UN PEU D'HISTOIRE

 

Sommaire

PRÉFACE  par Henri PELLO

 

LA MITIDJA

Un peu d'histoire avant nous autres

250 ans d’occupation CARTHAGINOISE (4° siècle à 146 avant Jésus-Christ)

585 ans d’occupation ROMAINE (146 avant JC à 439 après Jésus Christ)

99 ans d’occupation VANDALE (439 à 538)

112 ans d’occupation BYZANTINE ( 538 à 650 )

865 ans d’occupation ARABE (650 à 1515)

315 ans d’occupation TURQUE (1515 à 1830)

 

LES PIONNIERS

1830 - 1841

Les Hésitations de la Colonisation

La Colonisation de la Mitidja avant la Dévastation de 1839

Les Français Achètent les Terres

L’épopée des pionniers

La dévastation de la Mitidja par Abd El Kader

La pacification de la Mitidja par Bugeaud

La colonisation sous Bugeaud et les colonies agricoles

 

LA PERIODE CREATRICE

1842 - 1858

Les colonies agricoles de 1848

La colonisation ordinaire 1848 – 1858

Les travaux publics

Une enfance à la Ferme par Jean PELEGRI de Sidi Moussa

Les Progrès de la Médecine

L’ Enseignement , creuset d’une civilisation

 

L’ ESSOR DE LA COLONISATION

1858 - 1962

Les Facteurs du Développement Economique

L’ Outillage Agricole et Procédés de Culture

Les Cultures et l’Elevage sont prospères

L’ Industrie

La population, sa croissance, sa composition

Mais qu’est donc le « peuple » pied noir

 

CREATION DE L'ARBA

Discours de Auguste REY

Histoire édifiante sur la méthode d’acquisition des terres pour L’Arba

Opinions Officielles sur la création de L’ARBA

 

LA CREATION DE ROVIGO

 

LA CREATION DE SIDI-MOUSSA

 

LA CREATION DE RIVET

 

UN REGIME DE CONCESSION DUR ET

 

ANECDOTES

Relations entre les Municipalités et la Paroisse

Des Arbéens au collège de Boufarik par Henri PELLO

A l’ombre de mon clocher par Alain PELLO de L’ARBA

D’où viennent les expressions imagées de notre langage par Alain PELLO

La Chasse à RIVET par Marcelle CHASSANG CAMUS

Une chasse un peu spéciale : la chasse aux tchibecks (oiseaux imaginaires)

 

 

 

 

ALGÉRIE

HISTOIRE et SOUVENIRS

D’un

Canton de la MITIDJA

         

Les textes ci dessous sont extraits ou adaptés des livres :

  • L’ ALGÉRIE

  • HISTOIRE ET SOUVENIRS d’un CANTON de la MITIDJA 1830-1862

    Publié en juillet 1998 par l’Amicale des ARBEENS (602 pages et 300 photos)

du discours :

  • DISCOURS de Auguste REY lors de la célébration du centenaire de L’ARBA. (Juillet 1949)

d'histoires et d’anecdotes personnelles de :

  • Marcelle Chassang Camus, Roger Dupuis, Jean Pelegri, Alain Pello et Henri Pello

 

PRÉFACE par Henri PELLO

Le récit de l'histoire de notre canton à travers l'histoire de l'Algérie a été souhaité par les membres de notre Association comme un effort de mémoire sur la saga vécue par nos familles. Nous savons cependant qu'il est très imparfait pour exalter, comme il le faudrait les énormes dépenses d'héroïsme et de courage quotidien de ces humbles fondateurs d'une richesse économique bâtie à partir de rien en luttant- contre tout.

Que l'on ne se méprenne pas, cette étude historique n'est et ne veut pas être un plaidoyer, nous n'en avons nul besoin.

Nous avons voulu raconter la somme des vertus de nos anciens et la profondeur de notre enracinement. Ainsi,nous espérons raviver les souvenirs de certains,faire découvrir à d’autres, en tous cas,répandre et transmettre à tous ceux qui nous suivent,ou nous suivrons,l’histoire trop souvent méconnue d’ une aventure humaine extraordinaire .

Comptables d’un héritage,nous avons voulu éclairer ce passé si proche pour aider nos héritiers à bâtir un avenir qui ne soit pas sans mémoire

(Le courage)...

"Moi quand il me manquera,

Je penserai à celui de mon père.

Car nos pères l'avaient eu, ce vrai courage.

Ils avaient défriché et planté des terres difficiles,

Et ils en avaient fait un pays neuf et fertile".

Jean PELEGRI « Les oliviers de la justice «  (p.211)

 

La MITIDJA

 La Mitidja se présente sous la forme d'un demi croissant d'environ cent kilomètres de long entre Marengo à l'ouest et Aïn Taya à l'est, large au maximum de vingt kilomètres et d'une superficie de cent trente mille hectares. Cette plaine est bordée au nord par les collines du Sahel (ouest d'Alger), à l'ouest par le massif de Miliana, au sud par l'Atlas blidéen et l'Atlas mitidjien et à l'est par la Grande Kabylie.

La fertilité de cette plaine est attestée par : le géographe El Bekri au milieu du XIe siècle l'historien Ibn Khaldoun à la fin du XIIe siècle Léon l'Africain au début du XVIe siècle l'historien Haedo à la fin du XVIe siècle, le voyageur Shaw au début du XVIIIe siècle.

 

 

Le Département d'Alger - La Mitidja

 

 Le climat est caractérisé par l'alternance d'une saison sèche et chaude de mai à septembre et une saison humide et fraîche d'octobre à avril. Les températures moyennes minima sont autour de 15° et maxima de 35°. Mais le climat est souvent perturbé par des accès de chaleur dus au Sirocco, vent sec, brûlant, violent, continu pendant plusieurs jours et grillant la végétation avec des températures dépassant 45°

 ou par des accès de froid, par exemple des gelées  gelées  nocturnes blanches en hiver. Les pluies, en moyenne 700 à 900 mm/an (plus qu'à Paris) sont très irrégulières et tombent souvent sous forme d'averses violentes, parfois de grêle. Les chutes de neige dans la Mitidja sont exceptionnelles. Le régime des pluies entraîne pour les rivières un régime d'oued avec des crues très rapides et très brutales. L'Harrach et l'Oued Djemâa sont capables de crues énormes et catastrophiques.   

Un peu d’Histoire d’avant ‘ Nous Autres ‘

L'histoire de la Mitidja s'intègre bien évidemment dans le passé tumultueux de l'Afrique du Nord. Ce pays a été habité dès les premiers temps de l'histoire de l'humanité. Il faut se souvenir qu'à cette époque le climat était tempéré et la végétation luxuriante.

Les premiers habitants répondent au nom de "berbères" (nom d'origine romaine semblable à "barbare" et appliqué à tous ceux qui ne sont pas citoyens romains). L'origine de ce peuple est mystérieuse. La grande variété morphologique que l'on trouve chez les Berbères, renforce l'hypothèse d'une origine multiple : Indo-européens et Sémites. Par contre, il y a une grande unité linguistique berbère allait du Nil à l'est, à l'Atlantique à l'ouest et au Niger au sud. Cette langue est apparentée à celle des hiéroglyphes égyptiens.

L'histoire de l'Algérie, pays de passage entre le Proche-Orient et l'Espagne devient l'histoire des occupations et des dominations successives qu'elle a subies.

L'histoire retient dans les derniers siècles du deuxième millénaire avant J.C. que les navigateurs phéniciens ont eu des contacts avec les indigènes de la côte d'Afrique du Nord, lors des escales pour des opérations de troc, sur l'itinéraire de retour d'Espagne. Plus tard ils fondèrent de véritables comptoirs mais surtout la ville état de Carthage vers 814 avant J.C. Plus récemment, on retiendra la création de "Icosiu" sur l'emplacement d'Alger, "Rusguniae" près du Cap Matifou, Tipaza mais aussi "Gunugu" (Gouraya), "Russuccurrus" (Dellys), "Iol" (Cherchell) etc.

Les Berbères vont participer largement aux guerres de Carthage contre la Grèce et surtout contre Rome. On peut donc être assuré que la Mitidja vit passer les éléphants d'Hamilcar et de son fils Hannibal, accompagnés des cavaliers numides (Berbères de l'est), accomplissant le fantastique périple qui, à travers l'Afrique du Nord, l'Espagne et la Gaule, le conduisit à Rome. D'autant que les troupeaux d'éléphants vivaient dans les plaines d'Algérie, ce qui indique qu'elles étaient peu peuplées.

