mais si vous avez une missive urgente à y faire parvenir ne la mettez pas à la poste : donnez la à Gourdeur qui va plus vite que le train. Gourdeur est un de ces phénomènes humains que la nature produit de temps à autre. Un coureur né rapide, infatigable : il met 2 Heure pour aller à ALGER et peut courir en rond sur la place du matin jusqu’au soir en épuisant successivement tous les cyclistes qui veulent l’accompagner.

Il y a une société de musique »le progrès de l ‘ARBA’ » qui collectionne les récompenses dans les concours. Il y a une société de gymnastique et il y a sur la route d’AUMALE à 1 KM à droite un champ de course avec tribunes où l’on voit de beaux chevaux arabes et de jolies femmes en toilettes. Les chevaux font la course et les jolies femmes sont dans les tribunes.

Mais le temps passe et tout se transforme, il y a 37 ans déjà que l’électricité a remplacé l’acétylène, que les autobus ont éliminés les diligences, une vingtaine d’années que le CFRA a cessé de rouler.

Les arbres de nos rues ont été replantés, des maisons ont été reconstruites. L »ARBA s’est agrandi.

Deux guerres ont passé endeuillant européens et musulmans. Des familles ont disparu du pays d’autres les ont remplacées.

Et malgré tout ce provisoire, individus temporaires te choses périssables dans les échos d’un monde en évolution construire sans s’interrompre, parfois triste mais souvent joyeuse la vie de notre village.

Auguste REY -  L’ARBA Juillet 1949.

 

Histoire édifiante sur la méthode d’acquisition des terres pour L’Arba

Les propriétés particulières, dont le Directeur de l'Intérieur avait demandé l'expropriation totale ou partielle, étaient : l'haouch Medjadj quarante hectares, appartenant au Kalifa Mahieddin, l'haouch El Aga cent hectares à Foa, l'haouch Ben Daly Ali vingt-cinq hectares à Vautrin et cent dix hectares appartenant à la djemâa des Boanne.

Les Bureaux Arabes mirent leur veto à la prise de possession des terres indigènes. Une discussion assez violente s'engagea à ce sujet entre le Directeur Général des Affaires Civiles Lacroix et le Colonel Rivet, Directeur Central des Affaires Arabes. Le premier prétendait qu'il n'y avait pas lieu d'accorder de compensations territoriales aux Indigènes de la djemâa des Boanne, appuyant son opinion sur les considérations suivantes :

 1°- sur ce que les principaux propriétaires d'entre les Boanne avaient été, pour cause d'émigration, atteints par le séquestre en 1840, qu'un seul d'entre eux, jusqu'à présent, avait demandé la mainlevée, et, qu'à moins d'une mesure gracieuse qui les relève de cette déchéance, l'Etat serait en droit de se substituer à eux dans la propriété des terres de cette djemâa, dont il ne revendique après tout qu'une faible partie dans l'intérêt de la colonisation,

 2°- sur ce qu'il ne se trouve pas de tentes sur la portion des Boanne qu'on projette d'annexer au territoire européen de l'Arba, que cette annexe n'est que de peu d'étendue comparativement aux terres qui leur sont réservées sur les premiers versants des collines, et qu'enfin, le resserrement des Indigènes (afin de faire place à la colonisation par l'élément européen) étant un fait admis en principe, il y a lieu d'en faire l'application là surtout où, comme sur la djemâa des Boanne, ce resserrement peut s'opérer sans que les détenteurs du sol aient réellement à en souffrir dans les exigences de leurs cultures ou de leurs parcours." (Procès-verbal du 18 avril 1848. Archives du Gouvernement Général. 1 L 120, l'Arba).

Le Colonel Rivet combattit ces conclusions "au nom de l'équité, qui ne permet de ne rien prendre sans restituer au moins l'équivalent, au nom de la politique, qui nous commande, surtout en matière d'intérêts, d'user des plus grands ménagements envers les Indigènes".

La discussion menaçait de "s'élargir dans un cercle sans issue", quand le Directeur Général et le Directeur Central convinrent d'ajourner la décision à prendre. Il fut décidé, quelque temps après, que les terres indigènes faisant l'objet du litige seraient acquises par le service de la colonisation moyennant la cession de terres d'égale étendue.

 Ce n'est donc qu'au bout de longues transactions , respectant les droits des propriétaires des sols, que l'on a pu allotir et créer le village de l'ARBA.

Or, toutes les parcelles réunies par ce service ne dépassaient pas trois cent quatre vingt hectares, en comprenant la portion domaniale de l'haouch Kaïd Ahmed. C'était évidemment insuffisant pour les quarante-cinq ou cinquante familles qu'on projetait d'installer. Le Préfet Lacroix, à qui avaient échu en matière de colonisation les attributions du Comte Guyot, dut faire de nouvelles démarches, engager de nouvelles négociations, conclure de nouveaux arrangements avec les propriétaires voisins pour élargir ces limites, sans entraîner l'Etat dans des sacrifices pécuniaires.

A côté de l'haouch Medjadj se trouvait l'haouch Arabadj, d'une contenance approximative de cinq cents hectares, appartenant à la Société Rouennaise. Des propositions de cession furent faites à Pantin, mandataire de cette société, qui accepta, à condition qu'une concession de quatre vingt hectares serait faite à son fils sur un haouch domanial voisin, l'haouch Fashly. Cette condition fut acceptée et la contenance du futur village fut portée ainsi à huit cents quatre vingt hectares. Toutefois, comme la moitié environ de l'haouch Arabadj en raison de sa position sur la rive gauche de l'Oued Djemâa et une partie de l'haouch Kaïd Ahmed à cause de son éloignement ne pouvaient être divisées qu'en concessions d'une certaine importance, les terres à distribuer aux petits colons ne dépassaient guère cinq cents hectares. De grandes difficultés devaient surgir au sujet de l'haouch El Agha (lettre de protestation du sieur Bourdet contre l'expropriation en date du 30 mars 1849 contrecarrée par une lettre du Ministre de la Guerre en date du 5 mai 1849 et approuvant l'acquisition de l'haouch El Agha).

Opinions Officielles sur la création de L’ARBA

Le Préfet d'Alger, ayant constaté le rapide et harmonieux développement du village, était enchanté du résultat. Cela démontrait la possibilité de "la colonisation individuelle, vivant et prospérant à l'aide de ses propres forces". L'Arba devait, selon lui, servir de type aux centres à créer désormais en Algérie, particulièrement dans la province d'Alger où le choix des colons était d'autant plus facile que le nombre des demandeurs présentant des garanties était plus considérable.

La colonisation officielle avait connu bien des mécomptes. "Au début des tentatives faites par l'Administration, disait-il, les villages ne se sont créés qu'à coup de subventions, et, malgré toutes les dépenses, tous les sacrifices faits par elle, cette colonisation de la première période faite artificiellement pour ainsi dire n'a pas jeté de biens profondes racines. Vous en connaissez les causes, elles sont à la fois générales et particulières, car elles tiennent d'une part à la nature du Sahel, couvert de palmiers nains et de broussailles et manquant d'eau en beaucoup d'endroits, de l'autre, à la difficulté qu'éprouvait alors l'Administration de peupler ses villages de bons éléments agricoles."

La situation est changée maintenant, il faut changer de système. "L'Algérie, mieux connue maintenant attire de bons agriculteurs en assez grand nombre pour faciliter cette oeuvre de peuplement si délicate autrefois. Et pour peu que l'Administration soit heureuse dans le choix des terrains sur lesquels elle installe ses familles, le succès de nos villages ne saurait être douteux surtout avec les ressources nouvelles que le temps et l'expérience révèlent chaque jour"(Latour-Mezeray à de Schramm, 5 septembre 1850. Archives du Gouvernement général. 1 L 120).

 

LA CREATION DE ROVIGO

(1851)

 Elle fit l'objet d'une longue bataille procédurière entre le Directeur de l'Intérieur, le Directeur central des Affaires arabes, le Directeur des Affaires civiles et les propriétaires des grands haouchs qui devaient céder une partie de leur terre (haouchs appartenant à des Musulmans et à des Européens qui voulaient faire monter les prix d'acquisition). La décision de création prise le 26 septembre 1845 n'avait toujours pas abouti au mois d'avril 1849. Le Préfet Lacroix qui suivait cette affaire souhaitait pouvoir exproprier, mais le Ministre recommanda de continuer les négociations.

Enfin un avis d'expropriation, pour cause d'utilité publique, de la totalité de l'haouch Roumili parut le 20 septembre 1849. Le propriétaire Lavollée, Conseiller à la Cour des Comptes réussit à faire ajourner la décision, ainsi d'ailleurs qu'une autre expropriation réduite insérée au Moniteur Algérien du 15 juin 1851 !

Enfin le 31 août 1851, le Ministre approuvait l'expropriation définitive et immédiate des terres qui devait faire partie du territoire de Rovigo.

 

 

 

 

 

 

 La Mairie de Rovigo

 

D'après le projet d'allotissement élaboré par le Préfet, ce centre devait comprendre soixante concessions de six hectares en moyenne avec au moins un hectare de terres irrigables, mais comme les prélèvements nécessaires pour l'emplacement du village, du cimetière, de la promenade dite du "Bois Sacré", des routes, des chemins réduisaient les concessions à cinq hectares et soixante ares, le projet fut remanié et comporta vingt-six concessions de six à sept hectares, quinze concessions de cinq à six hectares et dix-neuf concessions de quatre à cinq hectares.

Le plan de Rovigo était un carré. Au centre, cinq lots étaient spécialement destinés à recevoir des édifices publics, une mairie, une école, une gendarmerie, une fontaine et un abreuvoir.

Pour éviter toute perte de temps, Lautour-Mezeray avait donné dès la fin de septembre l'ordre au service des bâtiments civils de commencer aussitôt les travaux de nivellement des rues et des places : cela devait permettre de fixer la hauteur des seuils des maisons dont la construction devait être commencée avant la fin de l'année.

Les projets de lotissement et d'alignement furent approuvés par le Ministre et après cinq ans de négociation, de décisions prises, puis ajournées, puis reprises avec des modifications, le village de Rovigo allait enfin voir le jour.

Les soixante familles appelées à concourir à son peuplement étaient des familles d'Algériens, presque toutes françaises d'origine, bien acclimatées. Plusieurs venaient de Douéra, de Boufarik, de Beni Mered, du Fondouk, d'El Biar, de Souma, de Draria. Elles comprenaient soit des cultivateurs, soit des ouvriers qui tous disposaient de certaines ressources. Ces familles se rendirent à l'emplacement du village dans les premiers jours de novembre. Malgré la persistance du mauvais temps, vingt-cinq d'entre elles s'installèrent provisoirement dans les baraques et commencèrent les travaux agricoles. A la fin de décembre, Rovigo comptait déjà une population de deux cent soixante-sept personnes. Parmi les premiers arrivants, on peut citer :

 - Jean Lauriol, arrière arrière-grand-père de Marc Lauriol, Député d'Alger Banlieue, puis Député et Sénateur des Yvelines,

 - Augustin Castex, arrière-grand-père de notre ami Camille Becker.

Trois mois après, toutes les familles étaient installées dans le nouveau centre, six maisons en maçonnerie étaient achevées et cinq autres commencées. Bien que leur établissement ait eu lieu à une époque où les travaux des champs étaient déjà entrepris, les colons avaient pu néanmoins ensemencer quarante-cinq hectares en céréales et planter mille six cents arbres ; de son côté, l'Administration en avait planté mille cents sur les places, les boulevards et les routes situées aux abords du village (voir rapport de Lautour-Mezeray à de Saint Arnaud, 5 avril 1852. Archives du Gouvernement général. 1 L 62).

                                                  

                                                                            

 

 

 

 

  Eglise Saint Iréné

A la fin de 1854, Rovigo était bien transformé : deux cent trente-neuf hectares sur quatre cent cinquante-sept étaient mis en culture, deux cents hectares ensemencés en céréales et dix plantés en tabac, les plantations des particuliers dépassaient deux mille sujets (arbres de différentes espèces).

Par contre, la population avait diminué : de deux cent soixante habitants qu'elle comptait au 31 décembre 1852, elle était descendue à deux cent dix-neuf, perdant quarante-huit unités. Il ne restait plus que quarante et un concessionnaires ; les autres trouvant leur concession trop insuffisante ou découragés par les fièvres avaient vendu leurs terres et quitté le village. Cédant aux requêtes des colons, l'Administration distribua l'année suivante un supplément de deux hectares par famille, mais ces nouvelles terres, situées dans la montagne et couvertes de broussailles, étaient très difficiles à mettre en valeur.

La population resta à peu près stationnaire. A la fin de 1856, elle comptait quarante-cinq familles formant un effectif de deux cent trente individus. Leur situation était loin d'être brillante. "Il y a des individus d'Alger qui possèdent cinq concessions achetées à vil prix et les colons primitifs qui sont restés avec les cinq hectares données par l'Administration sont généralement dans une gène fort grande" (rapport Roi, 31 décembre 1856. Archives nationales. F 80 1170).

Les colons de Rovigo sollicitèrent un nouvel agrandissement de leur territoire. Il ne pouvait être réalisé qu'en achetant trois cents hectares de terres à trois propriétaires voisins qui habitaient en France. Trouvant leurs prétentions exagérées, le Ministre menaça d'user de l'expropriation, s'ils ne venaient exploiter eux-mêmes leurs terres : un seul y consentit et les deux autres furent expropriés. Cet accroissement de territoire n'empêcha nullement la population de décroître. Elle n'atteignait pas deux cents habitants en 1860. Il ne restait plus à cette date que trente-huit concessionnaires ; à la suite de mutations ou d'acquisitions, vingt-deux d'entre eux possédaient moins de quatre hectares de terre, douze concessionnaires de vingt à trente. Les autres propriétaires n'habitaient pas la localité et louaient leurs terres soit à des colons du village, soit à des fermiers. Le dépeuplement ne fit que s'accentuer par la suite : il ne restait plus que vingt-six anciens concessionnaires en 1868.

L'adduction des eaux thermales d'Hammam-Melouane, auxquelles de remarquables vertus thérapeutiques étaient attribuées, et la création à proximité de Rovigo d'un grand établissement thermal destiné non seulement aux Algériens, mais même aux étrangers, était le seul remède proposé alors contre la stagnation de ce centre.

Il a fallu plus d'un demi-siècle pour arriver à la mise en exploitation rationnelle des sources d'Hammam-Melouane dont les eaux chlorurées sulfatées sodico-calciques, fortement thermales, de 39 à 44°, opèrent des cures merveilleuses dans les rhumatismes, les douleurs articulaires de toutes espèces, les affections ganglionnaires, les séquelles de traumatisme, les affections utérines, le rachitisme et la scrofule infantiles, et la cachexie palustre. Le débit des ces eaux est considérable : les travaux de captage entrepris sous la direction du Service des Mines ont donné jusqu'à huit cent mille litres par jour et les techniciens espèrent dépasser encore ce chiffre.

L'aménagement de ces eaux a été confié en 1926 à une Société Anonyme française, au capital de cinq millions dont la constitution a été faite par un comité composé de dix personnalités algéroises qui ont accepté d'être les administrateurs de cette société. Le cahier des charges comporte les aménagements suivants :

 1 - création d'un établissement thermal moderne avec baignoires individuelles, piscines, salles de repos et de soins para thermaux,

 2 - construction et aménagement d'hôtels de trois catégories avec restaurant,

 3 - édification d'un Casino comprenant des salles de spectacle, de danse, de lecture, de jeux et de restauration,

 4 - aménagement d'un parc ombragé avec terrain pour jeux de plein air.

                                         

                                                        

 

 

 

 

 

 

 

 

 Les bains d'Hammam-Melouane

 

 

 

LA CREATION DE SIDI-MOUSSA

(1852)

 Le village de Sidi-Moussa dont la fondation devait, en 1845, être contemporaine de celle de Rovigo ne fut créé qu'une année après, en 1852.

On rencontra exactement les mêmes difficultés pour les expropriations. Au lieu d'un village de cinquante-quatre feux, le projet fut ramené à un hameau de quinze feux

C'est au prix de multiples difficultés que l'Administration finit par constituer un territoire de cent quinze hectares, quarante hectares du haouch Ben Youssef étaient cédés par le propriétaire Choppin et soixante-quinze pris sur le haouch Ouled Allal. Il devait être réparti entre quinze familles : huit concessions de six hectares seraient attribuées à de petits commerçants qui recevraient des lots à bâtir aux angles des intersections des routes, les autres lots à sept familles de cultivateurs.

Ce territoire, composé de terres fertiles, mais non irrigables, serait, d'après les propositions du Préfet, divisé en trois zones (voir rapport de Lautour-Mezeray à Randon 9 mars 1852. Archives du Gouvernement Général. 2 L 3). La première, composée de lots de jardin d'une contenance de soixante ares sur lesquels il y avait possibilité d'établir une noria, la deuxième, divisée en lots de même étendue, comprenant la partie marécageuse située entre les routes de L' ARBA et du milieu de la plaine. Quelques travaux de drainage convertiraient ces terres en d'excellentes prairies ; la troisième, formée de lots de cinq à sept hectares, située au nord-ouest du hameau.

Comme il n'y avait à proximité aucune source d'eau potable, il fallait de toute nécessité creuser un puits. Les études faites sur ce point et la présence des ruines d'un puits foré en 1845, par le service des Ponts et Chaussées, pour les ouvriers attachés aux chantiers de la route d'Alger à Rovigo, donnaient d'ailleurs l'assurance de trouver une nappe d'eau suffisante à une douzaine de mètres de profondeur.

Les dépenses occasionnées par les travaux publics ne devaient pas dépasser trois mille trois cents francs.

Non satisfait du projet préfectoral, le Conseil de Gouvernement proposa de porter le territoire à cent quatre vingt dix-huit hectares, de réduire à onze le nombre de lots urbains, de distribuer à chaque concessionnaire dix hectares de terres de bonne et de médiocre qualité, de forer un deuxième puits, de mettre les plantations à la charge des colons, de faire exécuter d'urgence les travaux de dessèchement des terres marécageuses destinées aux lots de jardin et d'élever les crédits

Ces propositions furent acceptées par le Ministre et, le 14 juin 1852, le Président de la République abrogeait l'ordonnance royale du 23 août 1846 et sanctionnait enfin la création de Sidi-Moussa.

 

 

 

 

 

 

Décret de création du Village de Sidi Moussa 14 Juin 1852

                                                                  

La Mairie de Sidi Moussa       L’Eglise de Sidi-Moussa

Pour hâter son peuplement, le Gouverneur général préleva, de sa propre initiative, quatre mille cinq cents francs sur le crédit affecté à la création du village d'Aïn-Taya. Le Ministre lui fit savoir que ce virement n'était rien moins que réglementaire, mais ne put que l'approuver comme fait accompli.

Le Conseil de Gouvernement obtint que le peuplement fût ajourné jusqu'à l'achèvement des travaux de dessèchement des marais situés dans la partie orientale du territoire. Aussi, ce fut seulement au début d'avril 1853 que les colons commencèrent à s'installer.

A la fin de l'année suivante, quatorze familles étaient établies, dix au centre et les quatre autres dans des fermes isolées d'une contenance de vingt hectares chacune.

En 1856, la population s'élevait à trente-trois personnes, quarante-quatre hectares étaient en cultures, dont cinq plantés en tabac, onze maisons étaient construites. A la fin de 1857, presque tout le territoire était mis en valeur.

                                                    

                                  Vue aérienne de Sidi Moussa

 

LA CREATION DE RIVET

(1856)

La colonisation de la partie orientale de la Mitidja située à l'ouest du Hamiz fut complétée par la création le 5 juin 1856 du village de Rivet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Décret de création du village de RIVET

Dès 1845, le comte Guyot, pour réaliser son programme de colonisation de la bordure de l'Atlas, avait projeté de créer ce centre entre le Fondouk et l'Arba, au lieu dit le Maraboutine, non loin de l' Haouch Khadra. Mais l'insuffisance de crédits pour l'acquisition des terres nécessaires à la constitution de son territoire retarda de onze ans sa naissance. On lui donna le nom de Rivet en l'honneur du Général mort à Sébastopol.

 

 

 

Vue aérienne de Rivet

Ce village destiné à quarante-trois familles comprenait un territoire de cinq cent quatre vingt dix hectares formés de terres fertiles et égayé par quelques belles plantations d'orangers. Les lots de jardin étaient irrigables. Les nouveaux colons furent choisis surtout parmi les Mahonnais et ne comptèrent que quelques familles françaises installées depuis un certain temps en Algérie : Camps, Coll, Gomila, Sintes, Moll, Pons, Lapalud, Piris etc.