Durant cette période, les confédérations tribales berbères, dominèrent plus ou moins certaines régions en s'alliant alternativement avec Rome ou Carthage.

Il faut retenir cependant que les rapports des Carthaginois et des Berbères furent vraiment étroits : mariages, relations commerciales actives.

Ainsi l'influence de la civilisation carthaginoise ou punique sera profonde et durable : institutions politiques, mais surtout religieuses et linguistiques. Saint Augustin, au début du Ve siècle après J.C., envoyait des prêtres sachant parler le punique, pour évangéliser les Berbères. De cette époque date le symbole dit de la "main de Fatma" qui chasse le mauvais oeil. On en retrouve des traces nombreuses sur des stèles puniques trouvées près de Constantine. Encore plus répandu le symbole "signe de Tanit" (Tanit était à côté de Baal, la grande divinité carthaginoise).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Stèles puniques des environs de Constantine avec « main de Fatma)

 

De Carthage en 146 avant J.C., l'occupation de l'Afrique du Nord fut progressive. D'abord la Tunisie du Nord-est fut annexée et des alliances liées avec les royaumes berbères de Numidie et de Maurétanie. Cela ne se fit pas sans combats. Un héros bien connu de la résistance berbère, Jugurtha, soutint une guerre de sept ans contre les Romains. Trahi par son beau-père, Bocchus, il fut exécuté à Rome en 104 avant J.C. (soixante ans avant Vercingétorix !). Bocchus devint alors le "Roi" incontesté de l'Algérie sous la tutelle de Rome.

Les effectifs militaires romains ne furent jamais très nombreux, vingt sept mille à la période du maximum d'extension de l'occupation. La plupart étaient recrutés dans le reste de l'Empire (Espagne, Naples...) romanisés et à leur démobilisation, ils recevaient souvent des terres et participaient à la colonisation. Ne pouvant en faire une colonie de peuplement les Romains, là comme partout, pratiquent une politique de collaboration avec les populations locales. Au total, ce sont les autochtones les plus romanisés qui imposent la civilisation gréco-romaine. Cette politique d'intégration va entraîner la romanisation des élites municipales puis progressivement d'une grande partie de la population.

Dans l'Algérois, on retiendra le roi Juba II (- 52 + 24) qui fut élevé par César qui avait vaincu son père. Plus tard, l'Empereur Auguste lui fit épouser Cléopâtre Séléné (fille du grand Antoine et de Cléopâtre) et lui délégua, comme successeur de Bocchus, l'autorité sur un vaste royaume dont la capitale était Cherchell. Juba II écrivit, en grec, des ouvrages d'histoire et d'archéologie. Il contribua à répandre l'hellénisme et la latinité. Les Algérois connaissent bien le grand mausolée, appelé à tort, le Tombeau de la Chrétienne (soixante mètres de diamètre, trente-sept mètres de hauteur). Pour certains historiens, c'est l'épouse de Juba II, Séléné qui y repose, pour d'autres c'est Bocchus.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Tombeau de la Chretienne

 

Durant les presque six siècles de domination romaine, le pays prospéra énormément comme l'attestent les imposantes ruines de villes comme Timgad, Djémila, Tipaza, Cherchell, Hippone, Tébessa. Dans notre région furent développés les anciens comptoirs phéniciens : Icosium (Alger), Rusguniae (Cap Matifou). Dans notre canton ils utilisèrent les eaux de l'Aïn Khadra (La source de verdure) près de Rivet pour aménager des bains. A l'Haouch Cerkadji, près de Rovigo. L'assimilation à la romanité était telle que deux Empereurs romains furent des Berbères : Septime Sévère (146-211 après J.C.) originaire de Tripolitaine et Macrim originaire de Cherchell.

. Le Christianisme fut introduit en Algérie à la fin du IIe siècle et restera implanté pendant près de cinq siècles. Son importance fut considérable. C'est ainsi que le plus célèbre des Berbères fut Saint Augustin, Evêque d'Hippone, près de Bône. Il est né en 354 à Thagaste (Souk-Ahras) et mort en 430. Sans doute un des plus fameux "Pères" de l'Eglise Catholique, son influence sur la théologie et la philosophie occidentales est capitale. Dans notre région, un des nombreux évêchés était situé à Rusguniae (Cap Matifou). La terre d'Afrique romaine développa un Christianisme en avance sur les pays d'Europe. Au Ve siècle elle est considérée comme entièrement chrétienne et des milliers d'églises sont construites... Des noyaux chrétiens subsisteront longtemps après la chute de la domination romaine, même après l'arrivée des Arabes.

Une peuplade germanique, chrétienne, schismatique (arianisme), les Vandales, qui niaient la divinité du Christ, était descendue jusqu'au sud de l'Espagne dans la région appelée depuis Andalousie qu'elle marqua profondément. Mais, chassés par les Wisigoths, ils passèrent d'Espagne en Afrique où ils commencèrent par démanteler et piller les principales villes de la côte, aidés d'ailleurs par quelques tribus montagnardes.

Pratiquement, ces "Vandales" respectèrent ensuite l'organisation romaine trouvée sur place et jouirent pleinement de l'opulence qu'elle engendrait. Ils n'occuperont en fait que l'est de l'Algérie.

Cette nouvelle occupation ne touche que très superficiellement le pays. Tout l'intérieur, qui déjà sous les Vandales n'était plus soumis, est le théâtre de multiples insurrections et de duels entre tribus berbères. Tout cela entraîne une semi anarchie qui va ouvrir le chemin à l'un des événements le plus important de l'histoire de l'Algérie : l'Islam et les conquêtes arabes.

La conquête fut rude face à ces éternels résistants et infatigables guerriers berbères. Commencée en 647, elle ne fut achevée qu'en 711. On relève environ trois cent trente cinq batailles opposant Arabes et Berbères. De cette période émerge une figure emblématique de la résistance de l'Aurès : Dihya surnommée Kahena, la "Devineresse", qui lutta pendant douze ans pour finir par être trahie et tuée au combat en 698 (les historiens hésitent sur sa religion : juive ou chrétienne ?). Il faut aussi signaler un autre personnage important, Kosaïka, qui représente la résistance des populations sédentaires de la Tunisie. C'est lui qui, allié aux Byzantins, infligera à Okba une défaite complète près de Biskra et prendra Kairouan dont il restera maître de 683 à 686. L'Islam par contre s'imposa assez vite, surtout dans les villes. D'abord parce que le Christianisme était affaibli par de nombreuses hérésies (doctrine contraire aux dogmes de l'église) ensuite parce que aux yeux des contemporains, l'Islam qui faisait référence à la Bible et aux Evangiles, apparut comme une nouvelle hérésie chrétienne, voire comme un simple schisme (séparation des fidèles sous deux autorités séparées).

Les Arabes trouvèrent alors dans les Berbères des alliés d'une rare efficacité. C'est sous le commandement d'un berbère, Tarik, que le détroit de Gibraltar (Djebel Tarik) fut traversé en 711 par cinq cent cavaliers et l'année suivante par douze mille Berbères conduits, selon la légende, par... douze Arabes. Il est indubitable que ce sont les Berbères qui vont offrir l'Espagne à l'Islam: Ils y développeront une civilisation brillante A l'opposé, l'Algérie, du VIIIe au XIe siècle, a été déchirée par des guerres intestines entre les royaumes berbères islamisés, attisées de dissensions religieuses.

L'une de ces hérésies, puritaine, se réfugia au M'zab.

Devant ces sécessions du Maghreb, l'Egypte envoya des bédouins indésirables d'Arabie, les Hillal et les Soleim exercer leurs talents destructeurs en Algérie. Durant le XIe et le XIIe siècle, ce furent plusieurs centaines de milliers d'Arabes, différents de ceux de la première vague, qui dévastèrent le pays. C'est alors seulement qu'une partie du pays devint réellement arabo-berbère. Il faut retenir que les Berbères furent et restèrent toujours majoritaires.