A la fin de 1856, Rivet était peuplé de cinquante habitants, douze maisons étaient déjà construites (les quatre premières constructions de maisons reçurent une prime : Pretus Michel deux cents francs, Camps Jean cent cinquante francs, Piris Mathilde soixante-quinze francs, Trouilloux Antoine soixante-quinze francs) et cinq en construction, quatre vingt-sept hectares étaient ensemencés. Pour assurer son alimentation en eau, l'Administration capta la source d'Aïn Amara et fit une dérivation de l'Oued Bakalem.

L'année suivante, presque toutes les maisons du village étaient construites, cent trois hectares étaient cultivés et, à la fin de 1859, la population s'élevait à cent quatre-vingts personnes et trois cents hectares étaient en culture. La construction d'une route qui devait venir rejoindre celle de l'Arba à Maison-Carrée et mettre ainsi Rivet en communication directe avec Alger, allait contribuer encore au développement de ce centre.

Par décret du 23 mars 1880, le village a été érigé en commune d'une superficie de sept mille cent quarante-cinq hectares.

 

 

 

 

 

 

 La Mairie de Rivet      L’Eglise de Rivet         La Maison du Colon

La Mutualité Agricole (Extraits de l’article de monsieur André BALLESTER)

C'est à la suite de l'intervention de Monsieur Maurice Picinbono, propriétaire agriculteur, Maire de Rivet, et de Monsieur Alexandre Vanoni propriétaire agriculteur, administrateurs membres du conseil d'administration du Crédit Central Agricole, , qu'une demande est déposée pour la création d'une Caisse Locale de Crédit Agricole à Rivet.

C'est en 1929 que la Caisse Centrale Agricole Mutuelle de Rivet est constituée, par affiliation au Crédit Central Agricole d'Alger.

Dès 1931, les dépôts de fonds sont en augmentation ainsi que les prêts accordés.

La Caisse Locale permet de financer les groupements agricoles tels que : cave coopérative, centre coopératif de compression d'air, syndicat agricole professionnel.

Cet ensemble, appuyé par le Crédit Agricole d'Alger, puissant organisme financier, forme un tout inébranlable et essentiel à l'économie locale.

Par ailleurs, on peut dire sans exagération que la Caisse Locale de Crédit Agricole de Rivet groupe, sous une forme ou une autre la totalité des activités agricoles de la région.

Il est alors envisagé d'ériger à Rivet une Maison de l'Agriculture - Maison du Colon - qui serait le siège social des diverses associations agricoles.

Le 9 juin 1934, c'est l'inauguration officielle de la Maison du Colon de Rivet, les principes de la Mutualité ouvrent désormais un nouvel avenir aux organismes agricoles qui viennent d'être créés. Le 1er juillet 1945, par suite du départ de Monsieur Albert Dupaigne, Monsieur André Ballester chef d'escompte du Crédit Central Agricole, sur proposition, est nommé directeur de Rivet Crédit, Caisse Locale de Crédit Agricole et du Syndicat Agricole Professionnel de Rivet. Il est question à cette époque où l'agriculture se développe, de créer des coopératives agricoles selon les besoins des agriculteurs, au lieu des syndicats agricoles professionnels.

Le 25 novembre 1948, il est décidé de créer une coopérative agricole d'approvisionnement et de vente pour la région de Rivet qui va permettre aux agriculteurs de grouper leurs commandes, afin d'obtenir des prix compétitifs auprès des fournisseurs de matières premières.

A l'unanimité des agriculteurs présents à l'assemblée générale constitutive, il est décidé de créer une Caisse Régionale Mutuelle d'Assurances Sociales Agricoles, régie par la Loi du 4 juillet 1900 dénommée "ASSURANCES SOCIALES AGRICOLES DU CANTON DE L'ARBA" (ASACA) siège social Maison de l'Agriculture de Rivet, affiliée à la Caisse Centrale de Mutualité Sociale Agricole à Alger.

Dès la constitution de la caisse ASACA, il est fait application de la législation sur les assurances sociales par les Ordonnances du 4 octobre 1945.

Afin de permettre aux salariés de l'agriculture de recevoir des soins gratuits, sont créés des dispensaires à l'Arba, Rovigo, Sidi-Moussa et Rivet, sous le contrôle de l'ASACA, avec l'aide des médecins du canton, des soeurs des congrégations des Soeurs Blanches de Kouba (Alger) et des Soeurs missionnaires de la Société des Maristes de Sainte-Foy-Lès-Lyons (Rhône) et d'infirmières.

 

 

 

 

La cave coopérative de RIVET façade ouest

Dans les années 1930-1933 pour profiter des avantages d’un groupement à caractère Mutualiste, Il est construit une cave coopérative. Devant son succès, la capacité de logement est, en 1950, portée à 120 000 hectolitres.

Le Sanatorium de Rivet : Il fut fondé par Alexandre VANONI

Durant la dernière Grande Guerre, après le débarquement des Alliés, il fut transformé en hôpital militaire. Les premiers qui y furent soignés ont été les grands blessés anglais de la campagne de Tunisie.   

                                                

                                                                                  

 

 

 

 

 

 

Le Sanatorium

l'Abbaye Notre-Dame du Mont : elle fut une oeuvre collective de la famille VANONI .

Quand elle fut construite, on demanda aux Pères Blancs de s'y installer. Le père Vaurin avait mis au point avec le Père Clément la formule d'une liqueur qu'il céda à la Société de l'Abbaye du Mont dans laquelle les Pères eurent une grosse participation qui permettait à l'Abbaye de vivre. Au début, les herbes et la liqueur étaient conservées en fûts dans l'Abbaye, en face de la Chapelle.

En 1930, il y eut la crise viticole et la distillation fut obligatoire, ce qui poussa la société à construire la distillerie dans laquelle on aménagea la fabrique de liqueur. Cette liqueur, la Mélika, était vendue dans des bouteilles dont la forme rappelait la petite chapelle dédiée à la Vierge et qui avait été construite près de l'Abbaye.

Les Rivéens aimaient bien aller se promener à l'Abbaye en particulier le lundi de Pâques pour la "mouna" ou le 15 août pour un pèlerinage avec quelques fois la présence de Monseigneur l'Archevêque d'Alger. Après leur communion solennelle, les enfants de l'Arba se rendaient eux aussi en pèlerinage à NOTRE-DAME du Mont.

 

 

 

 

 

 

Chapelle de Notre Dame du Mont et Bouteille de Liqueur "La Mélika"

 

UN REGIME DE CONCESSION DUR ET ECOLOGIQUE !

Lors de la création des villages de notre canton, des familles sélectionnées par l'administration de la colonisation, reçurent des concessions généralement sous forme d'un lot urbain (environ 8 000 mètres carrés) et d'un lot rural (de 5 à 12 hectares).

Aux Archives nationales de la France d'outre-mer ont été retrouvés les documents joints qui nous permettent de mieux comprendre la politique, exigeante mais sage, choisie pour le développement du pays.

Tout d'abord les concessions sont provisoires. Le concessionnaire doit satisfaire en particulier aux exigences suivantes :

  - servir une rente annuelle à l'état. A l'Arba on demandait 3 francs. Par hectare ; à Rovigo, 1 franc par hectare,

  - construire une maison d'habitation "en rapport avec l'importance de la concession". Dans le cas de Monsieur Jacques Charpentier à l'Arba, il est précisé "une maison en bonne maçonnerie, couverte en tuiles" ! Si la maison était construite rapidement, c'est-à-dire dans le courant de la première année, on pouvait soit obtenir des primes, comme cela a été fait à Rivet pour les cinq premières maisons, soit obtenir un délai pour la mise en exploitation de la terre et la plantation des arbres,

  - fournir le matériel nécessaire à l'exploitation de la concession,

  - mettre rapidement en culture. Parfois il lui est demandé 1 hectare la première année et 3 hectare la deuxième année, parfois la totalité de la concession en deux ans,

  - tailler et greffer les arbres fruitiers se trouvant sur les terres et n'abattre aucun arbre sans l'autorisation préalable de l'Administration,

  - planter au moins 25 arbres par hectare,

  - entretenir les canaux d'irrigation qui traversent ses terres,

  - réserver expressément la propriété des sources d'eau vive et cours d'eau à l'Administration qui en réglera l'usage.

Ces clauses résolutoires sont contrôlées.

En général c'est le géomètre qui dresse un procès-verbal de vérification de concession qu'il adresse au Service des Domaines qui fait rapport au Préfet. Si tout est en ordre, le Préfet du département signe un "arrêté portant affranchissement des clauses résolutoires imposées dans le titre de concession". Cet arrêté est le plus souvent pris entre un ou deux ans après l'attribution de la concession.

Le titre de Propriété est alors accordé.

Observation générale :

Les conditions imposées sont difficiles dans les régions livrées jusque là à la transhumance des troupeaux, aux palmiers nains, aux lentisques, etc. et dans lesquelles les infrastructures sont quasi inexistantes. Grâce à la détermination, au dur labeur de ces concessionnaires, elles ont été remplies. C'est ainsi que ces terres, arrosées de sueur et de sang, sont devenues, en ce qui concerne notre Mitidja, une région agricole d'une richesse faisant l'admiration du monde.

 

ANECDOTES

Relations entre les Municipalités et la Paroisse

On peut observer qu'elles présentent des hauts et des bas, souvent pittoresques jusqu'à l'application de la loi de séparation de l'église et de l'état, votée en France en 1904 et appliquée en Algérie vers 1907. Il faut se souvenir qu'aussi bien dans l'armée que chez les colons, il y avait un nombre important de républicains anticléricaux résolus et des Francs-maçons actifs. Au niveau de notre village, j'ai découpé ces relations en trois chapitres.

On s'aide

C'est Monsieur le Curé James qui écrit à l'Empereur pour lui présenter une demande des colons de l'Arba pour que l'impôt fixé à 3 francs or par hectare soit diminué. Astucieusement, alors que la lettre est datée du 14 novembre 1852 et que Napoléon III ne sera Empereur que le 2 décembre, le Curé s'adresse à "l'Empereur des Français", "titre que les soussignés se félicitent de vous donner par avance" ! Les colons signataires sont : Messieurs Best, Naud, Charpentier, Théron et Gipoulou. Ils obtiendront, semble-t-il, que l'impôt soit ramené à 1,50 franc or par hectare.

On fait appel aux Soeurs de la Doctrine Chrétienne pour se charger de l'enseignement.

Le 11 février 1877, la municipalité dirigée par Monsieur Saint-Ange Best, vote une subvention de 2 000 francs pour la construction du clocher de l'église.

Les municipalités Borde puis Rey Gustave (1894-1902) contribuent à l'édification de la nouvelle et définitive église et du presbytère.

On se gène

Un tambour intempestif... Après réclamation du Curé James, le Préfet écrit le 3 octobre 1852 à l'Evêque pour lui faire savoir qu'il a demandé au Maire ( ?) de ne plus faire les annonces au tambour, pendant la messe du dimanche !!

Une horloge bruyante... Le 3 février 1861, Monsieur le Maire Samuel Peyront transmet au Préfet une pétition protestant contre l'installation de l'horloge publique dans l'église ! L' Evêque, dans une lettre du 22 mars 1861, au Directeur général de l'Administration, indique :

- "L'horloge a été placée dans des conditions qui nuisent essentiellement au ministère de la confession et à celui de la prédication, par le bruit du balancier et du mécanisme de la sonnerie".

Le 26 mars 1861, le Directeur général de l'Administration répond qu'il a invité le Maire à faire d'urgence les travaux d'insonorisation.

"En attendant l'horloge sera arrêtée pendant la durée de l'Office Divin, durant le Temps Pascal, sauf à être remise en mouvement lorsque l'office sera terminé".

Cela a sans doute calmé la colère du Curé, Monsieur Hilaire Bergé.

On se dispute !

En Algérie, la loi de séparation n'est toujours pas appliquée en 1906.

Le 22 août 1906, le Préfet prévient le Gouverneur général que le Conseil municipal de l'Arba (Maire : Monsieur Mohring) a réduit de moitié l'indemnité de logement du curé. A la suite de la protestation élevée par Monsieur le Curé et l'Archevêque, il lui demande de la rétablir à son montant antérieur soit 250 francs pour les premiers six mois.

Le 16 septembre 1906, a lieu une réunion extraordinaire et sans doute animée du "Conseil de Fabrique". Monsieur le Curé Hippolyte Papelier, Curé de 1897 à 1908, expose que certains conseillers municipaux lui avaient expliqué que ce vote anticipait l'application de la loi de Séparation. Il ajoute que de plus il est accusé, à tort, d'avoir fait campagne pour l'équipe municipale concurrente ( !). Il cite enfin un passage de la délibération du Conseil municipal qui dit :

- "Lui sera-t-il permis en terminant, de faire remarquer que les ministres du Culte catholique ne suivent pas la morale du Christ qui a pour base : la pauvreté, l'abnégation, le dévouement et la souffrance ? Il espère que Monsieur le Curé de l'Arba, averti, renoncera à sa réclamation et se soumettra aux décisions légalement prises".

Monsieur le curé conclut en disant que :

 - "Cette guerre puérile n'est pas de nature à l'émouvoir, qu'après quarante ans de séjour en Algérie et trente-deux ans de ministère , il était en droit d'attendre, dans le statu quo, l'application de séparation à l'Algérie".

Le "Conseil de Fabrique" l'approuve et le soutient fermement.

Toujours combatif, le 21 mai 1907, Monsieur le Curé Papelier ajoute une pièce au dossier en écrivant au Vicaire général pour lui faire remarquer que :

 - "La délibération du Conseil municipal a été prise par 11 membres sur 19, mais que 2 sont de religion réformée et 3 autres des Indigènes musulmans" ( !)

"Brûlante affaire" car le dossier a été envoyé à Monsieur le Ministre de l'Instruction publique et des cultes pour avis, et transmis au Président du Conseil, Ministre de l'Intérieur !!

Nous n'avons aucune trace, dans nos documents, sur l'épilogue de cette passe d'arme.

Son frère le Chanoine Papelier, Curé de Cherchell, se retira chez son frère à l'Arba où il mourut. Il fit don d'un vitrail à l'église de l'Arba.

Plus tard, la Séparation mise en place, paroisse et municipalité menèrent une vie administrative séparée. Les Chrétiens pratiquants faisant partie des municipalités successives servirent de liens, parfois via leurs épouses.

Des Arbéens au collège de Boufarik

par Henri PELLO

Les quelques anecdotes que vous allez lire ci-dessous, concernent la vie de quelques jeunes chenapans de l'Arba, au collège de Boufarik. Elles se situent dans la période d'octobre 1944 à juin 1948

Les protagonistes de ces "scènes de la vie collégienne" étaient Roger Dupuy, Alphonse Astolfi, Paul Maestracci, Robert Manelli, Alain Ducrocq, Jean Bergé, Aimé Pello, Henri Pello, Yves Godard, Elias Ben Merabet et Ahmed Ben Attalah. Tous ne se sont pas trouvés au même moment au collège. Le groupe a toujours comporté quatre ou cinq éléments de cette liste.

Nos parents dans leur sagesse (et pour leur tranquillité) pensaient que cette "rude" vie d'internat nous calmerait (un peu) et nous apporterait toujours quelque chose. Ils ont eu raison sur un point : nous avons encore plus resserré nos liens de camaraderie et nous gardons, à jamais, dans nos mémoires, les souvenirs d'une période, somme toute, très heureuse de notre vie.

Le transport

Aller au collège, c'était parcourir les trente kilomètres qui, partant de l'Arba, et passant par Sidi-Moussa et Chebli, nous faisaient atteindre Boufarik.

Dans ma mémoire, le plus agréable reste la période qui correspond à la guerre et à l'absence des pères (magnifique et cruelle indifférence de l'enfance). Durant cette période, nous allions au collège à bicyclette. Notre peloton se caractérisait par un équipement très hétéroclite allant du vélo"demi course" au vélo "sans nom" et même au petit vélo "d'enfant" ! Celui qui était équipé de ce vélo d'enfant devait se fatiguer à nous suivre, pensez-vous ? Mais rassurez-vous, nous ne forcions pas sur nos pédales, surtout le lundi. Nous roulions à un rythme de promenade en n'arrêtant pas de tchatcher sur les événements de ce qui n'était pas encore le week-end. En fait, nos vélos devaient avoir comme qualité principale de pouvoir porter de solides porte-bagages. En effet, nos mères craignant sans doute que la nourriture du collège soit si mauvaise qu'elle n'entrave notre développement physique et intellectuel, nous chargeaient d'une masse de victuailles, en rapport avec nos solides appétits.

Nous roulions donc, prudemment, je veux dire LENTEMENT, vers le collège. Comme nous étions très attentifs à notre condition physique, nous avions institué à mi-chemin, une étape "remise en forme" ; nous avions élu, en face de très beaux cyprès, un petit pont, à l'ombre, pour y faire un solide casse-croûte. Bien sûr, nous arrivions en retard au collège, mais notre imagination était sans limite pour nous trouver de bonnes excuses... Je crois qu'au bout d'un certain nombre de retards, on nous plaignait presque, pour la mauvaise qualité de nos vélos et la faible résistance de nos chambres à air !

La nourriture

La guerre et l'après-guerre aidant, nous considérions (à juste titre plus souvent) comme immangeable ce qui était servi sur nos tables. C'était si loin de ces bons plats, bien de chez nous que nous préparaient nos grands-mères, mères, tantes, etc.

Le problème était que, la règle du collège nous obligeait à finir tous les plats, la solution était donc de faire disparaître ce qui ne nous plaisait pas. Les liquides, genre soupe, passaient par la fenêtre pour engraisser les orangers ; les solides, plus ou moins bien enveloppés dans des sachets de fortune, transitaient par nos poches pour finir dans les W.C. On peut facilement imaginer l'état de nos vêtements et des W.C ! ...

Malgré cela, nous ne maigrissions pas, largement soutenus par les nourritures rapportées du village.

Bien évidemment, tout était mis en commun. Le partage devait être fait en parties parfaitement égales ; cela posait parfois quelques problèmes.

Par exemple, comment partager une boîte de confiture de figues de un kilogramme avec un simple couteau faisant office d'ouvre-boîtes. Voilà notre solution : deux ouvertures diamétralement opposées étaient faites dans le couvercle de la boîte. Chacun d'entre nous avait le droit de porter la boîte à sa bouche et d'aspirer pendant trois secondes (comptées par le plus sérieux de la bande). Nous nous connaissions trop bien pour faire confiance à celui qui aspirait et croire qu'il s'arrêterait à la troisième seconde... aussi, un autre membre du groupe, choisi pour ses larges mains, était chargé de serrer le cou de l'aspirateur en entendant le chiffre trois. Résultat, l'un aspirait de toutes ses forces, l'autre étranglait de bon coeur, et la confiture dégoulinait dans le cou et sur la chemise, le tout au milieu des éclats de rire et des insultes amicales.

Le sport

Nous pratiquions quatre disciplines sportives : la lutte, la natation, le sfolet et la "défense du territoire"

    La lutte

Seulement entre Arbéens, consistait à faire s'affronter les petits contre les grands, par exemple, trois petits contre deux grands. Les matchs avaient lieu tous les soirs, après le dîner, dans un coin sombre du préau, pour être à l'abri du regard des surveillants. Vous pouvez imaginer ce mélange de bras et de jambes et entendre les cris. Comme règle, il était prévu que l'on ne pouvait pas mordre l'adversaire, ou lui serrer les c... il y avait de nombreuses infractions ! Vu les années passées et comme il y a prescription, nous pouvons avouer que beaucoup de matchs furent truqués... Nous nous arrangions pour qu'un membre secrètement sélectionné par les autres se retrouve au-dessous de la mêlée. Le jeu consistait alors à lui sauter sur le ventre dans l'espoir de lui faire rendre ce qu'il avait dîné. Etions-nous méchants ? Pas vraiment... le sélectionné n'était pas le plus petit et nous arrêtions assez vite notre écrasement peut-être pour que la victime ne souffre pas trop ( ? ) mais peut-être aussi pour qu'il accepte de participer au "jeu" le lendemain ?