A la même époque, d'autres invasions vont déferler : les Almoravides (Berbères du Sahara) et les Almohades (venus du Haut Atlas marocain) d'inspirations religieuses différentes. L'éphémère unité réalisée par les Almohades, va être brisée par des guerres de seigneurs qui vont durer deux siècles Le pays au XVe siècle, à part certaines villes, était dans un état lamentable. C'est cette triste vision qu'eurent les Maures et les Juifs chassés d'Espagne par la "reconquête" entreprise par le Roi Ferdinand d'Aragon et la Reine Isabelle la Catholique et qui se terminera par la prise de Grenade en 1492. Le dernier cheikh de la Mitidja, Salim El Toumy, se sentait menacé par les Espagnols qui s'étaient emparés de l'îlot du Peñon en face d'Alger. Il eut la malencontreuse idée de demander l'aide des frères Barberousse, Aroudj, et Kheir Ed Dine. Ces aventuriers étaient les fils d'un potier grec de Mytilène (l'antique Lesbos), ancien spahi (cavalier turc) qui avait épousé une jeune fille chrétienne et se convertit à l'Islam pour éviter la captivité Aroudj arrive à Alger, tue le Cheikh Salim et entreprend de conquérir le reste du pays. Tué à Rio Salado, près d'Oran en 1518, il est remplacé par Kheir Ed Dine qui, menacé, fait offre de vassalité au Sultan turc de Stamboul qui lui envoie deux mille Janissaires, de l'artillerie et lui donne le titre de Beylerbey.

Le Peñon est pris et l'Algérie devient alors pour trois siècles une régence turque. A partir de 1671 le chef de la régence d'Alger prendra le titre de Dey.

Ce fut le début d'une ère de développement de la ville d'Alger qui devint sous l'influence des "Raïs" (corsaires) la capitale de la piraterie barbaresque du XVIe au XIXe siècle. La piraterie était une excellente affaire, si bonne que des renégats chrétiens, venant de tous les pays d'Europe, rejoignirent les Algériens. Au XVIIe siècle, la population d'Alger était estimée à cent mille Musulmans dont trente mille renégats chrétiens, "turcs de profession", (en majorité corses, au XVIe siècle, d'après l'historien Fernand Braudel) mais aussi des Italiens, des Espagnols, des insulaires des Baléares, même des Français, des Anglais, des Hollandais et quinze mille Juifs. En plus des marchandises on faisait commerce des captifs chrétiens. Il y eut jusqu'à trente mille captifs chrétiens dans la ville. Le plus connu était Cervantès qui fut esclave d'un renégat grec. Mais, vers la fin du XVIIe siècle, les réactions des autres nations ruinèrent petit à petit cette activité. A la veille de 1830, il n'y avait plus à Alger que trente mille habitants et cent vingt deux esclaves chrétiens.

Les Turcs firent descendre les montagnards kabyles dans la plaine et au début ceux-ci exploitèrent sa fertilité. Ils reçurent en renfort les "Morisques" chassés d'Espagne en 1606. Ces Morisques étaient des musulmans, convertis de force au christianisme, auquel ils n'adhéraient que superficiellement. Ils étaient de bons cultivateurs et la plupart venaient des provinces de Valence et d'Alicante.

Mais, petit à petit, la mainmise de la régence ottomane se fit moins puissante et les habitants de la plaine furent victimes d'abus de toutes sortes.

Le Dey d'Alger recevait l'investiture de Pacha par le Sultan ottoman à qui il devait tribut. La Régence était une république militaire, au pouvoir absolu, dépendant de la milice des Janissaires "turcs" envoyés par le Sultan. Ces Janissaires étaient principalement composés d'enfants chrétiens, enlevés à leurs familles, puis élevés dans la religion musulmane. Ils devaient se consacrer, pour la vie, au métier des armes. Ils étaient redoutables et avaient un énorme pouvoir politique : sur les vingt-huit Deys d'Alger qui se succédèrent de 1671 à 1830, quatorze furent imposés par l'émeute des Janissaires après assassinat de leur prédécesseur ! Inutile de préciser qu'ils étaient d'une rare brutalité avec les Indigènes.

 La justice était rendue par un Cadi, conformément aux dispositions coraniques. La justice était vigoureuse et sommaire. Malheureusement les "Cadis" étaient souvent vénaux et un proverbe disait : "Il faut sept Cadis pour faire un honnête homme ! "

La province d'Alger comprenait quatre Outhans ou districts.

On retiendra pour notre canton :

    • L'Outhan de Kachena, comprenant la région de Rivet, situé entre l'oued Sensela ou Sidi-Ahmed à l'ouest et l'oued Boudouaou à l'est. Son territoire était assez fertile, céréales au sud et pâturages au nord. Plusieurs fermes, en général négligées, étaient éparses dans la plaine, par exemple El Khadra, Hammedi...

    • L'outhan des Beni-Moussa, qui comprendra plus tard l'Arba, Rovigo et Sidi-Moussa, s'étendait de l'oued Sensela jusqu'à l'Harrach. Son territoire était fertile sauf dans la zone marécageuse du nord. On y comptait une centaine de fermes dont certaines seulement étaient assez bien cultivées, Le marché de cet outhan se tenait tous les mercredis, près de l'oued Djemâa, c'était le marché de l'Arba.

Le groupe guerrier des "Hadjoutes" (les Hadjoutes étaient des cavaliers émérites qui tuaient leurs ennemis en les tenant par les cheveux et en les décapitant avec leurs yatagans) formé d'aventuriers, de déclassés et enfin de toutes les tribus montagnardes berbères voisines en quête de butin. Ils étaient chargés de faire rentrer l'impôt écrasaient les fellahs. Ceux-ci payaient, en fait, le double ou le triple de la charge fiscale, déjà lourde, prévue par le gouvernement du Dey.

Un coup d'éventail du Dey Hussein va ouvrir une nouvelle période où au prix de générations successives, décimées par la maladie, usées par une terre souvent ingrate et cruelle, un climat difficile, une grande insécurité, on parviendra à créer une plaine saine et d'une richesse agricole exceptionnelle.

 

LES PIONNIERS

1830 - 1841

Les Hésitations de la colonisation

 La Colonisation de la Mitidja avant la  Dévastation de 1839

 

 

 

 

La colonisation de la Mitidja avant 1839

Au lendemain de la prise d'Alger la politique française est indécise, incertaine. Le Gouvernement hésite à s'implanter en Algérie, il n'ose s'engager à fond, surtout par crainte de complications diplomatiques avec l'Angleterre. De violentes polémiques s'engagent au Parlement entre les colonistes et les anti-colonistes. De nombreuses brochures sont publiées dans lesquelles les auteurs montrent les difficultés que présente la colonisation de la Régence d'Alger et les faibles avantages que l'on retirerait de cette colonisation. Même après avoir déclaré qu'il était décidé, malgré l'opposition, à garder Alger, le Gouvernement de Louis-Philippe n'envisage que timidement la question capitale du peuplement et de la mise en valeur de sa conquête. Aussi, pendant les dix années qui suivent la prise d'Alger, la colonisation subit le contrecoup de cette politique d'hésitation, marquée par le changement fréquent des Commandants en chef ou des Gouverneurs généraux (on en compte neuf en dix ans) dont les idées en matière de colonisation ne présentent aucune continuité.

En février 1831, le Général Berthezene suspend l’exécution du projet de colonisation. Il déclare la Mitidja entièrement insalubre et non fertile ! C’est courant 1833 que le lieutenant général Voirol ouvre la plaine aux européens .

Les Français Achètent les Terres

Voilà un fait historique qui contredit les idées répandues par les « politiquement correct »,d’une colonisation chassant systématiquement,par le fer et par le feu,les propriétaires. Sur la commune de l’Arba nous en avons un exemple,attesté par des actes notariés. Il concerne les fermes Saint Pierre et Sainte Angèle, dont le dernier propriétaire était Mr Brac de le Perrière : Pour Saint Pierre,le 26 mai 1831 (soit seulement 11 mois après le débarquement) un acte est passé,devant le Cadi Maleki d’Alger,entre « le chrétien » Bensamin et Ben Ebbi el Chettab,propriétaire du haouch  . Pour la ferme Sainte Angèle,un bail à rente est signé devant le Cadi d’Alger,le 4 septembre 1831 (soit 14 mois après le débarquement) entre Mr Savinien Langlois Longueville,docteur en médecine,et les dames Nfunça Ben Asmed et Nefissa Ben Khalif. Des exemples comme ceux-ci abondent dans les archives. Ces achats étaient facilités par le paiement sous forme de rentes annuelles (qui limitaient les engagements financiers), mais aussi par les propriétaires Algériens qui faisaient développer leurs terres en attendant le départ des Français qu’ils espéraient proche. Cependant bien des complications apparurent : la surface, les emplacements et même les noms des propriétaires étaient souvent erronés. Les indigènes se jouaient de la crédulité des européens qui parfois achetaient sans aller vérifier sur place.