    La natation

Ne se pratiquait pas en piscine, mais dans les bassins destinés à être des réservoirs pour l'irrigation des orangeraies qui entouraient la ville. Nos ébats comprenaient peu de natation mais beaucoup d'éclaboussures puisque le jeu consistait à faire boire la tasse aux autres. Bien évidemment, nous n'avions pas de maillots de bain et c'est nu comme des angelots, que nous profitions du soleil et de l'eau fraîche. Nus, cela voulait dire que nos chaussures et nos vêtements étaient rangés en tas, au pied du bassin. Un bel après-midi, muets de surprise et de peur, nous nous vîmes menacés par un vieux fusil de chasse, soutenu par un vieux gardien arabe. Il s'empara de tous nos vêtements et alla les porter à la maison du propriétaire. Après un moment d'abattement, nous avons décidé d'aller essayer de les récupérer. Nous voilà partis, nus comme des vers, une main sur le devant pour protéger notre pudeur, nous présenter au propriétaire hilare, avec qui se trouvaient en plus du gardien sa femme et son fils. La négociation se termina ainsi : que chacun d'entre nous donne une pièce au gardien et il récupérera ses vêtements. Des sous, nous n'en avions pas beaucoup et de plus, l'affaire nous semblait déloyale. La tactique fut vite mise au point, l'un d'entre nous demanda à s'approcher du tas de vêtements pour sortir sa pièce de monnaie. Il le fit lentement permettant aux copains de s'approcher, sitôt la pièce donnée, il s'empara du maximum de vêtements et détala, suivi par les autres qui avaient foncé sur le reste et couraient maintenant derrière lui. Des rires énormes accompagnaient notre course... Il est vrai que le spectacle de tous ces petits derrières blancs, fuyant dans l'allée, devait être irrésistible.

    Le "sfolet"

C’était un objet fabriqué avec des pièces de monnaie trouées que l'on équipait d'un plumet de papier découpé en lanières. On peut le comparer à un volant de badminton. Ce sfolet nous permettait de satisfaire notre passion pour le football, malheureusement contrariée par l'interdiction formelle de tout jeu de balles dans la cour du collège. Ce sfolet ne rebondissait pas, il fallait continuellement le faire voler en jonglant et en se le passant d'un joueur à l'autre. Nous étions devenus d'une adresse extraordinaire et nous disputions des parties acharnées. Pour améliorer nos jongleries, nous avions fini par augmenter le nombre de pièces. Le sfolet s'alourdissant, il devint dangereux... pour les vitres ! Au deuxième ou au troisième carreau cassé nous eûmes beaucoup de mal à poursuivre notre entraînement !...

    La "défense du territoire"

J’utilise cette expression pour quelque chose d'assez complexe et pas vraiment "sportif". Le groupe des collégiens arbéens était peut-être le plus nombreux, en tout cas le plus soudé. Etions-nous les plus orgueilleux ? Ramenards ? Bagarreurs ? Toujours est-il que nous avions eu le toupet de dessiner, à la craie, en plein milieu de la cour du collège, un cercle dans lequel était inscrit le mot "L'ARBA". L'entrée dans ce cercle était interdite à quiconque n'était pas du village. Cela nous valut quelques bagarres. Mais somme toute, cette colonisation d'un morceau de cour se fit facilement. A chaque récréation, les 300 élèves (environ) du collège pouvaient observer notre bande, assise dans son cercle, discutant de tout et de rien. Je crois que de mémoire du collège de Boufarik, on n'avait jamais vu cela et qu'on ne le reverrait plus.

Les études

Au départ, ce n'était pas et de loin, le centre principal de notre attention.

Pendant la période de la guerre, que j'appellerai plutôt la période avant l'arrivée de Monsieur le Professeur de Mathématiques, Louis Rey, dit plus affectueusement et par tous, tonton Louis, nous avons fait des expériences curieuses. Curieuses, car le corps professoral était formé de quelques hommes réformés (pour certains on comprenait pourquoi !) et surtout de dames qui étaient complètement dépassées par les garnements que nous étions, jouant tranquillement à la bataille navale en prenant bien soin de ne pas déranger le professeur ! Nous étions aussi bien calés au fond des classements.

L'arrivée de tonton Louis a profondément bouleversé notre quiétude béate... Après avoir mesuré la profondeur de notre nullité en maths, il a pris le taureau par les cornes et nous par les oreilles ; soudainement, tous les professeurs nous portèrent une attention touchante dont nous nous serions bien passé. Ainsi, grâce à tonton Louis, le meilleur professeur qui nous a été donné de rencontrer, nous avons lentement grimpé les barreaux de l'échelle de la connaissance. Ferme mais bon, il nous aidait à faire sauter quelques retenues du dimanche (souvent méritées) et nous encourageait vivement dans nos ardeurs footballistiques. Sa personnalité rayonnait tellement que bientôt, pour tous les élèves, le collège de Boufarik et tonton Louis ne firent plus qu'un.

 

 

 

 

 

Photo de quelques élèves du collège de Boufarik.

On remarque que Robert Manelli, Alain Ducrocq et Henri Pello sont assis côte à côte en bas et à droite Le premier à gauche au premier rang est Ben Attala .le premier à gauche du troisième rang est Ben Merabet.

A l’ombre de mon clocher par Alain PELLO de L’ARBA

J'ai eu dix ans en 1943. Mes enfants vivent dans des métropoles et j'ai voulu, par ces chroniques, leur faire revivre ma vie de petit campagnard. Je vous les livre pour raviver en vous certains souvenirs, en ce temps de la " GLOIRE DE MON PERE ".

La glace

Le réfrigérateur était encore très peu répandu et c'est bien après la guerre que sa commercialisation s'amplifia.

Durant les mois chauds d'été, la glacière était la survie. Dans les fermes, on mettait les denrées périssables dans un seau que l'on descendait dans la fraîcheur du puits et les boissons, dans un casier à bouteilles à même l'eau.

Le matin donc, il fallait charger la glacière et c'était la corvée de la glace. On allait la chercher chez Mallia en haut du village. Il conservait les blocs dans une immense caisse en bois, dans la sciure.

Je le revois, avec un gros poinçon, par petits coups répétés, puis par un dernier plus appuyé, détacher le morceau souhaité de la grosse barre.

Et ensuite, vite, vite, à la maison, le couffin sur l'épaule, l'eau de fusion de la glace dégoulinant sur la chemise, ou, le couffin à la main inondant les sandales de toile.

Le tire-boulettes

Rare était celui qui ne s'était pas confectionné un lance-pierres ou tire-boulettes, appelé "taouette".

Au départ, c'était un engin de chasse : il assouvissait en nous cet atavisme. Mais il servait, toute honte bue, à casser les isolateurs des lignes téléphoniques, à faire fuir les chats et les chiens errants, à briser les vitres des maisons abandonnées.

Il était interdit de chasser avec le tire-boulettes dans le village, car les cailloux qui n'atteignaient pas leur but, retombaient sur les tuiles qu'ils brisaient ou semaient la panique dans les cours.

En hiver, des bergeronnettes venaient se percher sur les ficus de la mairie pour passer la nuit à l'abri de leur feuillage serré. Il fallait nous voir : le tireur accroupi, se tenait au milieu de trois ou quatre copains qui formaient un cercle pour le masquer à la vue. Car, sur le quatrième côté de la place se tenait le commissariat de police !

Et, que de fuites éperdues quand quelqu'un criait "Mata" en ayant cru apercevoir un képi !

Les sarbacanes

Mais quel cyclone s'est abattu, en cette fin d'été sur les roseaux qui bordent les petites routes des "Quatre-Bassins" ou du Communal, etc... ? Partout, ils gisent, brisés et leur plumeau, tel le pissenlit, sème à tout vent.

C'est que leur extrémité comportant un tube creux et rectiligne, ils paient un lourd tribut à la confection des sarbacanes. Chaque garnement en a une, glissée entre peau et chemise, les poches pleines de projectiles : les boules vertes de ficus pour les sarbacanes de petit diamètre et les baies rouges du pyracantha pour celles de plus grosse dimension.

Les batailles rangées pouvaient commencer. Et, si l'on se faisait surprendre, on recevait en pleine figure une rafale de projectiles agrémentés de la salive de l'expéditeur !

Les carrioles à roulements à billes

Voilà un engin qui demandait des talents de bricoleur, des qualités de conducteur et surtout de la force physique. Dans les greniers, on trouvait la matière première :

 - une épaisse planche bien solide, châssis et siège,

 - deux autres dont on taillait les extrémités en cylindre et qui servaient d'axes aux roulements à billes que l'on récupérait chez les mécaniciens.

Le propriétaire, assis, guidant avec les pieds, se faisait pousser par des volontaires qui, bien sûr, exigeaient d'inverser les rôles.

La faible circulation automobile nous permettait de rouler sur la chaussée. Au moment de la sieste, dans le village endormi et silencieux, cela faisait un bruit lancinant qui attirait les voisins furieux aux fenêtres qui nous hurlaient des :

 - "Attendez, je vais le dire à votre père ! ".

Au bout de quelque temps, les roulements chauffaient, faute d'huile ou de graisse et nous pissions dessus pour les refroidir.

L'autobus MONICO

J'ai retrouvé au fond d'une armoire familiale une petite couverture de laine. Dans un coin, une marque brodée : des initiales A.P. et un numéro 104. Et les souvenirs sont remontés : octobre 1945, l'entrée en sixième, l'internat. C'était une couverture de mon trousseau.

Un samedi sur deux, jour de "grande sortie", je prenais l'autobus Monico à Alger pour rentrer à l'Arba. A partir de Sidi-Moussa, ma joie augmentait au fur et à mesure que le paysage devenait familier. A petite vitesse, les fermes défilaient Laquière, El Taous, Douïeb et puis c'était le presbytère et enfin la plaque l'Arba, ça y était, j'étais chez nous.

Mais le dimanche passait vite ! et le lundi matin, c'était le voyage retour. Ah ! le pénible réveil dans les petits matins frisquets d'hiver. Le débarbouillage rapide, le petit déjeuner qui ne passe pas. La valise que l'on boucle sur quelques friandises de dernière minute et, en route pour le garage Monico.

C'était la fin de la guerre, la période gazogène était terminée, l'autobus roulait à l'essence mais que les démarrages étaient difficiles ! Le chauffeur et les mécanos s'affairaient à tourner la manivelle, souvent leurs efforts étaient vains ; le moteur restait muet.

Le Père Monico surveillait tout cela en grognant et refusait l'aide des voyageurs. L'heure tournait, il fallait qu'il se résigne : il donnait l'autorisation de pousser le car ! On s'arc-boutait, le car prenait de la vitesse, quelques soubresauts à hauteur du Docteur Fabri le moteur "parlait" et devant le café Calvet, il se décidait à tourner.

Maintenant, tout s'accélérait, je jetais la valise sur le toit, les portes étaient prises d'assaut, je me laissais porter à l'intérieur, plus de places assises et nous étions déjà serrés dans le couloir.

Finies la plaque l'Arba, les fermes amies : le cauchemar commençait. A chaque arrêt, on prenait du monde. Le receveur et le contrôleur faisaient des miracles avec des :

- "Avancez sur l'avant", "reculez sur l'arrière".

Un coup de frein brusque du chauffeur tassait un peu plus les voyageurs. Aveuglé par les vêtements, asphyxié, je survivais jusqu'à Alger. Une course vers la Place du Gouvernement pour attraper le trolley d'El Biar où se renouvelait le même scénario, l'attente fébrile devant le retard de la correspondance pour Ben-Aknoun et à huit heures je prenais place pour le premier cours de ce lundi matin, cafardeux, abasourdi, vidé...

Encore deux semaines de la grisaille de la vie d'interne et viendra le samedi où enfin je pourrai prendre... l'autobus Monico.

La distilleuse

Ce néologisme a été formé à partir de mots d'engins agricoles comme la semeuse, la batteuse, la moissonneuse...

En hiver, en rentrant de l'école, je trouvais la cour encombrée par la distilleuse qui allait de ferme en ferme viticole.

J'ai le souvenir d'un monstre noir, avec une énorme cheminée des premiers trains des Western qui crachait une fumée malodorante de combustion de coke. La nuit, quand on rechargeait sa chaudière, la cour en était toute illuminée. Elle déversait dans l'égout un liquide noirâtre et brûlant qui nous débarrassait des rats durant six mois !

Et au bout de tout cela, miracle, un petit robinet de cuivre terminant un serpentin laissait couler, goutte à goutte, un liquide parfumé et incolore : l'alcool de marc.

Le premier jour, on subtilisait à la cuisine un sucre que l'on imbibait. On tentait de sucer cette chose qui nous emportait la bouche et nous faisait tousser : pensez, l'alcool titrait 95°.

Le nez au vent dans la rue, je vivais chaque saison avec son odeur spécifique : la fin de l'été avec la senteur du moût des vendanges, l'automne avec les émanations de l'huilerie voisine, l'hiver avec le parfum du marc de raisin.

Les jeux de billes

Nous avions plusieurs sortes de billes. Elles gonflaient et déformaient nos poches et faisaient un bruit caractéristique quand nous courions.

Nous achetions chez Messaoud des billes en plâtre, fragiles et communes, ou celles en verre et en agate, aux couleurs chatoyantes. Certains privilégiés possédaient des billes en acier, introuvables dans le commerce, qui provenaient des roulements brisés.

On reconnaissait aussi les joueurs à leurs phalanges et leurs genoux : crevassés, irrités puis ensuite cornés par les frottements avec le sol. Durant les récréations ou les moments de loisir, nous jouions "au trou" et en rentrant à la maison, "à gagner", en lançant des billes devant nous.

Les règles du jeu "au trou" étaient simples : les défenseurs repoussaient les attaquants qui tentaient d'enfiler le trou. Sa confection était une oeuvre d'art : nous le creusions assez grossièrement puis après l'avoir mouillé légèrement, nous en lissions les bords par un mouvement circulaire à l'aide du talon nu. Pour tirer nous faisions deux pâmes.

Donc, tout pouvait passer pour être simple, cependant le jeu donnait lieu à des criailleries car nous sollicitions des adversaires certaines dérogations : "bonne hauteur", "bon but", "bonne échappe", "bon trou"... sauf s'ils avaient dit "rien" avant la demande ou "pas bon but", "pas bonne hauteur" ... et les "chicaya" venaient du fait de trancher qui avait parlé le premier ! et tout le long, la partie était émaillée de :

- "Bon cherche".

- "J'avais dit rien".

- "Non, j'avais dit le premier ! "

Aucune possibilité d'arbitrage. Certains avaient le mot de la fin quand, avant de lancer leur bille, ils lançaient un péremptoire : "Tout pour moi, rien pour toi" qui formulé ainsi, coupait court à toutes réclamations !

La chasse pendant la guerre

C'était après le débarquement des Américains en Algérie. Il y avait là : Mimile, Marcel, Nenesse le rabatteur aux sangliers, Hussenot, le "grand" Charlot et quelques uns disparus de ma mémoire et, bien sûr, les enfants, car, comme dans la "Gloire de mon père" impossible de refuser aux enfants de suivre les adultes quand ils vont à la chasse. Et quelle chasse ! Celle aux moineaux, de nuit. Le lieu ? Le bois d'eucalyptus le long de la route menant à la propriété Lefebvre des Noëttes. Les armes ? Des tire-boulettes.

C'était l'époque des A.T, les Autorisations Temporaires de circuler en automobile délivrée par le Commissariat... Aussi la petite troupe avait pris place sur notre charrette à cheval un peu avant la tombée de la nuit.

Un premier arrêt à l'Oued Djemâa pour remplir une musette de cailloux bien ronds. Puis nous entrions dans le bois, dans l'obscurité, à la lumière des lampes électriques, ces torches américaines, coudées, au faisceau très puissant. Le bruit de nos pas sur les feuilles et les branchettes sèches faisait s'envoler des moineaux qui se cognaient aux branches et provoquait le départ des voisins.

Les chasseurs partaient par deux : l'un, tenant la lampe cherchait les oiseaux endormis dont on voyait la tache blanche, l'autre, le tireur armé du tire-boulettes tentait de les atteindre. On entendait le bruit sourd du caillou quand il les touchait : le pinceau de la lampe balayait le sol et les enfants ramassaient les pauvres bêtes.

Au bout de quelque temps, les nuques devenaient douloureuses et les tirs moins précis. Mimile, à quatre ou cinq reprises, avait raté sa cible, un moineau bas perché. C'est alors que son équipier, le "grand" Charlot, impatienté l'avait arrêté :

- "Attends, Mimile ! "

Allongeant le bras il avait saisi le moineau, à la volée, comme on attrape une mouche ! Plus tard, à l'apéritif, au café, l'histoire avait couru, racontée par l'intéressé et déclenchant son rire.

Le lendemain, nous nous retrouvions, assis sur une grande bâche, couverte de duvet, à la fastidieuse tâche de plumer les moineaux.

Nous essayions bien de nous défiler, mais comment refuser aux adultes d'effectuer cette corvée quand la veille on les avait suppliés de nous emmener !

Le garde champêtre tambour

Beaucoup d'écrivains ont parlé du tambour qui parcourait les rues des villages pour les "Avis à la population".

Dans ma jeunesse, c'était Morsli qui était chargé de cette mission.

Après son roulement de tambour, il avait un auditoire surtout composé d'enfants que les mères, occupées, envoyaient aux nouvelles. Il dépliait un papier et lisait le message quand il estimait qu'il avait fait le plein, (les mauvaises langues enfantines disaient qu'il ne savait pas lire et qu'il récitait l'avis qu'il avait appris par coeur). J'ai surtout en mémoire des coupures d'eau et des cas de rage.

Entre deux stations, il n'était pas rare qu'une porte ou qu'une fenêtre s'ouvre et le Tambour résumait le message pour ceux qui ne s'étaient pas déplacés.

Il avait le temps et la vie s'écoulait ainsi tranquille !

Le colporteur

Il descendait de l'autobus Monico, venant d'Alger. Il était petit, rond, court sur jambes, portait des lunettes à verres épais et n'était plus tout jeune.

Il visitait les maisons du village, portant deux grosses valises bien lourdes à bout de bras et sur les épaules des balais, des brosses : c'était le colporteur.

Il ouvrait ses valises et proposait de la droguerie, du cirage, des produits pour la maison...

Il entrait dans notre cour, transpirant sous la charge et si ma mère ne lui achetait rien, il repartait et me paraissait encore plus voûté. Parfois, je suppliais maman de lui prendre quelque chose, peiné que j'étais par la dureté de son métier.

Il est resté dans ma mémoire et souvent je me demandais quel bénéfice pouvait lui laisser sa tournée ! Il avait certainement une famille à nourrir, un loyer à payer et c'était avec beaucoup de courage qu'il exerçait son métier.

Une enfance à la Ferme par Jean PELEGRI de Sidi Moussa

Rivet, Rovigo, Sidi-Moussa, l'Arba, ces noms, ce quadrilatère fertile font partie de ma mémoire. C'est entre Rivet et le Fondouk que mon oncle Gustave Pélégri, qui avait la passion des arbres et tant fait pour le Jardin d'Essais d'Alger, avait sa pépinière et son arboretum.

C'est dans la mairie de Rovigo que mon père a déclaré ma naissance, le 20 juin 1920, et c'est Rovigo que nous traversions pour aller respirer à Hammam-Mélouane les eaux ferrugineuses qui jaillissaient de la koubba de Sidi-Slimane (un nom que j'ai donné à un personnage d'un de mes livres). C'est entre Rovigo, l'Arba et Sidi-Moussa, que mon père avait sa ferme qui curieusement s'appelait Haouch el Kateb, la ferme de l'écrivain.

C'est à Sidi-Moussa que j'allais en char à bancs à la messe du dimanche, que j'achetais des cacahuètes et des pois chiches grillés dans l'épicerie arabe à l'entrée du village, et c'est dans le cimetière de Sidi-Moussa que mon père est enterré.

C'est aussi dans les rues, le stade et le cimetière encore intact de Sidi-Moussa que nous avons tourné, fin 1961, pour en garder trace la fin du film adapté de mon livre Les Oliviers de la Justice.

La maison de la ferme Pélégri

A l'Arba nous avions notre docteur, le docteur Fabri, et nous allions chaque année à la fête du village. Je n'oublierai jamais la place toute illuminée de la mairie, avec sa musique, ses stands, ses rouleaux de barbe à papa, ses balançoires, ses petites filles en robe, ses garçons en culotte courte, et ses stands de tir où l'on était photographié le plus souvent les yeux fermés quand on touchait le centre de la cible. Presque chaque fois, sur la route du retour, mon père nous racontait qu'enfant, en arrivant un matin à l'école, il avait vu sur cette même place une panthère qui venait d'être tuée dans la montagne voisine. Et il nous parlait d'un illustre chasseur qui s'appelait, me semble-t-il, Gérard.

C'est également à l'Arba que nous allions en break à la messe de minuit. Le service était long, j'avais faim, mais la nef était pleine, et j'oubliais ma faim dans la lumière des cierges et les chants de Noël résonnant sous les voûtes. Ensuite, et toujours en break, nous revenions vers la ferme. Une belle allée de platanes nous menait au pont qui enjambait l'oued Djemâa, je devinais sous la lune des blocs de pierre, des ruisseaux de galets, et après avoir quitté la route nationale défilaient, éclairés par la lanterne du break, les rangs de vignes noircies par l'hiver.