Le Haouch Khadra (ferme de la verdure),à deux kilomètres du futur village de Rivet,fut acheté par le Baron Augustin de Vialar et Max de Tonnac le 17 février 1835. Au printemps de Tonnac vint s’y installer et développer la première ferme de la Mitidja. Ce fut une vraie réussite due aux qualités exceptionnelles de De Tonnac. Il vint s’installer seul au milieu de la tribu, le gouverneur lui avait refusé une escorte de quelques hommes pour l’aider à s’installer ! Son habilité sa souplesse, sa bienveillance envers les indigènes, sa parfaite connaissance de l’arabe, firent rapidement tomber leur hostilité et leur méfiance. A l’intérieur de son « château fort », avec tourelles et bastion, il tenait tête facilement aux maraudeurs et devint le chef et le protecteur des arabes du Khadra. La preuve était faite de la possibilité d’exploiter la Mitidja.

Son exemple fut suivi par d’autres à partir de 1836.Furent fondés les haouch Boukandoura, Baraki, Kateb, Guellabou. Les premiers ouvriers agricoles européens commencèrent à arriver.

Parallèlement, en juillet 1838, le cadastre est mis en place. Des terres domaniales sont définies et à l’intérieur des parcelles préparées pour les premières concessions.

L’EPOPÉE des PIONNIERS

Les tout premiers furent bien sûr les Militaires.

 Pour mémoire, nous rappellerons qu'au début intervinrent les Zouaves (à pied) et les Chasseurs d'Afrique (cavaliers). Les Spahis (cavaliers indigènes) furent crées en 1834 et les Tirailleurs en 1841. La Légion étrangère créée en mars 1831 intervint aussitôt en Algérie. La Gendarmerie, d'abord sous la dénomination de Force Publique de 1830 à 1833, devint en 1834 la Gendarmerie d'Afrique. Le Colonel Sounes, né à Préchac dans le Gers, fut chargé de la création des Gendarmeries d'Algérie. C'était le grand-père de Mademoiselle Colette Sounes. Elle épousa Rolland Best et elle est la mère de Denise et d'Adrien Best. Les militaires vont rester majoritaires dans la population européenne pendant de nombreuses années (jusqu'en 1848). Ils abordent un climat inhospitalier dans une région, sans abris, sans voies de communication dignes de ce nom et quasiment sans ressources. Les soldats sont obligés de porter un poids de trente-cinq kg comprenant équipement et ravitaillement. Leurs tenues sont complètement inappropriées, trop chaudes l'été, insuffisantes l'hiver.

 Ce n'est que vers 1835 que Bugeaud fit alléger l'équipement du soldat et préconisa l'utilisation du mulet pour porter le maximum de charges.

 Leurs missions sont immenses et variées : résister aux attaques incessantes des Hadjoutes, tracer chemins et routes (ces dernières souvent empierrées par la main-d'oeuvre civile), exécuter les premiers travaux d'assèchement, un travail de forçat dans la boue des marais, participer à la création des villages - se faire agriculteur pour la récolte du fourrage et pour l'exploitation de la "ferme modèle" créée près de Maison-Carrée etc...

 Ils furent confrontés à une malédiction plus grande encore, la maladie. Les organismes européens (militaires et civils) n'étaient pas prêts à supporter les attaques du paludisme, de la dysenterie, du typhus, du choléra, de la variole etc... Les ravages étaient à peine imaginables : entre 1831 et 1843, cinquante mille deux cents militaires français périrent, dont 96% de maladie ! Et pourtant, ils continuaient de montrer dans les combats une vigueur morale exceptionnelle.

 Heureusement en 1834, Maillot médecin chef de l'hôpital de Bône se fit l'apôtre de l'utilisation de la quinine, qui avait été découverte par les Français Pelletier et Cavendou en 1820. Malgré l'opposition de certains médecins, il démontra l'efficacité de ce médicament qui réduisit la mortalité par le paludisme de un sur trois à un sur vingt. On a pu écrire que "si l'Algérie n'a pas été abandonnée c'est à Maillot que nous le devons".

Les civils et le peuplement rural

 Les débuts sont comparables à l'épopée américaine, tout ou presque est laissé à l'initiative des immigrants. On peut distinguer deux types de pionniers.

- Le "colon en gants jaunes". Ce sont généralement de jeunes légitimistes, fidèles aux Bourbons et n'ayant pas accepté le renversement de Charles X par la Monarchie de juillet 1830 de Louis-Philippe. Ils sont relativement fortunés et animés d'une foi inébranlable. Entreprenants, travailleurs, ils créèrent les premiers noyaux de colonisation de la plaine. On rappellera les noms de de Vialar, de Tonnac, de Saint-Guilhem, de Montaigu...

- Le "colon marécageux". Un humble et héroïque travailleur qui allait féconder de sa sueur et de son sang la plaine. Il était un enfant de la misère de certaines régions d'Europe. Son travail le plus dur était le défrichement. Il consistait à arracher toutes les racines des palmiers nains qui, vieilles de plusieurs siècles, s'enfonçaient très profondément. L'installation commençait par des camps en plein air, entourés de charrettes et de pièces de bois. Jour et nuit, il fallait faire le guet, sans jamais quitter son fusil. On construisait ensuite des gourbis et enfin des baraques en planches. En dehors du travail dans les grandes fermes, des demandes de concessions étaient faites et elles avaient bien du mal à aboutir. En octobre 1839, sur trois cent seize familles ayant obtenu une concession dans la Mitidja, il y en avait six à Ben Nouarlouz et quinze à Ben Seman, près du camp de l'Arba. Rappelons que pour obtenir ces concessions il fallait posséder une somme variant de mille à cinq mille francs

 La rudesse du travail et la maladie vont faire des ravages. Au cours du deuxième trimestre de 1839, les deux tiers des habitants de la plaine sont hospitalisés à Alger !

 La mortalité des enfants en bas âge est de un sur deux.

 Une partie importante de ce peuplement rural va se retirer. Des remplaçants viendront et, à la fin des fins, les survivants, aguerris, tiendront le coup et assureront la réussite future.

"A cette époque, sans exagérer, la plaine de la Mitidja était le coin de terre au monde contenant le plus de cadavres au kilomètre carré", écrit Marie Elbe.

 Inclinons-nous devant le courage et la vertu de ces hommes en train de réellement féconder une terre abandonnée par les Indigènes et défendue par des fléaux meurtriers.

La dévastation de la Mitidja par Abd El Kader

 Le passage des "Portes de Fer" par nos troupes fut le prétexte de la rupture du traité de la Tafna par Abd el Kader et de la reprise des hostilités.

 Le 19 novembre 1839, environ deux mille cavaliers de l'Emir envahirent la plaine. Ceux de Ben Salem arrivant par l'est attaquèrent plusieurs fermes de l'outhan des Kachena. Les autres débouchèrent par les gorges de l'Harrach. En même temps, les Hadjoutes envahissaient la plaine par l'ouest. L'offensive fut un véritable massacre. Tous les prisonniers étaient décapités et mutilés, y compris les Musulmans travaillant pour les Européens. Les fermes flambèrent dans toute la plaine La résistance fut acharnée. Saint Guilhem arma des cavaliers et se battit vaillamment. Poulhariès, le propriétaire de Ben Nouarlous, fut massacré en allant prévenir les colons voisins. A l'haouch Khadra, ce furent les Indigènes au service de Monsieur de Tonnac qui, en l'absence de leur maître, organisèrent la résistance. L'haouch Baraki, fortement barricadé et défendu par quatre-vingt hommes résista victorieusement.

 Mais l'Administration refusa de protéger les fermes et donna l'ordre à leurs propriétaires d'évacuer immédiatement. L'armée vint déloger elle-même ( ! ) le colon Mercier de sa ferme de la Réghaïa en lui confisquant ses soixante-dix fusils !!!

 

 

 

 

 

 

 

 

La maison de PIRETTE vers 1920

 

 Un magnifique exemple d'héroïsme fut celui du colon Pirette dans sa ferme de Ben Seman, à deux kilomètres environ du camp de l'Arba (future ferme d'El Taous). Le 9 décembre 1839, les Arabes au nombre de mille à mille deux cents, attaquèrent le camp de l'Arba, alors occupé par trois cents hommes. Pirette était alors à la ferme avec deux camarades. Tous montèrent sur la terrasse et purent juger de l'imminence et de la grandeur du danger qui allait les menacer à leur tour tôt ou tard. Deux des colons, jugeant que la résistance était impossible, vu leur petit nombre, sortirent de la ferme et purent gagner le camp à la faveur d'accidents de terrain. Pirette resta seul. Il n'avait pas songé un instant à se retirer, d'abord parce qu'il avait tout son avoir dans la ferme et qu'il espérait que l'ennemi serait repoussé par le camp et se retirerait sans se rabattre sur la ferme. L’attaque du camp échoua et les attaquants vinrent faire le siège de la ferme. Armé de cinq fusils et de deux cent cinquante sept cartouches il tint tête vaillamment à ces mille assaillants. A la fin de la journée il ne restait presque plus de munitions. Profitant de la nuit, il descendit de la terrasse avec une corde, tenant un fusil dans une main et ses souliers dans ses poches. Il réussit à se glisser entre les sentinelles et atteindre le camp où les militaires l’accueillirent avec intérêt et enthousiasme. Sa ferme fut brûlée. Son nom fut donné à un village et à deux rues à Alger et l’Arba.