Le reste du temps, nous vivions à la ferme, un lieu qui le plus souvent se suffisait à lui-même. Il y avait l'atelier où l'on réparait le tracteur, les soufreuses, les sulfateuses, la forge où l'on ferrait les chevaux, l'écurie où chaque cheval avait son nom, sa place, son avoine, la cour avec la noria perpétuellement actionnée par un mulet aux yeux bandés, et le château d'eau d'où l'on pouvait, comme d'avion, survoler toute la plaine.

Nous étions un groupe de gosses, Français, Arabes, Espagnols, Kabyles, et nous parlions un charabia, fait de plusieurs langues, qui variait selon le sujet et les circonstances. Le français pour tout ce qui était sport, mécanique, travaux des champs, football, l'espagnol pour les disputes ou la cuisine, le kabyle pour désigner le jujubier ou telle variété d'oliviers et l'arabe pour parler des chevaux et de certains fruits. Ainsi les figues se muaient en kermous et la cerise en h'abb elmelouk, le fruit des rois, parce qu'avec ce nom les cerises étaient bien meilleures. Les Arabes injuriaient ma pauvre mère en français, et moi j'injuriais la leur en arabe parce que dans les deux cas la force de l'injure en était multipliée. Cela fait, nous reprenions nos jeux comme si rien ne s'était passé.

Aux heures de canicule nous parcourions les fossés. Dans le plus grand et le plus profond, que des gabions remplis de galets renforçaient, nous cachions dans le creux d'un arbre le paquet de cigarettes dérobé dans le tiroir de mon père et, comme dans un rite, tandis qu'un camarade nommé Rabah exaltait les vertus magiques des plantes, nous nous passions de main en main une cigarette dont la fumée allait se perdre entre les branches dans le ciel de l'été. De là, nous allions dans un fossé plus étroit, bordé de roseaux, où nous tenions djemaâ (réunion), et où sur la terre craquelée en damier par la sécheresse, nous jouions aux dames ou morpions tout en parlant de femmes nues ou de coureurs cyclistes.

Ensuite, par ce fossé sinueux, nous partions en file indienne vers l'oued, notre plage sans eau, pour y jouer aux "cailloux" ou pour nous aventurer vers le grand pont qui enjambait l'oued Djemâa à proximité de Sidi-Moussa. Là, parfois, sous des tentes faites de couvertures cousues ensemble, campait une tribu venue du sud avec leurs majestueux chameaux. Et tout impressionnés par ces étranges animaux du désert nous revenions dans le petit bois d'oliviers qui bordait l'oued pour y parler de tout entre les asperges sauvages ou pour y philosopher sur Dieu ou Allah -chacun le sien- sans nous douter que c'était le même (puisque dans tous les cas il ne pouvait y avoir qu'un seul Dieu).

Puis c'était le retour vers la ferme, par les routes de poussière blanche, où parfois un ouvrier, en biais par rapport à la géométrie rigoureuse des rangs de vignes, priait son Dieu en plein air, dans le soleil qui descendait vers l'horizon, comme le faisait Jésus en son temps ou comme le faisait Sidi Moussa - Sidi Moïse - cet homme qui avait le pouvoir avec son bâton de faire jaillir l'eau des rochers. Et c'était le moment du retour des chantiers, des chevaux pressés de retrouver l'écurie, des fontaines dans le soleil couchant.

De temps à autre, et toujours en bande, nous accompagnions mon père qui était sourcier. Nous le suivions à distance pendant qu'il parcourait un champ désert où il allait et venait en tenant entre ses mains une baguette de coudrier, et quand il avait trouvé le chemin invisible de l'eau nous déposions des pierres sur les traces de ses pas. Ensuite, il prenait sa montre, qui se mettait à tourner au bout de sa chaîne, pour calculer la profondeur de la source. Dix mètres, douze mètres. Et la prophétie ordinairement se réalisait ; ce qui impressionnait le Marabout de la ferme avec lequel il avait parfois quelques querelles.

- "Tu trouves l'eau, Monsieur Michel, Allah te protège".

Comme tous les gosses du monde, nous jouions à la guerre de nos pères, celle de 14-18. Le matin nous faisions les "pas", pour constituer les deux équipes, et l'après-midi, à une heure fixée, les deux équipes se faisaient face pour déterminer, par une épreuve entre les deux chefs, qui seraient les Allemands et qui les Français. Epreuve qui consistait pour chaque chef, vers trois heures de l'après-midi, à faire pipi dans une bouteille - que chacun montrait à un camarade arabe que l'on appelait le cadi (le juge)- et celui qui avait le plus rempli la bouteille avait l'honneur de porter la casque français de la guerre 14-18. Epreuve difficile, héroïque, car il fallait boire abondamment - et j'entends encore ma mère me reprocher de trop boire entre les repas - mais en calculant bien la mesure pour ne pas être pris d'un besoin irrépressible avant l'heure fixée pour l'épreuve - car en ce cas, mama mi c'était le déshonneur, le ridicule, la honte !

Nous avions dans un pistachier une sorte de cabane que nous appelions le club, et une pièce dans une dépendance où nous accrochions nos tire-boulettes, nos gants de boxe (énormes pour nos mains d'enfant) et où nous lisions avec passion, dans le Miroir des Sports, les exploits dans le Tour de France d'Antonin Magne, de Vietto ou de Speicher. Ensuite, avec les trois vélos dont nous disposions, nous allions sur la route nationale entre Sidi-Moussa et Rovigo pour y disputer deux à deux, des sprints comme Michard ou Girardin. Après quoi nous allions sur la butte qui dominait la route pour voir passer le car rouge des Autobus Blidéens surchargé de sacs et de paniers et souvent (je ne devrais pas le dire) pour montrer d'un même geste notre sexe aux occupants d'une belle voiture qui défilait à toute vitesse.

Après dîner, j'allais souvent faire un tour et je croisais dans l'obscurité le gardien de nuit qui faisait sa ronde. Avec son bâton il me montrait les étoiles et les constellations en leur donnant leurs noms arabes. La Petite Ourse devenait le Chariot de Sidi-Okba, et près du deuxième cheval il y avait une petite étoile minuscule, Alcor (ou Alcoran), que seul, disait-il, le croyant au coeur pur pouvait voir. Une étoile et des constellations que j'essaie encore, mais en vain, de retrouver dans le ciel de Paris.

C'est le même gardien que j'entendais vers cinq heures du matin frapper à la fenêtre de mon père en disant :

 - "C'est l'heure, Monsieur Michel, c'est l'heure ! " J'entendais mon père se lever, passer dans le couloir pour aller boire dans la cuisine un bol de café noir, et quelques instants plus tard j'entendais le chien qui l'accueillait par des aboiements au bas de la maison. Des aboiements qui s'éloignaient peu à peu vers l'écurie.

Ce même gardien de nuit avait appris de mon père l'art de la greffe et il passait son temps à greffer des figuiers un peu partout dans la ferme, si bien que dans nos courses, nous avions ici et là à notre disposition, des sortes de snack-bars entre les branches. Moment suspendu, et hors du temps, où tandis que nous dégustions des kermous (figues), le camarade Rabah jouait sur sa flûte des airs à l'image du ciel d'été.

Enfin, courant septembre arrivaient les vendanges. Dans la cave qui s'étendait au bord des vignes comme un navire amarré au bord d'un quai, les couloirs résonnaient du bruit des pompes, des fouloirs-égrappoirs, et pour la réception du vin nouveau, chaque nuit tout était lavé à grande eau, les couloirs, les cuves, les wagons des pressoirs, les pastières qui transportaient le raisin.

Pour nous, les enfants c'était jours de fête. Gorgés de raisins noirs, nous envahissions avec de grands cris la cave ordinairement close et comme s'il s'agissait d'un navire rempli de trésors nous prenions d'assaut, dans une forte odeur de raisins écrasés, les échelles métalliques, les passerelles bruyantes, les couloirs pleins d'ombre aux allures de coursives. Ensuite, pour reprendre souffle, nous allions nous asseoir sur la margelle d'une cuve où le vin fermentait à gros bouillons et, côte à côte, tout en regardant les pastières évoluer dans la plaine entre les vignes, nous trempions nos pieds nus dans ce liquide rouge, tiède et rempli de grosses bulles, qui éclataient entre nos doigts.

Puis, fin septembre, arrivaient les premiers orages. Comme pour effacer les traces de l'été, l'oued et les fossés se remplissaient d'une eau boueuse, et avec la rentrée des classes, c'était pour certains, mais pas pour tous, une autre vie, d'autres camarades, d'autres jeux, et l'été se refermait comme un album. Finis les arbres, les fossés, la flûte, le morpion, les cailloux. Il fallait devenir des enfants sages et des écoliers appliqués.

Reste cependant de cette enfance des souvenirs indélébiles, des visages, des coins de paysage. Nous habitions un monde multiple, fait de différentes langues, et de ce fait il nous reste de ce monde une double ou triple mémoire. C'est peut être pour cette raison que ceux d'entre nous qui ont vécu dans un village ou dans une ferme se retournent si souvent vers ce pays que nous aimons tant et où, dans nos mémoires, malgré les tombes à l'abandon, vivent toujours les êtres qui nous furent chers.

Parce que la mémoire est la plus belle et la plus intangible des tombes pour ceux que l'on a aimés. Parce qu'il suffit qu'un d'entre nous dise Rivet, Rovigo, l'Arba, Sidi-Moussa, pour que tout revienne. Pour que tout revienne et que recommence à cliqueter, éternelle dans nos têtes, une noria dans une cour ensoleillée.

D’où viennent les expressions imagées de notre langage par Alain PELLO

De part mon métier d'instituteur, je suis un défenseur de la langue correcte, mais il m'est apparu intéressant de faire oeuvre de "linguiste" amateur. J'ai sélectionné dans notre langue parlée quelques mots ou expressions empruntés à la langue des autres groupes ethniques de la population arabe, espagnole et italienne. Il ne s'agit pas d'un dictionnaire. La fréquence d'utilisation, dans notre région, a été le critère de mon choix.

    • Les emprunts à la langue arabe parlée

Les mots arabes en usage dans le français parlé d'Afrique du Nord et adoptés dans la Métropole :

- le bled, un caïd, le ramdan (bruit causé par les musulmans durant le ramadan), le kleb (au lieu de kelb) un chouïa, kifkif, un toubib, etc...

Ces mots ont certainement été véhiculés par les militaires de l'Armée "coloniale" et certains ont été réactivés durant les "événements" et ramenés par les appelés. On peut citer : une brêle, un douar, un chouf (un guetteur), le baroud, le barda, un gourbi, le djebel, un oued, un souk, etc...