La pacification de la Mitidja par Bugeaud

 

 

 

 

 

La colonisation sous Bugeaud et les colonies agricoles

 

 Le Lieutenant Général Bugeaud est désigné le 29 décembre 1840 pour succéder au Maréchal Valée. Il débarqua à Alger le 22 février 1841. Pour lui, plus qu'à des travaux de fortifications du sud de la plaine, c'est à Abd el Kader qu'il faut s'attaquer. Il le fit par la technique des petites "colonnes expéditionnaires" évitant les grandes batailles et pratiquant "la guerre des buissons" et la technique de la terre brûlée. C'est ainsi, qu'il conquit l'Oranie, Tlemcen, le Titteri, l'Ouarsenis, la vallée du Chélif, Tiaret. Abd el Kader entama alors une course errante et finit par se réfugier au Maroc.

 C'est au général Changarnier que l'on doit la soumission des tribus de l'Atlas Tellien y compris les terribles Hadjoutes, les 6 et 8 juin 1842.

 La Mitidja, après douze années de guerre et de brigandages incessants, était enfin pacifiée, délivrée du cauchemar des assassinats des colons, des incendies de fermes ou de récoltes. Ses colons soldats, constamment sur le qui vive, le fusil en bandoulière ou caché dans le champ qu'ils labourent, vont devenir désormais de simples colons, des cultivateurs, qui pourront relever en paix les ruines de leur ferme, labourer leurs terres en toute sécurité. Cette plaine presque déserte va se repeupler, ses haouchs en ruines vont être reconstruits, ses champs incultes vont revoir le soc bienfaisant de la charrue. C'est une lutte nouvelle, contre un sol avare de ses richesses, qui va être engagée par ces modestes champions de la civilisation, qui mourront souvent ignorés en creusant péniblement les sillons dans lesquels d'autres, plus heureux, viendront faire la moisson. C'est une ère nouvelle moins glorieuse, mais plus féconde, qui s'ouvre dans l'histoire de la colonisation de la Mitidja, celle des défrichements et des dessèchements, la phase créatrice va succéder à la phase héroïque.

 

LA PERIODE CREATRICE

1842 - 1858

 Durant cette période, de profonds changements eurent lieu en France et en Algérie.

En février 1848, la Révolution éclate, met fin au règne de Louis-Philippe et proclame la Deuxième République. Des dispositions sont prises pour résorber le chômage par la création des Ateliers Nationaux.

 Il subsista cependant une forte agitation sociale, qui fut réprimée en juin 1848. Les Ateliers Nationaux furent fermés et l'on se "débarrassa" des agitateurs en les envoyant fonder des "colonies agricoles" en Algérie. Cette agitation fit que le "parti de l'ordre", en France, soutint la candidature de Louis Napoléon Bonaparte qui fut élu Président de la République le 10 décembre 1848.

 Pour garder le pouvoir, il fomenta un coup d'état le 2 décembre 1851. Lors du plébiscite qui suivit, il recueillit 92,5% des voix en métropole mais n'obtint que 53,7% en Algérie ! Il restaura l'Empire par un autre plébiscite le 2 décembre 1852 après lequel il prit le nom de Napoléon III.

 L'Empereur en voulut beaucoup aux Algériens de leur vote. Malgré ses arrière-pensées de "Royaume Arabe", il fit des promesses d'assimilation de l'Algérie à la France qu'il n'entendait pas tenir. Ainsi, avant le "Général clair obscur", l'Algérie allait avoir "l'Empereur clair obscur" (Xavier Yacono).

Durant cette période l’œuvre législative fut importante :

- 15 avril 1845. Une ordonnance fait naître des "territoires civils" administrés par les Européens. Bugeaud désapprouvait cette réforme ainsi que l'armée.

- 27 avril 1848. Abolition de l'esclavage. Cette décision n'arrangeait pas les grands Caïds ! La traite continua d'ailleurs avec plus ou moins d'importance.

- 14 février 1851. Modification du régime douanier. Enfin, on obtint une quasi assimilation avec la France. Les produits sont admis en franchise en métropole. H. Isnard a pu écrire que ce "fut une loi de salut pour la colonisation agricole jusque là paralysée". Le commerce tripla.

- 26 avril 1851. Modification du régime des concessions. Enfin il n'est plus exigé de conditions préalables de ressources. Au lieu d'un titre provisoire, il est accordé un vrai titre de propriété avec cependant une clause résolutoire en cas d'inexécution des conditions imposées.

- 4 août 1851. Création de la Banque d'Algérie. Pour s'équiper, il faut du crédit. Jusqu'à cette date, on trouvait "normal" un taux d'intérêt de 24%, parfois 50 et 60%, alors que le taux légal était fixé à 10%. Cette création permit de donner un peu d'oxygène aux entreprises. On y ajouta, en 1852, la création du Mont de Piété et de la première Caisse d'Epargne et de Prévoyance.

Dès le début de son gouvernement (décembre 1840 à juillet 1847), Bugeaud montra son profond attachement au développement de l'agriculture. Il organisa une colonisation officielle, prise en main par le gouvernement.

C'est le Directeur de l'intérieur, le Comte Guyot, qui fut chargé de préparer un plan général. Il n'était pas pressé de reconquérir toute la plaine de la Mitidja mais, par contre, il préconisa de coloniser la bordure de l'Atlas, région plus salubre

Les "colonies agricoles" de 1848

Il fut décidé de créer quarante-deux centres agricoles pour accueillir vingt mille ouvriers "parisiens", en fait originaires de toutes les régions de France, dont le Gouvernement voulait débarrasser la capitale.

Trop rapide, mal préparée, cette colonisation fut un fiasco. Les concessions étaient trop petites, la maladie fit des ravages, beaucoup d'arrivants étaient des ouvriers ou des artisans et non des paysans, les "villages" n'étaient pas préparés Au total sur les vingt mille arrivants, trois mille moururent rapidement, sept mille retournèrent en France, sur les dix mille restant la plupart quittèrent le bled pour les villes. Néanmoins, les villages créés purent se développer plus tard, grâce à des nouveaux arrivants venant du midi de la France ou par des Espagnols, des Italiens, voire des Allemands

La colonisation "ordinaire" 1848 – 1858

 

 

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La colonisation ordinaire 1848 – 1858

 

A partir de 1849,19 centres nouveaux furent fondés. Parmi eux : L’Arba en 1849, Rovigo en 1851, Sidi Moussa en 1852, Rivet en 1856.

L'Administration rencontrera souvent de très grandes difficultés pour la constitution du territoire de ces centres, tant de la part des Européens que des Indigènes propriétaires de terrains qu'ils ne céderont que par la force de l'expropriation. A partir de 1858, il ne restera plus de terrains disponibles pour la formation de nouveaux centres dans la plaine, sauf dans les parties marécageuses où sont créés les deux petits centres d'Attatba et de Montebello. On peut dire qu'en 1858 l'ère des créations de centres est close dans la Mitidja.

La colonisation "libre"

 A côté de la colonisation officielle et souvent grâce à elle, la colonisation privée prit un développement considérable. Disposant de capitaux parfois très importants, les colons libres n'eurent pas à subir les crises du début, quelquefois redoutables, qu'endurèrent les colons plus pauvres mis en place par l'Administration.

 Toutes ces fermes étaient principalement plantées en céréales mais aussi en tabac. Elles pratiquaient l'élevage des ovins et des bovins.

 Notre canton était situé dans la partie orientale de la Mitidja où en 1859, on dénombrait :

- 218 fermes d'une superficie totale de 25 600 hectares et où vivaient 2165 personnes,

- 7 000 hectares cultivés dont 4 100 en blé, 900 en tabac, 50 en vigne,

- 115 000 arbres étaient plantés,

- 12 300 bestiaux dont 5 600 bovidés.

Les travaux publics

 Ce sont eux qui auront permis le magnifique développement de la plaine.

 On construisit des routes, liens indispensables.

 Une lutte difficile mais victorieuse a été livrée contre les marais quasi impénétrables du nord de la plaine. Notre canton bénéficia des travaux faits sur la rive droite de l'Harrach, dans la région de l'Oued Smar, de Fort de l'Eau, etc.

 Non seulement des milliers d'hectares furent rendus à la culture, mais surtout, on fit reculer la malaria assassine.

Les mouvements de la population

 C'est à partir de 1842 que commence en réalité le peuplement de la Mitidja. En l'espace de treize ans (1842-1856) la population européenne passe d'environ deux mille unités à plus de seize mille, soit une augmentation de 800% ! Cet accroissement est dû uniquement à l'immigration. Malgré un taux de natalité normal, les taux de mortalité, de l'ordre de 17°/o en métropole, il dépasse généralement dans la plaine les 50°/o et atteint les 80°/o en 1846.

 Parallèlement, les Indigènes qui avaient quasiment déserté la plaine en 1839, sont évalués à environ seize mille en 1856, attirés qu'ils sont par la paix et le développement économique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Carte du peuplement européen

 

 La carte du peuplement européen jointe (établie sur des statistiques de 1896, données par V. Demontès) illustre bien les différentes origines du peuplement de l'Algérie et aussi d'ailleurs celles de la Mitidja. Les colons viennent donc :

    • de France :

 Des départements ou des régions ont joué un rôle plus important : le Midi dans son ensemble, la Seine, la Corse. D'autres un peu moins comme l'Alsace-Lorraine et la Franche-Comté. Néanmoins, tous les départements français ont fourni des émigrants : la colonisation de l'Algérie fut une oeuvre nationale

    • d'Espagne :

 C'est le groupe le plus important, après les métropolitains. C'est une émigration de populations pauvres ou ruinées par une économie espagnole exsangue secouée de nombreux soubresauts politiques. Ce ne fut pas toute l'Espagne qui envoya des émigrés mais, dans la Mitidja : - d'une part, l'île de Minorque d'où viennent les "Mahonnais- d'autre part, l'île de Majorque et les provinces de Valence et surtout d'Alicante.

    • d'Italie :

 La aussi, les conditions économiques et sociales sont à l'origine de l'émigration des Italiens. Ils arrivèrent de la Campanie , de la Calabre , de Naples mais aussi de Toscane , du Piémont et de Vénétie.

    • De Malte :

 Pas très nombreux , ils débutèrent dans la batellerie des ports.

    • D'autres Pays :

 En particuliers des Allemands , des Belges et des Suisses dont l'Administration, à cause de leur bonne réputation, attendait beaucoup et leur accorda des concessions.

Les Progrès de la MEDECINE

 Les victoires remportées par la médecine, résultat des efforts des médecins militaires au début, relayés par les médecins civils dit de colonisation, les infirmières civiles ou religieuses, les sages-femmes, aidés par les services d'hygiène, l'institut Pasteur, les instituts universitaires,.

 A l'arrivée des Français en Algérie, on peut considérer que la médecine arabe (fameuse au moyen âge) avait quasiment disparu. Cependant en Algérie, les maladies étaient multiples et graves.

 En ce qui concerne le paludisme, le coup d'arrêt fut donné par Maillot avec la quinine. En 1904 les deux frères Sergent mettent en place de la lutte systématique contre le paludisme. Ils engagent la lutte, d'une part au moyen des mesures antilarvaires contre les anophèles) d'autre part en luttant contre les réservoirs à virus, par la "quininisation" de toutes les populations. On réussit ainsi à ce que le paludisme ne tue plus en Algérie et que les cas deviennent très peu nombreux dans la Mitidja.

 En 1891, Hyacinthe Vincent Aide major à l'hôpital militaire d'Alger, étudie la fièvre typhoïde et met au point un vaccin. Le résultat de tous les efforts des acteurs luttant pour la santé publique furent brillants : le choléra disparaît après 1911, la variole et le typhus aussi sauf durant les deux guerres ...

 Au total la Mitidja maudite, dévoreuse d'hommes, devient ce jardin riche et sain où nous sommes nés. Le changement est tellement radical que nous avons beaucoup de mal à imaginer la quantité de souffrances et de malheurs que nos ancêtres ont eu à supporter. Raison de plus pour en raviver la mémoire.

L’ ENSEIGNEMENT , creuset d’une civilisation

 L'enseignement français fut un facteur primordial de mutation. Il fut un creuset où il assimila tôt et profondément les Européens de toutes origines. Les Musulmans en profitèrent aussi, après une longue période de refus. Ainsi c'est joyeusement, ou paresseusement, que l'on apprit que "Nos ancêtres les Gaulois" avaient peur de recevoir le ciel sur la tête ! Qu’une bergère lorraine (qui avait inventé la radio !) boutait les Anglais hors de France et qu'un Corse, Napoléon, s'était gelé les ... en Russie. Le Cid nous apparaissait comme un héros fort admirable. Les difficultés commençaient avec le passé composé des verbes avoir et être sans parler du plus-que-parfait (ils sont fous !) enfin le cauchemar s'amplifiait avec, un peu les tables de multiplication et surtout cette fameuse inconnue, x, que nous ne tenions nullement à connaître. Mais la plus importante des connaissances acquises à l'école fut et resta, la connaissance de la camaraderie et de l'amitié qui nous tint unis contre vents et marées, hier comme aujourd'hui et sûrement demain.

 L’enseignement primaire commença dès 1833. Au début, ce furent surtout des congrégations religieuses qui s'en occupèrent. e n'est qu'en 1883 qu'il fut décrété obligatoire, gratuit et laïque.

 L' Ecole Normale d'Alger fut créée en 1865 à Mustapha, puis définitivement installée sur le Mont Bouzaréa (ces bâtiments étaient à l'origine destinés à un asile d'aliénés). Il y en eut d'autres qui s'établirent à Miliana (Ecole Normale de Filles), Constantine et Oran. Il en sortit des instituteurs remarquables qui ont marqué notre enfance et notre adolescence. Un hommage particulier doit, nous semble-t-il, être rendu aux instituteurs du grand bled qui travaillèrent isolés du monde extérieur, dans des conditions matérielles précaires et durent lutter contre les préjugés des populations indigènes.

 Nous avons recueilli les témoignages de deux instituteurs, nés à l'Arba. Alain Pello et Roger Dupuy.

Alain se souvient de ses débuts dans un village de Kabylie et écrit :

"Après le bac, à vingt ans, j'avais déposé une demande de poste d'instituteur remplaçant intérimaire, avec le naïf espoir d'être nommé à l'Arba ou dans ses environs.Page19

 Vers la mi-octobre, je reçois mon affectation : chargé d'école (c'est-à-dire classe unique) à Aït-Ouabane... Impossible de situer ce village, absent des cartes. Je me renseignais à la Gendarmerie et grâce à un gendarme qui venait de Kabylie, je réussissais enfin à le localiser

 Le 25 octobre 1954, je chargeais dans la voiture de papa un matelas, un réchaud à gaz, des ustensiles de cuisine et quelques provisions. Accompagné de maman, nous prenions la route de Tizi-Ouzou, ensuite le col des Benni Yenni puis plongée vers le marché du Djemâa, direction Michelet. Nous tournons à droite sur une piste carrossable qui longe l'oued pendant une dizaine de kilomètres jusqu'au chemin qui mène à Aït-Ouabane. L'Administrateur, prévenu, avait averti le chef du village et quelques bourricots nous attendaient. En file indienne, pendant 4 kilomètres, nous rejoignons, à pied, le douar et je fais connaissance avec l'école où je vais enseigner jusqu’au 1er Juillet 1955.