Mots arabes employés par les Français d'Algérie parce qu'ils ont été acquis auprès des ouvriers agricoles ou d'usine, auprès des employées de maison et que l'on a pu retrouver dans nos conversations :

"zid" (zid : continuer) on ajoutait ya "bouzid"

"balek" (balak : ton attention), le "bagali" (bagali : torchis, mélange de boue et de paille)

"gatlek" (gal-lek : il te dit)

"bessif" (bel-sif : par le sabre)

"adamacam" (hada-ma-cam : ceci c'est tout) et on ajoutait : et mon chapeau

"aouah" (aouah : oui)

"labes" (la bes alik : pas de mal sur toi)

"fartasse" (fartass : à l'origine celui qui a perdu ses cheveux par la teigne)

"le koulchi" (koulchi : tout)

"batel" (batal : gratuit, sans frais)

"ouallou" (oualou : zéro, rien)

"khlass" (khlas : ça suffit)

"slougui" (slougi : lévrier)

"la rachma" (hacha : honte) même "Azrin" ne m'empêchera pas de (Azraïl : ange de la mort)

il s'est fait "dobzer" (debza : coup de poing)

c'est de la "zoubia" (zoubia : fumier)

faire des "tchaklala" (chakla : grand bruit)

la chasse au "tchibec" (déformation de chebka : filet)

un coup de "takouk" ( takouk : courir dans tous les sens)

Oserai-je ajouter les mots orduriers ?

"zeb" (zob : sexe masculin)

"goffa" (gofa : couffin)

"din i mek" (nahal din immak : maudite soit la religion de ta mère)

faire une "zit" (zitouna : olive)

J'arrête là l'énumération. Il y a d'autres mots arabes que tout le monde connaît mais ceux que je viens de citer émaillait souvent les conversations et certains les prononçaient avec un accent parfait.

    • Les mots d'origine espagnole

Les Espagnols sont venus en grand nombre en Algérie. Les premiers émigrés, déjà adultes, ne parlaient pas le français. Ils ont donc introduit leur vocabulaire et les mots concernant la nourriture, la pêche, les noms de poissons, les usages. Ils sont restés vivaces et sont passés dans le vocabulaire courant. Je ne citerai que ceux dont il est parfois amusant de connaître l'origine.

"la soubressade" (sobre assada - patois mayorquin)

"la paëlla" (pëlla : poële à frire)

"mitche-mitche" (valencien : mitch : moitié)

"un ouello" (abuelo : grand-père)

avoir de la "tchatche" (chacharear : bavarder)

marcher les espadrilles en "tchanclès" (tchancla : chaussures d'été qui ne tiennent pas au talon)

piquer une "rabia" (rabia : rage)

je suis "tchalé" (chalar : réjouir)

faire une "pantcha" en plongeant (plantcha : ventre)

avoir à faire avec un "falso" (falso : faux)

voyager "aouf" (a ufo : gratuit)

aller à la pêche en "pastéra" (pastera : pétrin)

une affaire mal "engantchée" (gantcho : crochet)

quel "bovo" (bobo en valencien : simple d'esprit)

soigner "l'emphitat" avec un foulard (enfite en valencien : indigestion)

une ou un "tarambana" (tarambana : fou, étourdi)

"stacabat" (esta acabat en valencien : c'est fini)

"le cabassette" (cabasset : petit couffin)

la "gora" (gora : casquette)

    • L'apport des Italiens

Les Italiens ont joué un petit rôle dans la langue des Pieds-Noirs. Sauf dans l'est (Bône, Philippeville) où ils étaient assez nombreux et formaient une population de pêcheurs. Leurs expressions (souvent des jurons, des exclamations) entraient très peu dans notre vocabulaire. Cependant certains mots se glissaient dans nos conversations.

faire "scapa" (scapare : fuir)

"atchidenté" (accidente* : une attaque)

"o mamamille" (o mamma mia : ô ma mère)

"tchao" (ciao* : au revoir)

"va fangoule" (va fangoule a mama : retourne d'où tu viens de ta mère)

un "tchoutche" (ciuccio* : raie pastenague à l'aiguillon venimeux)

"olliô" (ouailloune : petit mousse de port)

la "baroufa" (baruffa : une dispute)

faire une "gambette" (gambetto : jambe)

la "schkoumoune" (scumunicazione* : excomunication)

la "baffagne" (buffa : souffle)

et les mots orduriers :

mon "gatz" (cazo : sexe masculin : à rapprocher de "gatz marine" : boudin ! de mer)

"atso" (cazzo)

le "tafanar" (tafanàrio : le derrière )

* : le "c" se prononce "ch" dans ces mots.

Le but de cette recherche n'était donc pas de recenser tous les mots utilisés dans notre région, d'origine arabe, espagnole ou italienne mais de retrouver l'étymologie qui parfois vous a peut-être surpris.

Bibliographie

" Le français d'Afrique du Nord". A. Lanly, Presses universitaires de France

" Le pataouète" Duclos - Massa - Monneret - Pleven - Editions Jacques Gandini

 

La Chasse à RIVET   par Marcelle CHASSANG CAMUS

Joseph Coll présidait aux destinées de la Société de Chasse. C'était surtout les colons qui chassaient, mais quelques ouvriers possédaient un fusil et la réputation d'excellents tireurs ("Matarata" entre autre).

Retour de chasse aux sangliers à RIVET

Des Messieurs d'Alger faisaient aussi partie de cette société : avocats, juges, expéditeurs import-export. Ceux-là participaient à la chasse en tenue classique : guêtres, veste à soufflets, chapeau à plume, alors que les Rivéens à part les bottes ou les chaussures à tige, portaient de vieux pantalons épais et de grosses vestes de toile verte, chapeau ou casquette usagés. Organiser une battue de sangliers n'était pas une petite affaire. Dans la montagne, les pisteurs arabes fouinaient, repéraient et quand les sangliers étaient localisés, ils arrivaient en vitesse voir Joseph.

- "Ca y est ! J'te jure Joseph, dans la deuxième montagne, j'en ai vu quatre, cinq..."

Et c'était parti...

Mon oncle se coiffait de son vieux feutre gris et commençait la tournée pour avertir les participants. C'était l'effervescence au village car tous aimaient la chasse. Les femmes préparaient les couffins du repas, les hommes fabriquaient les cartouches, vérifiaient leur fusil. On prévenait les Messieurs d'Alger... On fixait le jour et l'heure du départ. Il fallait se presser. Les sangliers n'attendaient pas. Entre temps, ça discutait ferme sur la place de la mairie. Le temps se maintiendrait-il au beau ?

En septembre octobre, les journées sont très souvent magnifiques, pas un nuage dans le ciel bleu, limpide, nettoyé des poussières de l'été par les premiers orages.... et ils partaient à l'aube...

Si la chasse avait lieu dans la deuxième montagne, les chasseurs passaient la nuit dans le douar où ils étaient accueillis à bras ouverts. Si les sangliers se cachaient plus près, ça prenait la journée. Comment se passait la chasse ? Je n'y ai jamais participé, mais je sais que les chasseurs se postaient à un endroit bien précis avec défense d'en bouger pour éviter les accidents. Les rabatteurs secondés par les chiens débusquaient le gibier.

Et c'est le retour des chasseurs... Le village entier attend dans la rue et soudain les yaouleds qui guettent, déboulent du haut de la rue de l'église...

- "Les voilà..."

Les exclamations fusent...

- "Ils ont tué ? Combien ?..."

Et la procession apparaît. Une longue file de mulets sur le dos desquels paradent les chasseurs avec, jetés en travers de la selle, les sangliers abattus.

Les pisteurs juchés sur "les chouaris" (grands paniers) portés par les mulets, suivent entourés des chiens qui aboient. On s'interpelle...

-"Qui a tué ?..."

- "Sintès, Gomila, Collet ?..."

Et tout le monde rappliquait chez ma tante où le portail grand ouvert avalait mulets et porteurs de gibier. Les autres chasseurs regagnaient vivement leurs maisons pour se débarrasser de leur attirail, mettre les mulets à l'écurie et revenir bien vite pour l'opération du dépeçage. Dans la cour, les sangliers étaient déjà allongés sur de grandes tables. Comme les cochons, on les ébouillantaient, les raclaient, les découpaient. L'espace était envahi par les gamins, les Arabes, la population ; ça criait, ça discutait, ça se bousculait. Pour mes soeurs et mes cousins, c'était la fête. On crânait un peu parce que c'était chez nous que ça se passait.

Et c'était la distribution sous la lumière des baladeuses, car la nuit était tombée.

On réservait quelques morceaux pour le Maire ou des personnalités d'Alger que l'on voulait honorer, puis les parts disposées sur une grande table, un chasseur se retournait et un autre désignait un tas... de viande

- "Pour qui... ?

- Moll

- "Pour qui... ?

- Villalonga... " Etc...Etc...

Chacun devait sa part au hasard, plus ou moins bien servi. Enfin après une ultime discussion, tout ce monde réintégrait sa maison, bien fatigué. La cour retombait dans le silence vers onze heures du soir. Mais c'est le lendemain à l'heure de l'anisette que commençaient les discussions :

- "Si t'avais pas bougé, je me le faisais..."

- "Purée de toi, j'ai pas même remué le pied..."

- "Va caguer !..."

- "Je perds la figure, si c'est pas vrai que j'ai tiré avant toi..."

- "Eh fanfaron, toujours que tu crois que t'as touché..."

- "Ad'vrai, j'ai vu avant toi..."

- "En tout cas, le Matarata il l'a pas raté, lui, la castagne qu'il a pris le sanglier !!! " etc... Etc...

Il y en a pour quinze jours au moins.

Une chasse un peu spéciale : "la chasse aux tchibecks" (oiseaux imaginaires)

Cette chasse était proposée seulement aux étrangers, aux "Frangaouis" (métropolitains)

Quand on veut convaincre un naïf, on l'emmène de grand matin à Notre-Dame-du Mont, le planque dans un coin avec un sac, lui dit d'attendre le gibier sans bouger, et on le fait poireauter une matinée. C'est la blague traditionnelle que l'on sert aux nouveaux arrivants. A la vérité, peu se sont laissés convaincre. Mais il y en a eu, intrigués par ce nom curieux de "tchibeck", qui ont bien fait rigoler le village.

Je ne sais pas d'où vient le nom de " tchibeck" (du mot arabe "chebka" : filet).