 Une grande salle de classe, avec des fenêtres à petits carreaux que maman se met à astiquer ! , des tables et des bancs pour 6 (ou plus !), des poutres apparentes, 2 tableaux, une cheminée. Le lendemain, j'y accueillerai 70 (soixante-dix !) élèves de 6 à 14 ans, du cours préparatoire à la fin d'études. Le logement est attenant, une petite cuisine avec une table et une chaise (ce sera là mon bureau) une paillasse avec une grille pour la cuisine au charbon. Une chambre avec une cheminée. Sur le côté, un bûcher couvert qui me servira de réfrigérateur l'hiver. Pas d'eau, la source est à 100 mètres, pas d'électricité (on s'éclaire au pétrole) pas de W.C. (le bois de chênes, un peu plus haut en fait office durant les récréations). La cour, devant l'école, est le seul endroit plat du village situé en face, de l'autre côté de l'oued. Nous sommes à 1200 mètres d'altitude ; un peu plus haut, à 1400 mètres, un chemin touristique, plus abandonné, reliait, au milieu des cèdres, le col de Benni Yenni à celui de Tirourda, au-dessus de Michelet. C'est le royaume des singes et des sangliers. Le douar est pauvre, quelques cultures vivrières, du petit élevage (chèvres, lapins, poules) des oliviers, des cerisiers et l'argent envoyé par les hommes qui travaillent aux usines Michelin à Clermont-Ferrand. Le ravitaillement est impossible : à "l'épicerie" on trouve des légumes secs, de la semoule, des sardines en boîte, du pétrole ; pas de pain, pas de viande, pas de légumes. Les instituteurs en Kabylie remplacent le congé du jeudi par le jour du marché des environs ; pour moi ce sera le vendredi, pour d'autres le dimanche. Les femmes ne quittent jamais le douar ou les champs avoisinants. Certaines iront, à dos d'âne, jusqu'au bout du chemin pour une consultation au dispensaire itinérant. Durant un congé scolaire, une opération militaire eut lieu et les soldats traversèrent le village. Le gardien m'a raconté que certaines avaient fait une fausse couche : elles n'avaient jamais vu de noirs de leur vie ! Durant toute l'année, je me nourrirai d'oeufs et de pâtes à l'eau. Le pain sera remplacé par des galettes confectionnées par la femme de Messaoud, le gardien balayeur de l'école. Au marché du Djemâa, le vendredi, on égorge moutons et chèvres à même l'oued. Les "bouchers" débitent la viande en morceaux, les enfilent pêle-mêle et vous le vendent ainsi. Comment cuisiner cette viande fraîche disparate ? Les jours chauds, elle tournera sur les derniers kilomètres du chemin du retour.

 Les plus proches instituteurs sont à 6 kilomètres (Aït-Daoud) et à 8 kilomètres (Aït-Saâda). Je leur rendrai visite le dimanche quand la solitude sera trop dure à supporter. Mais avec les difficultés de ravitaillement, il était délicat de se faire inviter. Ces deux villages ont une piste carrossable et deux couples ont une 4 CV Renault ! La neige faisait quelquefois son apparition et Messaoud me déconseillait de m'éloigner de peur que je m'égare. Pour les vacances de Toussaint 1954, je suis redescendu à l'Arba pour compléter mon installation : un poste à piles, une gabardine chaude, des chaussures de marche... Il fallait une journée entière : 4 kilomètres à pied, une camionnette pour les 10 kilomètres de piste jusqu'à la route nationale, un car pour Tizi-Ouzou, un autre pour Alger et Monico pour l'Arba !

 Le 1er Novembre 1954 marquait le début des "événements" d'Algérie. Les premières victimes en furent des instituteurs dans les Aurès.

 Le 3 novembre 1954, je reprenais mon poste et durant toute l'année scolaire, je vécus au milieu de la rébellion, m'habituant au danger, circulant inconscient sur les pistes et sur les routes, avec la naïve certitude (partagée par les collègues) qu'on ne toucherait pas aux instituteurs. Le 3 juillet 1955, après mon départ, l'école était incendiée pour ne pas servir de cantonnement aux militaires français.

Je ne suis jamais retourné à Aït-Ouabane."

De son côté, Roger Dupuy raconte :

"En 1953, ma jeune femme et moi sommes, pour notre premier poste, nommés à Boghari, un gros village à environ 200 kilomètres au sud d'Alger. Nous avons chacun la responsabilité d'une classe d'initiation. Le système de ces classes d'initiation est très ancien et son objectif simple demande beaucoup d'attention et de travail de la part des instituteurs. Il s'agit, en un an, de préparer les enfants indigènes connaissant très peu et le plus souvent pas du tout le français, à entrer dans les cours préparatoires, dans les mêmes classes que les petits indigènes francophones ou les petits français de souche. Le programme d'enseignement qu'ils suivent n'est pas du tout un programme au rabais, les inspecteurs tiennent beaucoup par exemple aux 10 heures de lecture et aux 5 heures de calcul par semaine. S'y ajoutent des leçons de morale, de chant, de "langage" que l'on raccroche toujours à la lecture, sauf rares cas particuliers, l'objectif est atteint et les élèves sortant des classes d'initiation peuvent suivre une scolarité normale. J'aimerais m'attarder sur un point sur lequel on s'est tellement moqué de l'enseignement du "colonisateur" qui faisait bêtement répéter à tous : "Nos ancêtres les Gaulois" !...

 Cela a existé bien sûr mais, à mon époque, les livres d'histoire du primaire permettaient d'enseigner parallèlement l'histoire de l'Algérie et l'histoire de France. Ainsi, on apprenait à connaître en même temps, Vercingétorix et Jugurtha, Jeanne d'Arc et la Kahena, la conquête de l'Algérie et la révolution en France en 1830, etc. D'ailleurs, lors de l'examen du Certificat d'Etudes Primaires, on pouvait avoir des questions sur l'histoire de l'Algérie. En plus de l'enseignement, on faisait un peu de médecine préventive. Tous les matins : on instillait des gouttes dans les yeux pour lutter contre le trachome et on passait de la pommade sur le cuir chevelu pour lutter contre la teigne.

 Nous étions très fiers du rôle que nous jouions. D'ailleurs, la population indigène nous en était très reconnaissante et nous étions entourés de gentillesse et de respect".

 

L’ ESSOR DE LA COLONISATION

1858 - 1962

 Durant cette période un nombre important d'événements vont avoir lieu en France et en Algérie avec bien sûr une répercussion sur la plaine de la Mitidja et notre canton. Nous allons essayer de les résumer en nous en tenant à ceux qui nous paraissent les plus éclairants.

 Sous l’empire de Napoléon III Deux faits politiques majeurs nous semblent devoir être retenus : mise au premier plan des militaires dans la direction de la colonie donc refus aux Européens d'une certaine autonomie de gestion. De plus, l'orientation générale est le ralentissement du peuplement et l'appel aux grandes compagnies privées pour une colonisation capitaliste. - L' Empereur en 1863 écrit qu'il considère l'Algérie comme un "Royaume arabe". Les conséquences administratives qu'il veut en tirer provoquent de vives réactions, en particulier du Général Mac-Mahon.

 L'Empire s'écroule après la défaite de Sedan le 2 septembre 1870. La IIIe République est proclamée et elle durera jusqu'en 1940.

 Les Années 1870-1871 voient se dérouler deux événements importants :

 - La "Commune d'Alger" :

La République sitôt proclamée, l'agitation secoue la capitale de l'Algérie et tourne à l'émeute. Le principal désir est de mettre fin au régime militaire. Crémieux prend alors un certain nombre de décrets. On peut en retenir deux : celui qui créait trois départements en Algérie et celui qui accordait, le 24 octobre 1870, la naturalisation collective des Juifs indigènes.

 - L'insurrection kabyle :

 C'est la plus importante des insurrections que connut l'Algérie française avant celle déclenchée le 1er novembre 1954. Vaincue, la répression fut surtout sévère par le montant demandé pour la contribution de guerre et les séquestres des terres : trois cent mille hectares. Une partie de ces terres profitera aux Alsaciens Lorrains.

 Le décret du 26 juin 1889 institua la naturalisation automatique des étrangers dans les deux cas suivants :

 - les enfants nés en Algérie, de parents étrangers qui y sont domiciliés sont déclarés Français dans l'année qui suit leur majorité, s'ils n'y renoncent pas formellement (très très peu renoncèrent),

 - les enfants nés en Algérie, de parents étrangers qui y sont eux-mêmes nés, sont déclarés Français sans autres formalités.

La Troisième République s'engage dans une colonisation visant à faire de l'Algérie une partie intégrante de la France.

 Une des actions spectaculaires fut d'offrir aux Alsaciens Lorrains, dont le territoire était annexé par la Prusse, la possibilité de s'installer en Algérie. En particulier cent mille hectares de terres kabyles sous séquestre furent mis à leur disposition. D'autres furent dirigés vers l'Oranie. Les émigrants arrivent avec très peu de moyens et souvent sans connaissance de l'agriculture. Les débuts furent donc très durs et les résultats très contrastés suivant les régions. Le bilan en 1899 est le suivant : sur mille cent quatre vingt-trois familles arrivées en Algérie, deux cent soixante dix sept soit 23% ont quitté le pays, cinq cent dix-neuf soit 44% ont gagné les villes et seulement trois cent quatre vingt-sept soit 33% (1/3) sont restées sur leurs concessions.

L’Algérie accueillera plus tard les paysans du sud-ouest ruinés par le phylloxéra.

 Parallèlement les émigrants étrangers affluent, surtout les Espagnols. La période de 1870 à 1890 fut, peut-on dire, l'âge d'or de l'émigration des Espagnols venant, en ce qui l'Algérois, par le bateau à vapeur reliant Javea et Alicante à Alger ou plus simplement sur de frêles et peu commodes balancelles

Les Facteurs du Développement Economique

L'esprit d'initiative des colons fut secondé par :

Les Travaux Publics

 Le développement des routes et leur amélioration se poursuivirent jusqu'en 1962 en suivant l'agrandissement du parc des automobiles et des camions.

 Le chemin de fer joua aussi pendant un temps un rôle de liaison non négligeable. En 1894, en dehors du réseau à voie normale, a été construit le réseau à voie de 1,05 mètre des "Chemins de Fer sur Routes d'Algérie" (C.F.R.A.).

 

 

 

 

 

 

 

Arrivée du train ( Le Bouyouyou ) à L’ARBA.

On se souvient de la ligne Alger - l'Arba - Rovigo. (Ce train était surnommé "le Bouyouyou "

 

 Mais après la dernière guerre la route l'emporta sur le chemin de fer et ces lignes à voie étroite disparurent.

 La gestion de l’eau fut très développée : dessèchement des marais, défense contres les crues de l’oued Djemaa, Barrages (le Hamiz à rivet), canaux d’irrigation gérés par des syndicats.

L’ Outillage Agricole et Procédés de Culture

 La mécanisation Agricole fut largement développée.

 Les procédés de culture, les stations de lutte contre les insectes et les maladies, améliorèrent sans cesse la production.

 L’OFALAC organisa d’une manière très moderne la promotion des produits algériens

Le Crédit

 La création des comptoirs d’escompte et ensuite des Caisses Locales de Crédit Agricole, fut essentielle dans le développement de l’économie donc de l’agriculture

Les Cultures et l’Elevage sont prospères

 La mise en valeur de l'Algérie et donc de la Mitidja fut essentiellement agricole.

Dans les années 1950, les statistiques générales de l'Algérie donnent les chiffres arrondis suivants :

                                                       Européens    Indigènes

Nombre d'exploitations :              22 000          630 000

Superficie générale en hectares : 2 800 000     7 350 000

 La première remarque sera de constater que, contrairement à ce qui s'est passé pour les Indiens face aux Américains, la propriété indigène s'est développée, même si certains, oubliant ce qui a été trouvé en 1830, ont considéré que c'était insuffisant.

 En tout état de cause, il y avait de nombreuses petites ou moyennes propriétés (ne pas oublier que la colonisation officielle créant nos villages accordait seulement 5 à 15 hectares aux concessionnaires). D'après une statistique parue en 1921, pour la Mitidja, la répartition des surfaces est la suivante :

  - Inférieure à 10 hectares :  31,4%

  - De 11 à 40 hectares :  41,6%

  - Supérieure à 40 hectares :  27,0%

 Il n'y a vraiment pas lieu d'utiliser, dans un sens péjoratif, l'épithète de "gros colons" à l'ensemble des propriétaires La première des cultures est la Vigne. (Ci-dessous Vigne et Orangeraie)         

                                         

                                                        

 

 

  Vue aérienne : Vignes et Orangeraies

 La vigne succéda au blé comme plante de la colonisation à partir des années 1880. Son histoire est une succession de boom et de crashs En 1890, elle sauve l’Algérie d’une catastrophe économique En 1901-1902, grave crise de mévente,renouvelée en 1904-1906 Entre 1904 et 1933, la prospérité est éclatante En 1934-1935, la crise économique mondiale atteint l’économie Algérienne. Le cours est de 240 F le degré hecto en 1929. Il à 50 F en avril 1935, soit une baisse de 80% ! .Des récoltes entières furent jetées aux égouts et les faillites furent nombreuses

 En 1946, la situation s’éclaircit. La surface se stabilise à 900.000 hectares pour la Mitidja, avec des rendements qui passent de 50 hectolitres à l’hectare en 1939 à 170 hectolitres à

L’hectare en 1950. Ci-dessous les vendanges.

 

                                                   

                                                                 

 

 

 

 

 

 

 

   Les vendanges à L’ARBA

 Au deuxième rang se place : les Agrumes

 En 1953, sont plantés 12.500 hectares principalement d’orangers mais aussi de mandariniers et de clémentiniers.

 Au troisième rang : les Cultures Maraîchères

 Leur production axée sur les « primeurs profitait des 15 jours d’avance qu’elles avaient sur la France ; Dans nôtre canton c’est Rivet et Sidi Moussa qui s’illustrèrent dans ces cultures.

Les Autres Cultures

  - Les céréales ne cessèrent de reculer devant la vigne,

  - Le tabac diminua très fortement à cause de la baisse des prix

  - La culture des oliviers constitua un appoint surtout en bordure de l’atlas.

L’élevage

 La Mitidja n’était pas une région de grand élevage. Cependant il y avait un cheptel de bovins non négligeable.

L’ Industrie

 Les industries alimentaires étaient faiblement représentée dans le canton : quelques minoteries disparues en 1950, quelques petites fabriques d’huile d’olive ( Mira-Pons et Moussa Slahi)

Quelques fabriques de crin végétal (Llopis) , périclitèrent après 1950

Quelques mines de fer et de plomb eurent une activité au début du vingtième siècle.

L ‘ INDUSTRIE du Bâtiment

 Les fabriques de chaux et ciments : Celle de Rivet est une des plus importantes d'Algérie. Cette usine fait partie de la Société Nord-africaine des Ciments Lafarge (S.N.A.C.L.). Il y avait à Rivet, tout prêts à se combiner industriellement, les deux éléments essentiels à la fabrication des ciments, la chaux et l'argile. Vers 1900 Monsieur Nibelle monta tout d'abord des fours à chaux et une usine à ciment de dimensions modestes. Il acheta l'emplacement nécessaire à l'extraction de la pierre et loua à la commune, par un bail à très long terme, l'emplacement nécessaire à l'extraction de l'argile.

 Quelques années plus tard, l'exploitation se développant, devint la Société des Chaux et Ciments de Rivet dont la production avant la guerre, dépassait déjà annuellement 20 000 tonnes.

 

 

 

 

 

 

 

 

L’usine des ciments Lafarge de RIVET

 La Société des Chaux et Ciments de Rivet, fut contrôlée financièrement à partir de 1922 par la Société des Chaux et Ciments de Lafarge et du Teil. L'usine de Rivet agrandit ses ateliers, transforma ses fours, améliora son outillage. En 1930 se constitua la Société Nord-africaine des Ciments Lafarge,

 En 1950, cette production dépassait les 50 000 tonnes par an dont 10 à 15 000 tonnes de chaux agricole, pour un effectif d'environ 240 ouvriers et employés

 Les divers produits fabriqués par l'usine de Rivet sont unanimement appréciés des usagers. Son ciment de Portland artificiel, en particulier, est très recherché par les entrepreneurs pour ses qualités exceptionnelles, notamment pour la construction des cuves et amphores à vin, pour les immeubles, villas, ponts, barrages etc. Les fleurs de chaux et chaux viticoles, obtenues par les procédés les plus modernes, sont remarquables. Tout ceci a fait grand honneur aux animateurs et aux dirigeants de la Société Nord-africaine des Ciments Lafarge et c'est grâce à eux que Rivet a possédé, une industrie très importante qui a participé pour une grande part au développement et à la prospérité du village.

 - Des briqueteries furent construites et en particulier la briqueterie de Rivet créée en 1929.

 - Plusieurs carrières de pierre à bâtir ou de pierre d'empierrement se trouvaient sur toute la bordure de l'Atlas et plus particulièrement à Rovigo, l'Arba et Rivet.

La population, sa croissance, sa composition

 Les progrès des populations européennes et indigènes

 Grâce aux efforts de la médecine, à l'essor de l'économie, l'accroissement de la population en Algérie va être remarquable.

 Dans la Mitidja, grâce aux travaux de Julien Franc, nous avons des statistiques précises jusqu'en 1926. En 1856, la population totale de la plaine est de 32 000 habitants. Elle atteint le chiffre de 126 000 en 1926, soit